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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501164

Tribunal Administratif d Amiens — Décision N° TA80-2501164

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d Amiens
SectionTribunal Administratif d Amiens
N° DossierTA80-2501164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B... contestant l'arrêté du préfet de la Somme du 25 février 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en se fondant sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions n'excluent pas de prendre en compte l'absence d'attaches familiales. Il a également estimé que le préfet n'avait pas entaché sa décision d'erreur de fait, dès lors que la relaxe pénale de M. B... n'était pas de nature à remettre en cause le motif tiré de la menace à l'ordre public. En conséquence, le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes de M. B..., y compris celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2025, M. A... B..., représenté par
Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 février 2025 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d’exécution d’office de cette mesure ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate,
Me Pereira, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- cet arrêté est entaché d’erreurs de droit dès lors que les dispositions de l’article
L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne subordonnent pas la délivrance d’un titre de séjour sur ce fondement à la justification d’attaches familiales sur le territoire français ni à une condition de dix ans de résidence sur celui-ci ;
- cet arrêté est entaché d’erreur de fait dès lors que si le préfet s’est fondé sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires mentionnant des infractions d’obtention, de détention et d’usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, la cour d’appel de Riom a prononcé sa relaxe par arrêt du
2 novembre 2023 ;
- cet arrêté est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- cet arrêté est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2025, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.

M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du
26 mars 2025.

Par une ordonnance du 9 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 28 mai 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lapaquette, rapporteur,
- et les observations de Me Pereira, représentant M. B....

Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant malien né le 1er janvier 2002, déclare être entré en France le 11 septembre 2018. L’intéressé a présenté une demande d’admission exceptionnelle au séjour le 10 octobre 2024. Par un arrêté du 25 février 2025, dont le requérant demande l’annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d’exécution d’office de cette mesure.

En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour, qui n’avait pas à mentionner l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B..., énonce avec une précision suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de sorte que l’intéressé, à sa seule lecture, a été mis à même d’en connaître les motifs et, le cas échéant, de les contester utilement. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué serait insuffisamment motivé. Il en va de même du moyen tiré du défaut d’examen de sa situation personnelle, fondé sur les mêmes considérations.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».

Premièrement, en présence d’une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l’article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l’ordre public, il appartient à l’autorité administrative de vérifier si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions citées au point précédent n’excluent pas, pour le préfet, la faculté de fonder sa décision de refus de titre de séjour notamment sur l’existence ou l’absence d’attaches familiales de celui-ci en France.

Deuxièmement, il ressort des termes de la décision attaquée que, en dépit de la formulation ambigüe employée, le préfet de la Somme n’a pas fait de l’absence de justification par l’intéressé d’une résidence en France depuis plus de dix ans une condition de refus de sa demande de titre de séjour mais s’est ainsi borné à justifier l’absence de saisine de la commission du titre de séjour. Le moyen tiré de l’erreur de droit soulevé en ce sens par le requérant ne peut, par suite, qu’être écarté.

Troisièmement, si M. B... soutient résider depuis le 11 septembre 2018 sur le territoire français où il a été confié à l’aide sociale à l’enfance, puis à des tiers de confiance à partir de 2019, il a fait l’objet d’une décision l’obligeant à quitter le territoire français le 9 mars 2021, confirmée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand par un jugement du 13 avril 2021 et par la cour administrative d'appel de Lyon le 21 juin 2022, qu’il n’a pas exécutée. Par ailleurs, si l’intéressé, âgé de 23 ans à la date de la décision attaquée, est proche des deux familles françaises qui l’ont aidé depuis son arrivée, il est célibataire et sans enfant et n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. Ainsi, compte tenu de sa situation personnelle et familiale et même si l’intéressé produit des attestations de sa famille d’accueil ou des professeurs et bénévoles qui l’ont accompagné démontrant sa volonté d’insertion et s’il a obtenu un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) agricole en 2024 et suit une formation en CAP dans le domaine de la restauration, c’est sans entacher sa décision d’erreur manifeste d’appréciation que le préfet de la Somme a refusé son admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, dès lors qu’il résulte de l’instruction que le préfet aurait pris la même décision s’il ne s’était fondé que sur les considérations qui viennent d’être exposées, la circonstance que le refus de titre de séjour a également été motivé par les interpellations de M. B... les 13 octobre 2020 et 1er mars 2021 pour obtention, détention et usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation alors qu’il a été relaxé par la cour d’appel de Riom par un arrêt du
2 novembre 2023, est sans incidence sur sa légalité au regard des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En troisième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que
M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaquée serait entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d’injonction et celles l’étant au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête présentée par M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,
- M. Lapaquette, premier conseiller,
- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.

Le rapporteur,
signé
A. Lapaquette
Le président,
signé
S. Thérain



La greffière,


signé


S. Chatellain


La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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