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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-1902336

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-1902336

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-1902336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCASSEL CABINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 juin 2019, le 20 mai 2021 et le 16 mars 2022, M. A B, représenté par la SELAFA Cassel, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 22 639,54 euros, assortie des intérêts à compter de la demande préalable, au titre de l'indemnité de sujétions horaires qui lui est due ;

2°) d'enjoindre à titre principal au ministre de la transition écologique de lui verser, à compter du 1er janvier 2019, la totalité de cette indemnité en numéraire, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il avait droit dès le 1er septembre 2012 au versement de l'indemnité de sujétions horaires (ISH), alors que cette indemnité ne lui a été payée qu'à compter du 1er septembre 2015 ;

- en outre, le versement de cette indemnité à compter du 1er janvier 2016 n'a pas été complet, une part ayant été payée en numéraire et le solde ayant fait l'objet de l'inclusion de repos compensateurs dans le compte épargne temps des officiers de port ;

- or, l'inclusion de repos compensateurs dans le compte épargne temps des officiers de port correspond à une somme globale inférieure à celle due au titre du versement de la totalité de l'ISH ;

- il aurait dû percevoir, de 2012 à 2015, une somme globale de 21 484,91 euros, alors qu'il n'a perçu, sur cette période, qu'une somme de 2 531,54 euros ;

- il a ainsi droit à la somme de 18 951,37 euros ;

- 3 688,17 euros lui sont également dus au titre du paiement de l'ISH par l'inclusion illégale de repos compensateurs dans son compte épargne temps ;

- enfin, ce n'est qu'à compter de l'édiction de la note de gestion du ministère de la transition écologique du 25 février 2019 que le versement de l'ISH a été totalement effectué en numéraire à compter du 1er janvier 2019, si bien qu'il a droit au versement en numéraire de l'intégralité de cette indemnité à compter du 1er janvier 2019, ce qui correspond à une somme mensuelle de 558 euros ;

- les échanges de mail entre le ministère et une organisation syndicale ont interrompu la prescription quadriennale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 février 2021 et le 7 mars 2022, le ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les créances antérieures au 1er janvier 2015 sont prescrites ;

- le requérant ne démontre pas remplir les conditions pour bénéficier de l'ISH ;

- les sommes demandées sont ainsi injustifiées quant à leur principe mais aussi quant à leur montant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée ;

- le décret n° 2002-532 du 16 avril 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce depuis le 1er septembre 2012 les fonctions d'officier de port adjoint de service à la capitainerie de Toulon. Il demande de condamner l'Etat à lui payer l'indemnité de sujétions horaires à laquelle il prétend avoir droit depuis le 1er septembre 2012.

Sur les conclusions à fin de perception de l'indemnité de sujétions horaires :

2. Selon l'article 1er du décret du 16 avril 2002 relatif à l'attribution d'une indemnité de sujétions horaires à certains personnels du ministère de l'équipement, des transports et du logement, dans sa version applicable au 1er septembre 2012 : " Une indemnité de sujétions horaires peut être versée aux agents titulaires, aux agents contractuels sous contrat à durée indéterminée ou aux ouvriers de l'Etat affectés dans un service de l'équipement soit à un poste de travail relevant de l'exploitation, de l'entretien et des travaux, soit à un poste entraînant la participation à un service de permanence continue visant à assurer la gestion d'un centre opérationnel de veille et d'alerte, soit à un poste relevant du contrôle et de la surveillance des activités maritimes, lorsque l'organisation du travail implique au moins l'une ou plusieurs des caractéristiques suivantes :- des vacations au moins égales à 6 heures de temps de travail effectif continu par vacation ; - un cycle de travail comportant des heures décalées ; - un horaire de travail lié aux heures des marées. Pour l'application du présent décret, les heures décalées recouvrent, dans la semaine, les heures entre 18 heures le soir et 7 heures le lendemain, les heures de fin de semaine correspondant à la totalité de la période entre le vendredi à 18 heures et le lundi à 7 heures et les heures de jours fériés correspondant aux heures comprises entre 18 heures la veille et 7 heures le lendemain du jour férié ".

En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :

3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / () " et aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / () / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". S'agissant des créances portant sur le montant des rémunérations, comme c'est le cas en l'espèce, le délai de prescription court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle les services accomplis auraient dû être rémunérés.

4. Le requérant se prévaut d'un courrier électronique adressé à un agent de la direction départementale des territoires et de la mer du département de la Charente-Maritime par lequel un agent de l'administration centrale du ministère de la transition écologique indique que les personnes affectées au contrôle et à la surveillance des activités maritimes sont éligibles à l'indemnité de sujétions horaires à compter de l'année 2012. Ces échanges, qui ne portent pas sur la créance personnelle du requérant, ne constituent pas une communication écrite au sens de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 et n'ont pas eu pour effet d'interrompre la prescription quadriennale. Dans ces conditions, ainsi que le fait valoir le ministre, les créances antérieures au 1er janvier 2015 sont prescrites, M. B n'ayant demandé le bénéfice de cette indemnité que par courrier du 19 février 2019.

En ce qui concerne les créances non prescrites :

5. M. B produit des tableaux de service signés du commandant du port, démontrant que pour l'année 2015, il a effectué des vacations de plus de 6 heures continues et travaille également en horaires décalés. Il est constant qu'il n'a pas changé d'affectation depuis lors. Il a ainsi droit à l'indemnité de sujétions horaires à compter du 1er janvier 2015, en versement en numéraire, le décret du 16 avril 2002 ne prévoyant pas que l'octroi de cette indemnité s'effectue par inclusion de repos compensateurs dans le compte épargne temps. Il est donc fondé à demander que l'Etat soit condamné à lui payer le montant résultant de l'octroi de l'indemnité de sujétions horaires à compter du 1er janvier 2015, assorti des intérêts au taux légal à compter du 20 février 2019, date de réception de sa demande préalable.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B doit être renvoyé devant l'administration pour qu'il soit procédé à la liquidation de la somme qui lui est due.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique que l'Etat verse à M. B les sommes résultant de l'octroi de l'indemnité de sujétions horaires à compter du 1er janvier 2015, assorties des intérêts au taux légal à compter du 20 février 2019.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B le montant résultant de l'octroi de l'indemnité de sujétions horaires à compter du 1er janvier 2015, assorti des intérêts au taux légal à compter du 20 février 2019.

Article 2 : M. B est renvoyé devant l'administration pour qu'il soit procédé à la liquidation de la somme qui lui est due.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 2 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022 où siégeaient :

- Mme Chenal-Peter, présidente,

- Mme Duran-Gottschalk, première conseillère,

- M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

K. CLa présidente,

Signé

A-L. CHENAL-PETER

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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