Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 6 mai 2025, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif d’Amiens la requête de M. A..., enregistrée au greffe de ce tribunal le 5 mai 2025.
Par cette requête, M. B... A..., représenté par Me Aucher, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 8 avril 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Congo comme pays de destination en cas d’exécution d’office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre au préfet de police de lui restituer son passeport ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut de motivation et d’examen de sa situation personnelle ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa compagne ainsi que ses quatre enfants résident sur le territoire français, et qu’il participe à l’entretien et à l’éducation de ces derniers ;
- il méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d’origine ;
- il méconnait l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- il méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il réside sur le territoire français depuis plus de six ans, qu’il exerce une activité professionnelle et qu’il dispose d’attaches personnelles et familiales sur le territoire français de sorte qu’il n’existe aucun risque de fuite avéré ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, dès lors qu’il réside sur le territoire français depuis plus de six ans, que sa compagne, avec laquelle il justifie d’une vie commune depuis cinq ans, ainsi que ses quatre enfants résident sur le territoire français.
Le préfet du Val-d’Oise n’a pas produit d’observations mais des pièces le 22 mai 2025.
Par une ordonnance du 9 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée le 16 juillet 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
A été entendu, au cours de l’audience publique, le rapport de M. Thérain, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant de la République du Congo né le 24 décembre 1982, déclare être entré sur le territoire français en 2019. Par un arrêté du 8 avril 2025 dont il demande l’annulation, le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République du Congo comme pays de destination en cas d’exécution d’office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.
2. En premier lieu, d’une part, l’arrêté vise les dispositions législatives et réglementaires dont il fait application, notamment les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et relève de manière suffisamment circonstanciée les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de l’intéressé, notamment la circonstance qu’il déclare être entré sur le territoire français en 2019, être marié avec une ressortissante congolaise et être père de quatre enfants résidant sur le territoire français. D’autre part, contrairement à ce que soutient l’intéressé, la mesure prescrivant une interdiction de retour sur le territoire français fait également l’objet d’une motivation exposant les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et notamment les éléments mentionnés à l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation et d’examen de sa situation personnelle, fondé sur les mêmes considérations, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».
4. Si M. A... se prévaut d’un séjour continu en France depuis 2019, il est constant qu’il s’y est maintenu irrégulièrement depuis l’expiration de son visa le 24 janvier 2020. Il ressort également des pièces du dossiers que l’intéressé ne dispose pas d’autres attaches familiales sur le territoire français que son épouse, dont il n’est pas démontré qu’elle aurait vocation à demeurer sur le territoire français par la seule production d’un récépissé d’une demande de titre de séjour, et leurs quatre enfants nés en 2008, 2011, 2014 et 2019, qui ont vocation à suivre leurs parents en cas de retour dans leur pays d’origine. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l’intéressé doit être rejeté.
5. En troisième lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
6. Ainsi qu’il a été dit ci-dessus, aucune circonstance ne s’oppose à ce que les enfants de M. A... puissent l’accompagner dans son pays d’origine, où il n’est pas démontré que leur scolarité ne puisse se poursuivre normalement. Il s’ensuit que l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise aurait méconnu les stipulations précitées.
7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 2 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « (…) 2. Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l'enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille ».
8. M. A... ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l’article 2 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, lesquelles créent seulement des obligations entre les États parties à cette convention et ne produisent pas d’effet direct dans l’ordre juridique interne.
9. En cinquième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
10. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du citoyen n’est pas assorti des précisions nécessaires permettant d’en apprécier le bien-fondé.
11. En sixième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants (…) 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour (…) ».
12. Il ressort des pièces du dossier, tel qu’il a été précisé au point 4 du présent jugement, que M. A... s’est maintenu sur le territoire français après l’expiration de son visa le 24 janvier 2020, sans avoir sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Par suite, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise aurait méconnu les dispositions citées au point précédent en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
13. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 4, la mesure prononçant à l’encontre de M. A... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois ne méconnaît pas l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A... doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d’injonction ainsi que présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président-rapporteur,
- M. Lapaquette, premier conseiller,
- Mme Kernéis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L’assesseur le plus ancien,
signé
A. Lapaquette
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.