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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403201

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403201

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403201
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Avocat requérantKATI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A B, un ressortissant congolais confié à l'aide sociale à l'enfance. Le requérant invoquait l'urgence liée à l'interruption de son contrat d'apprentissage et de sa formation, ainsi que des doutes sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie et qu'aucun doute sérieux n'entachait la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. C A B, représenté par Me Kati, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision en date du 5 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un récépissé ou tout autre document l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour fait obstacle à la poursuite de la seconde année de son contrat d'apprentissage, à la poursuite de sa formation pour l'année 2024/2025 et compromet de surcroît la poursuite de la prise en charge médicale que requiert son état de santé ;

- la décision attaquée est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en raison de l'absence de mention de son parcours scolaire et professionnel ;

- la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'erreur de droit, l'existence de liens familiaux conservés avec le pays d'origine ne suffisant pas à écarter le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, qu'il poursuit une formation professionnelle, qu'il ne dispose d'aucun lien familial proche dans son pays d'origine, étant orphelin, en dépit des mentions portées sur le jugement supplétif d'acte de naissance délivré en 2022 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa parfaite insertion sociale et professionnelle et de la particulière vulnérabilité résultant de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'il n'est satisfait ni à la condition d'urgence ni à celle de doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la requête au fond de M. A B enregistrée le 6 août 2024 sous le n°2403216 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- et les observations de Me Niang, substituant Me Kati, pour M. A B, qui reprend les moyens et arguments exposés dans ses écritures en insistant sur ce que :

- l'urgence est constituée dès lors que le refus opposé à sa demande de titre de séjour va le placer à court terme en situation de précarité financière, faute de pouvoir poursuivre son activité professionnelle en apprentissage, ce qui perturbera le déroulement de sa formation, alors qu'il est en bonne voie d'obtenir en 2025 le diplôme qui la sanctionne et qu'il ne dispose à ce jour d'aucune autorisation de séjour sur un autre fondement ;

- son parcours social, scolaire et professionnel de valeur dénote de sa particulière insertion, dans un contexte difficile en raison notamment de sa situation de mineur isolé et de la pathologie de drépanocytose dont il souffre, qui requiert une prise en charge médicale de long cours ;

- il ne dispose d'aucune attache familiale dans son pays d'origine.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 21 février 2006, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 27 février 2023, à l'âge de 16 ans et a sollicité la délivrance, à sa majorité, d'une carte temporaire de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté sa demande.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A B poursuit depuis l'année scolaire 2023/2024 la préparation du certificat d'aptitude professionnelle " métiers de la coiffure " dans le cadre d'un contrat d'apprentissage dont l'exécution court jusqu'au 31 août 2025 et justifie de son inscription en centre de formation d'apprentis pour l'année scolaire 2024/2025. Les résultats portés sur les bulletins scolaires de l'ensemble de l'année écoulée, l'appréciation élogieuse de son employeur, présent à l'audience et qui lui a délivré une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée à l'issue de son contrat d'apprentissage, ainsi que l'accompagnement apporté par le contrat de jeune majeur dont il bénéficie, laissent envisager que le requérant est en bonne voie d'obtenir ce diplôme à l'issue de l'année à venir et de s'insérer professionnellement. Par ailleurs, il n'est pas établi ni même n'est allégué par la préfète de l'Oise, que les démarches entamées le 25 juillet 2024 par M. A B afin d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé le placent, à la date de la présente ordonnance, ou seraient susceptible de le placer à brève échéance, en situation régulière de séjour et de lui permettre de la sorte de poursuivre l'exécution de son contrat de travail.

6. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui compromet directement le projet professionnel de M. A B, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant, caractérisant ainsi une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision du 5 juillet 2024 :

7. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " .

8. Il résulte des motifs de la décision du 5 juillet 2024 que, pour refuser d'accorder à M. A B le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise s'est fondée sur ce que l'intéressé n'était pas isolé en République démocratique du Congo, contrairement à ses déclarations et qu'il pouvait de ce fait poursuivre sa formation dans ce pays, en dépit des efforts dans le suivi de ses études en France relevés dans le rapport de l'équipe éducative. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que, ce faisant, la préfète l'Oise a entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions sont propres à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il y a lieu, eu égard aux motifs de la présente ordonnance, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de délivrer sans délai à M. A B un document provisoire autorisant son séjour et la poursuite de son activité professionnelle, qui sera renouvelé jusqu'à ce que l'autorité préfectorale ait réexaminé le droit au séjour de l'intéressé ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond enregistrée sous le n°2403216. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 5 juillet 2024 de la préfète de l'Oise est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête enregistrée sous le n°2403216.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de délivrer sans délai à M. A B un document provisoire autorisant son séjour et la poursuite de son activité professionnelle, qui sera renouvelé jusqu'à ce que l'autorité préfectorale ait réexaminé le droit au séjour de l'intéressé ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B, à la préfète de l'Oise et à Me Kati.

Fait à Amiens, 29 août 2024,

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403201

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