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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2503175

Tribunal Administratif d Amiens — Décision N° TA80-2503175

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d Amiens
SectionTribunal Administratif d Amiens
N° DossierTA80-2503175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantSELARL DEHAN SCHINAZI

Résumé IA

Retrait de points pour solde nul du permis de conduire – Tribunal administratif d’Amiens – Rejet de la requête pour tardiveté. Le tribunal a jugé que la requête de M. B..., enregistrée le 28 juillet 2025, était tardive car le délai de recours de deux mois avait commencé à courir le 25 juin 2020, date de présentation du pli recommandé contenant la décision 48 SI d’invalidation du permis. Le recours gracieux, exercé après l’expiration de ce délai, n’a pu le proroger. La décision attaquée était fondée sur les articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet et 19 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 21 mars 2025 ;

2°) d’annuler la décision portant retrait de points à la suite de l’infraction commise le 17 mai 2018 ;

3°) d’enjoindre la reconstitution de son capital de points ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que la réalité de l’infraction commise le 17 mai 2018 n’est pas établie et qu’il peut prétendre au bénéfice des stages de reconstitution suivis par lui en 2023 et 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête à titre principal irrecevable car tardive et subsidiairement non fondée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article R. 421-1 du code précité : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ». L’article R. 421-5 de ce code dispose : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».

2. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d’une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l’intéressé. En cas de retour à l’administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l’adresse de l’intéressé, dès lors du moins qu’il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l’enveloppe, soit, à défaut, d’une attestation du service postal ou d’autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d’une notification régulière, le pli recommandé renvoyé à l’administration auquel est rattaché le volet « avis de réception » sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du pli et qui porte, sur l’enveloppe ou l’avis de réception, l’indication du motif pour lequel il n’a pu être remis.

3. D’une part, le ministre de l’intérieur produit, dans la présente instance, une copie de l’avis de réception du courrier émanant du fichier national des permis de conduire (FNPC) mentionnant le numéro du permis de conduire de M. A... B... précédé de la lettre « S ». Ces mentions impliquent, sauf justification contraire non produite par le requérant, que le pli contenait la décision référencée « 48 SI » par laquelle le ministre de l’intérieur récapitule les retraits de points intervenus et prononce la perte de validité du permis de conduire de l’intéressé pour solde de points nul. Cette même décision, établie selon un modèle-type et dont le ministre fournit une copie, comportait au verso la mention des voies et délais de recours.

4. D’autre part, il résulte de l’instruction, et notamment le résultat de la recherche auprès de la poste produit par le ministre, que le pli de notification de la décision « 48 SI » portant invalidation du permis de conduire de M. B... envoyé à l’adresse du domicile du destinataire, lui a vainement été présenté le 25 juin 2020. Ainsi, le délai de recours contentieux a commencé à courir au plus tard à cette date. Dans ces conditions, le ministre est fondé à soutenir que les conclusions de la requête à fin d’annulation présentée par M. B... à l’encontre de la décision « 48 SI » contestée ainsi que les décisions de retrait de points ayant conduit à cette situation, ou le bénéfice d’un stage de reconstitution, enregistrée au greffe du tribunal le 28 juillet 2025 sont tardives et doivent être rejetées.

5 Si l'exercice d'un recours gracieux proroge en règle générale le délai de recours contentieux, celui-ci n’a été exercé que le 28 juillet 2025 et n’a ainsi pas eu pour conséquence de proroger le délai de recours contentieux, qui était déjà expiré. En conséquence, la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l’intérieur, tirée de la tardiveté de la requête de M. B... doit être accueillie.

6. Au demeurant, si M. B... indique ne pas vouloir attaquer la décision 48 SI mais seulement la décision implicite de rejet de son recours gracieux, celle-ci n’est que purement confirmative de la décision 48 SI, devenue définitive ainsi qu’il a été dit.

7. Enfin, aux termes de l’article R. 223-3 du code de la route : « (…) III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des premier, deuxième, troisième et cinquième alinéas de l'article L. 223-6. Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. ».

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B... a fait l’objet d’une décision 48 SI, qui lui a été régulièrement notifiée le 25 juin 2020. Par suite, à supposer même que l’intéressé n’ait pas reçu auparavant notification des décisions portant retrait de points en litige, le ministre les lui a rendues opposables en les mentionnant dans le récapitulatif des retraits de points qu’il a fait figurer dans la décision 48 SI, conformément aux dispositions de l’article R. 223-3 du code de la route, rappelées au point précédent. Dans ces conditions, ces décisions de retrait de points doivent également être regardées comme notifiées à l’intéressé au plus tard le 25 juin 2020, de sorte que, pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment, à la date d’enregistrement du présent recours, celles-ci étaient devenues définitives et M. B... n’était plus recevable à en demander l’annulation.


9. l y a lieu, par suite, de rejeter la requête de M. B..., qui est manifestement irrecevable, en ce compris les conclusions aux fins d’injonction.
D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.



Le magistrat désigné,

Signé
G. TruyLa greffière,

Signé
L. Touïl






La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.






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