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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2504555

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2504555

lundi 10 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2504555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a rejeté la requête de M. A..., ressortissant angolais, contestant l’arrêté du préfet du Nord ordonnant son transfert aux autorités portugaises, responsables de sa demande d’asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le requérant invoquait une erreur manifeste d’appréciation du préfet, qui n’aurait pas usé de la clause discrétionnaire de l’article 17 du règlement, en raison de liens présumés entre les autorités angolaises et portugaises et de problèmes de santé. Le tribunal a jugé que ces allégations n’étaient pas établies et que le préfet n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. La solution retenue est le rejet de la demande d’annulation, confirmant ainsi la décision de transfert.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 24 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Pereira, commise d’office, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 21 octobre 2025 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités portugaises.

Le préfet du Nord, représenté par Me Claisse, a produit des observations et des pièces, enregistrées le 27 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président par intérim du tribunal administratif d’Amiens a désigné M. Richard pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Richard, magistrat désigné,
- les observations de Me Pereira, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête. Ce dernier soutient que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l’article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 en n’usant pas de son pouvoir discrétionnaire pour l’autoriser à déposer sa demande d’asile en France dès lors que les liens existant entre les autorités angolaises et portugaises font obstacle à un examen impartial et adapté de sa demande d’asile par ses dernières et qu’il est atteint de pathologies qui ne seront prises en charge qu’au terme d’un délai de carence préjudiciable en cas de transfert vers le Portugal,
- et les observations de Me Phalippou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

En application de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant angolais né le 30 septembre 1983, déclare être entré sur le territoire français le 27 juillet 2025 et y a déposé une demande d’asile le 4 août 2025. Lors de l’enregistrement de cette demande, la consultation du fichier Visabio a révélé qu’il était entré en France sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa délivré le 23 avril 2025 par les autorités portugaises et valable jusqu’au 15 juin 2025. Saisies le 6 août 2025, les autorités portugaises ont accepté le 30 septembre 2025 la prise en charge de M. A.... Par un arrêté du 21 octobre 2025, le préfet du Nord a décidé de transférer aux autorités portugaises l’intéressé. Par sa requête, ce dernier demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

Aux termes de l’article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 précité : « 1. Par dérogation à l’article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L’État membre qui décide d’examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l’État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (…) ». La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d’asile.

Si M. A... soutient que les liens existants entre les autorités angolaises et portugaises font obstacle au dû examen de sa demande d’asile, il ne produit aucun élément de nature à l’établir. Par ailleurs, si l’intéressé soutient être affecté de problèmes de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers soient un obstacle à son transfert vers le Portugal ou qu’un éventuel délai de carence dans le suivi médical dont il fait l’objet, causé par son transfert, aurait des conséquences sur son état. Par ailleurs, l’intéressé, qui n’est pas accompagné de son épouse et de ses quatre enfants, dispose d’un frère au Portugal. Enfin, M. A... est entré sur le territoire français le 27 juillet 2025 et n’y établit aucune attache. Dès lors, le préfet du Nord n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l’article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 précité.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2025.


Le magistrat désigné,


Signé


J. Richard
La greffière,


Signé


F. Joly

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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