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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2503799

Tribunal Administratif d Amiens — Décision N° TA80-2503799

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d Amiens
SectionTribunal Administratif d Amiens
N° DossierTA80-2503799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantALEXANDRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de Mme Dua’a A... qui demandait l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 14 août 2025 constatant la perte de validité de son permis de conduire. La requérante contestait la réalité de l'infraction du 10 juin 2025 et sollicitait l'effacement de points pour une infraction de 2022. Le tribunal a appliqué les articles L. 223-1 du code de la route et 530 du code de procédure pénale, considérant que la réalité de l'infraction était établie par l'émission d'un titre exécutoire, faute pour Mme A... de justifier d'une réclamation recevable. La solution retenue est le rejet de l'intégralité des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2025, Mme Dua’a A..., représentée par Me Alexandre, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision en date du 14 août 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur l’a informée de la perte de validité de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Mme A... soutient que :
- la réalité de l’infraction commise le 10 juin 2025, qu’elle a contestée, n’est pas établie ;
- elle peut prétendre au bénéfice de l’effacement s’agissant de l’infraction commise le 10 octobre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet des conclusions de la requête.

Le ministre de l’intérieur soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.


Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l’audience publique.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité de l’infraction commise le 10 juin 2025 :

1. Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / (…) / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ».

2. Il résulte des articles 529, 529-1 et 529-2 et du premier alinéa de l’article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d’Etat, le contrevenant peut, dans les quarante-cinq jours de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis de contravention, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l’action publique, soit présenter une requête en exonération ; que s’il s’abstient tant de payer l’amende forfaitaire que de présenter une requête, l’amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l’exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l’article 530 de ce code : « Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ».

3. L’article L. 225-1 du code de la route fixe la liste des informations qui, sous l’autorité et le contrôle du ministre de l’intérieur, sont enregistrées au sein du système national des permis de conduire. Sont notamment mentionnés au 5° de cet article les procès-verbaux des infractions entraînant retrait de points et ayant donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire en vertu de l’article 529 du code de procédure pénale ou à l'émission d’un titre exécutoire pour le recouvrement de l'amende forfaitaire majorée prévu à l’article 529-2 du code de procédure pénale. En vertu de l’arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l’intérieur des informations prévues à l’article L. 30 (4°, 5°, 6° et 7°) du code de la route, les informations mentionnées au 6° de l’article L. 30, devenu le 5° de l’article L. 225-1 du code de la route, sont communiquées par l’officier du ministère public, par support ou liaison informatique.

4. Il résulte de l’ensemble de ces dispositions que le mode d’enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l’infraction est établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 du code de la route dès lors qu’est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l’amende forfaitaire ou de l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, sauf si l’intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l’annulation du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée.

5. Le ministre de l’intérieur a versé au dossier le relevé d’information intégral relatif à la situation de Mme A.... Eu égard à ses mentions, ce document permet d’établir, en l’absence de tout élément avancé par l’intéressée de nature à mettre en doute leur exactitude, que l’infraction commise le 10 juin 2025 a donné lieu à paiement de l’amende forfaitaire. Par suite, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la réalité de cette infraction dont le processus est précisément détaillé sans être utilement contredit, n’est pas établie, à défaut pour elle de justifier d’avoir formulé dans les formes et délais impartis une requête en exonération considérée recevable.


En ce qui concerne le bénéfice de l’effacement :

6. Aux termes de l’article L 223-6 du code de la route, dans sa rédaction issue de la loi n° 2011-267 du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure : « Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points./ Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe./ Toutefois, en cas de commission d’une infraction ayant entraîné le retrait d’un point, ce point est attribué au terme du délai de 6 mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n’a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à nouveau retrait de points (…) ».

7. Il résulte du relevé d’information intégral que Mme A... a commis, le 10 octobre 2022, une infraction, devenue définitive le 18 novembre 2022 par le paiement de l’amende forfaitaire, qui a donné lieu au retrait de deux points et a eu pour effet de faire courir le délai d’effacement de trois ans susceptible de trouver à s’appliquer à compter de cette date. Le délai de trois ans visé par les dispositions précitées ne commençant à courir qu’à compter de la date à laquelle cette infraction est devenue définitive, soit le 18 novembre 2022, la requérante ne peut prétendre au bénéfice des dispositions précitées avant le 18 novembre 2025 pour soutenir que son solde de points est inexactement déterminé. Par suite, le moyen formulé sur ce terrain doit être rejeté.


8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des décisions du ministre de l’intérieur portant retrait de points du solde de points du permis de conduire de Mme A... visées aux paragraphes 1 à 7 doivent être rejetées.


Sur le bénéfice des dispositions de l’article L. 761-1 :


9. La solution retenue fait obstacle à ce qu’il puisse être fait droit aux conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme Dua’a A... et au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.


Le magistrat désigné,

signé

G. Truy
La greffière,

signé

L. Touïl





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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