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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402470

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402470

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens rejette la requête de Mme B, ressortissante congolaise, qui contestait un arrêté préfectoral refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal estime que l'arrêté est suffisamment motivé et ne méconnaît pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, compte tenu de la courte durée de son séjour en France et de la possibilité pour ses enfants de poursuivre leur scolarité en RDC. Il écarte également l'erreur manifeste d'appréciation, faute de preuve de risques en cas de retour. La décision est fondée sur les articles L. 611-1, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le 1er paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Galle, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 27 avril 1976 est entrée en France en septembre 2023 selon ses déclarations. Elle a formé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 21 décembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 6 mai 2024. Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1, 4°, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que la demande d'asile de Mme B a été rejetée par une décision de l'OFPRA en date du 21 décembre 2023, qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 6 mai 2024. Il rappelle les éléments de la situation personnelle de l'intéressée. L'arrêté attaqué précise enfin que Mme B sera reconduite à destination du pays dont elle a la nationalité soit la République démocratique du Congo ou de tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où elle est légalement admissible. Ainsi l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de la scolarisation de ses enfants en France et de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, la requérante ne fournit aucun élément de précision ni de justification de nature à établir l'existence de risques pour sa vie ou sa sécurité dans son pays d'origine. En outre, Mme B soutient que ses enfants nés en 2007, 2008 et 2011 en République démocratique du Congo sont scolarisés en France et qu'ils doivent y poursuivre leur scolarité. Toutefois, si les enfants de la requérante obtiennent de très bons résultats scolaires, il n'est pas démontré que la poursuite en République démocratique du Congo de la scolarisation de ses enfants, qui résident en France depuis moins d'un an, et ont suivi l'essentiel de leur scolarité dans leur pays d'origine, serait impossible. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France en 2023 accompagnée de ses trois enfants mineurs, qu'elle ne justifie pas d'autres attaches familiales sur le territoire français et ne justifie pas en être dépourvue dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. La requérante ne justifie pas non plus d'une intégration ancienne, intense et stable dans la société française et ne démontre aucun obstacle sérieux à la poursuite de sa vie privée et familiale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la requérante ne justifie d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les enfants de la requérante ne pourraient poursuivre normalement leur scolarité dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations précitées.

8. Si la requérante soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus dans son pays d'origine, ce moyen est dépourvu de toute précision de nature à en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 de la préfète de l'Oise doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tourbier et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

La greffière,

Signé

M-A Boignard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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