lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402748 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
| Avocat requérant | NETRY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 5 juillet 2024, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis à la présidente du tribunal administratif d'Amiens la requête de M. B A enregistrée, le 31 mai 2024, au greffe du tribunal administratif de Versailles.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet et 8 août 2024, M. B A, représenté par Me Netry demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention franco-algérienne ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié en vertu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, de l'article 7 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 et du pouvoir général de régularisation du préfet alors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il considère qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Truy, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Truy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 13 juillet 1992, est entré sur le territoire français sans pouvoir justifier des conditions régulières de son entrée. Il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les 16 décembre 2021 et 7 décembre 2022, respectivement par les préfets de la Somme et de l'Essonne. Le 29 mai 2024, M. A a été interpellé à l'occasion d'un contrôle de police. Par un arrêté du 30 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à sa frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète de l'Essonne a fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué précise que M. A a déclaré être entré en France sans être titulaire des documents prévus à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise les principaux éléments de la situation personnelle et familiale de M. A. La circonstance que cet arrêté ne précise pas les éléments de sa situation professionnelle est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
4. Il est constant que M. A ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire national et s'y est maintenu en dépit des obligations de quitter le territoire prises à son encontre. Par suite, il entrait dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel l'autorité administrative peut l'obliger à quitter le territoire français.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A se maintient sans les autorisations requises sur le territoire et qu'il ne démontre pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. En outre, si l'intéressé soutient qu'il travaille et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il n'établit toutefois pas la réalité et l'intensité des liens avec les membres de sa famille présents sur le territoire. La circonstance que le requérant détiendrait un contrat de travail ne démontre pas son insertion sociale et professionnelle ancienne et stable en France. Dans ces conditions et alors même selon ses déclarations qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Essonne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ou familiale.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : / () h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France. () ".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A rentrait, à la date de la décision attaquée, dans l'une des catégories donnant droit à la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans, alors notamment qu'il résidait sur le territoire de manière irrégulière auparavant. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui régissent la délivrance des certificats de résidence valable dix ans, à considérer même que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public de nature à justifier un refus de titre de séjour.
9. En dernier lieu, si M. A revendique le bénéfice de l'article 3 de l'accord franco-algérien, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi :
10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il sera reconduit en cas d'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet serait illégale à raison de l'illégalité de cette dernière.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, la préfète de l'Essonne a pris en compte la durée de séjour en France de l'intéressé, ses déclarations sur son identité et notamment le fait qu'il était sous le coup de deux obligations de quitter le territoire. La circonstance que M. A ne constituerait pas une menace à l'ordre public, est sans incidence sur la légalité de cette décision, et compte tenu des éléments exposés précédemment, cette décision ne méconnait pas l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne
Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
G. Truy
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2621165
03/08/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604971
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2511419
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607421
01/07/2026