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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403174

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403174

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFERRERO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral du 4 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que l'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation, d'injonction et de frais de justice, sur le fondement des articles L. 435-1, L. 423-7 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations conventionnelles invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 juillet 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête présentée par M. B, initialement enregistré sous le n°2407062 le 5 juillet 2024 au greffe du tribunal administratif de Lille.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif d'Amiens sous le n°2403174 le 2 août 2024, M. A B, représenté par Me Ferrero, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- il a été privé de son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la préfète ne pouvait édicter une mesure d'éloignement à son encontre dès lors qu'il a vocation à obtenir un titre de séjour au regard de motifs exceptionnels concernant sa situation professionnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente plus une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en tant qu'elle fixe à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français alors qu'il ne représente plus une menace pour l'ordre public et qu'il est intégré dans la société française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, la préfète de l'Oise a informé le tribunal de l'assignation à résidence de M. B pour une durée de quarante-cinq jours et conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 31 mars 1989, est entré sur le territoire français le 10 mai 2017, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 6 juin 2023, son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a été interpellé le 4 juillet 2024 par les services de police aux frontières et placé, par un arrêté du 4 juillet 2024, au centre de rétention administrative de Coquelles. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. Par ailleurs, à la suite de sa libération par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer du 7 juillet 2024, la préfète de l'Oise a, par un arrêté du même jour, ordonné l'assignation à résidence de M. B pour une durée de 45 jours. Par la requête susvisée, M. B demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2024 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai, qu'il fixe le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que la préfète a pris en compte pour l'édicter. Par ailleurs, en visant l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant que M. B était de nationalité marocaine et n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la préfète a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de renvoi. En outre, la décision refusant à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire vise les 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments que la préfète a pris en compte pour l'édicter, notamment les circonstances que M. B constitue une menace grave pour l'ordre public et qu'il n'est pas demandeur d'asile. Enfin, la décision interdisant M. B de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la date d'entrée sur le territoire français qu'a déclarée l'intéressé, la nature de ses attaches en France, et la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de M. B, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article prévoit que : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense.

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de gendarmerie le 4 juillet 2024, M. B a été invité à présenter ses observations sur la perspective d'une mesure de reconduite à la frontière éventuellement assortie d'une assignation à résidence. A cette occasion, l'intéressé a manifesté son souhait de rester en France. Par ailleurs, durant l'heure entière pendant laquelle cette audition s'est déroulée, le requérant a eu l'opportunité de s'exprimer, en outre, sur les raisons de son départ et sur son parcours, sur sa situation familiale et son pays, sur sa situation administrative ainsi que sur ses moyens de subsistance et viatique. Il s'ensuit qu'une telle audition a permis d'éclairer suffisamment l'autorité préfectorale sur la situation réelle de M. B de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance du droit de ce dernier à être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. B se prévaut de son mariage le 12 mai 2018 et de la naissance de sa fille le 14 juillet 2018, à laquelle il affirme participer à l'éducation et l'entretien, et fait également valoir que, si le couple s'est séparé en 2020 et qu'il lui a été fait interdiction de se rendre au domicile de son épouse, cette interdiction est levée et il rend régulièrement visite à sa fille et son épouse, avec laquelle il s'est réconcilié. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B ne réside pas avec son épouse, et n'apporte aucun tangible de nature à établir qu'il participerait activement et effectivement à l'éducation et à l'entretien de leur enfant. En outre, la seule production d'un courrier qu'il attribue à son épouse, non daté et non signé, adressé au tribunal judiciaire et faisant part de leur réconciliation, ainsi que d'une photographie du couple et de leur enfant, non datée, ne suffit pas à établir que le couple envisage de reprendre une vie commune. Par ailleurs, s'il se prévaut de son insertion dans la société française, notamment par la production d'une attestation de suivi de formation civique d'intégration républicaine au mois d'octobre 2019 et d'une copie du titre de séjour dont il a bénéficié entre le 18 mai 2020 et le 17 mai 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été condamné le 4 janvier 2022 à deux ans d'emprisonnement dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence sur un mineur de 15 ans suivie d'incapacité supérieure à huit jours commis le 11 février 2018, de violence sur un mineur de 15 ans sans incapacité commis le 31 mars 2018 et le 25 avril 2020, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint commis le 25 avril 2020, de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint commis le 14 novembre 2018, de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint commis le 15 février 2020 et de violence sur un mineur de 15 ans suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 24 juillet 2018. Dans ces conditions, et compte tenu de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné et à leur caractère réitéré, il est établi que M. B représente une menace à l'ordre public. Enfin, s'il se prévaut de sa qualification professionnelle en conducteur d'engins de chantier et de sa volonté d'insertion professionnelle, il ne démontre aucune insertion professionnelle particulière en France et ce malgré l'ancienneté de séjour dont il se prévaut. Ainsi, et compte tenu de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, l'atteinte portée par la décision attaquée à son droit au respect de sa vie privée et familiale n'apparaît pas disproportionnée au regard du but de préservation de l'ordre public poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : "'Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale'". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B ne justifie pas résider avec son enfant, ni participer à son éducation ou à son entretien. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision en litige serait intervenue en méconnaissance des stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8 du présent jugement, la préfète de l'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

12. En cinquième lieu, si M. B se prévaut de son droit à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1, L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre, l'intéressé n'établit pas pouvoir prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ou se trouver dans une des situations visées à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant tout délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. B, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public.

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. A ce titre, si M. B soutient qu'il a exécuté sa peine et que l'interdiction de voir sa fille et sa conjointe est levée, compte tenu de la gravité des faits concernés et à leur caractère réitéré, la préfète de l'Oise n'a pas inexactement apprécié la situation du requérant au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que sa présence constituait toujours une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Somme n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de cette dernière.

17. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant tout délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que M. B, dont le comportement constitue une menace à l'ordre public, n'entretient pas avec la France des liens d'une intensité telle qu'ils seraient de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à son édiction. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Oise du 4 juillet 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Ferrero.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

J. PARISI

La greffière,

Signé :

S. GRARE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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