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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501871

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501871

vendredi 14 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante rwandaise, qui contestait l’arrêté préfectoral du 26 mars 2025 l’obligeant à quitter le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet ne s’était pas cru lié par les décisions de l’OFPRA et de la CNDA, et que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a également estimé que l’intérêt supérieur des enfants, protégé par l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’était pas méconnu, ceux-ci pouvant suivre leurs parents au Rwanda. La décision a été rendue sur le fondement des articles L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations conventionnelles invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2025, Mme A... B..., représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 26 mars 2025 par lequel le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Elle soutient que :

- le préfet s’est cru lié par les décisions rendues par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d’asile ;
- l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2025, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport C... Cousin, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante rwandaise née le 1er avril 1994, déclare être entrée sur le territoire français le 23 août 2022. Sa demande de protection a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 septembre 2024, puis par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile du 30 décembre 2024. Par un arrêté du 26 mars 2025, dont Mme B... demande l’annulation, le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Somme, qui a fondé son arrêté sur des éléments personnels et circonstanciés propres à la situation de la requérante, se serait estimé lié par les décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d’asile.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

Mme B... expose être entrée en France en 2022 en compagnie de son mari et de sa fille, également ressortissants rwandais. Il est constant qu’elle a donné naissance à sa deuxième fille, en France, le 22 septembre 2022. Si la requérante fait valoir qu’elle a suivi comme son époux des formations d’apprentissage du français en 2023, que ce dernier a également suivi d’autres formations et a participé à des actions associatives et que leurs filles sont scolarisées en école primaire et maternelle, il ressort toutefois des pièces du dossier que le séjour sur le territoire français de la cellule familiale a un caractère récent. Par ailleurs, Mme B... ne se prévaut de l’exercice d’aucune activité professionnelle. Enfin, elle n’établit pas être dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine. Dans ces conditions, l’arrêté attaqué n’a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale C... B... une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n’a donc, par suite, pas méconnu les stipulations citées au point précédent. Pour les mêmes raisons, le préfet de la Somme n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de l’intéressée.

En troisième lieu, aux termes des stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».

Il ne ressort pas des pièces du dossier que les filles mineures C... Mme B... ne puissent accompagner leurs deux parents au Rwanda et y continuer leur scolarité. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n’a pas fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent en prenant l’arrêté attaqué.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral » / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Par ailleurs, aux termes des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

En l’espèce, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir les dangers ou traitements inhumains ou dégradants auxquels elle pourrait être exposée avec sa famille en cas de retour dans son pays d’origine. En outre, comme indiqué au point 1, sa demande de protection internationale a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées.





D E C I D E :

Article 1er : La requête C... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet de la Somme.


Délibéré après l'audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,
Mme Cousin, première conseillère
M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2025.




Le président,

Signé

S. Lebdiri





La rapporteure,

Signé

C. Cousin

Le greffier,

Signé

N. Verjot

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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