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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-1902353

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-1902353

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-1902353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGIGANT ELODIE CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête N° 1902353 enregistrée le 20 juin 2019 et des mémoires enregistrés les 9 juillet 2019, 23 juillet 2019, 25 novembre 2019 et 15 mars 2022, M. A F, représenté par Me Gigant, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 mai 2019 par laquelle le maire de la commune de Montfort-sur-Argens a refusé de retirer le permis de construire délivré le 22 mai 2018 à M. et Mme B en vue de la construction d'une villa en R+1 avec garage sur une parcelle cadastrée section A 2215 située au Quartier Les Christaous, le vallon des chênes sur le territoire communal ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montfort-sur-Argens de procéder au retrait du permis de construire susvisé du 22 mai 2018, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune de Montfort-sur-Argens une somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de procéder au retrait du permis de construire du 22 mai 2018 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; le permis de construire du 22 mai 2018 a été obtenu de manière frauduleuse en raison des nombreuses omissions et inexactitudes du dossier de permis de construire qui ont induit en erreur les services instructeurs quant aux dimensions réelles du projet ; le refus de retrait de permis de construire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ainsi que l'article AUc 11 du règlement du plan local d'urbanisme ; le maintien du permis de construire porte atteinte aux intérêts privés de M. F, voisin immédiat du projet.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 septembre 2019, 16 avril 2020 et 11 avril 2022, la commune de Montfort-sur-Argens, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir du requérant ; une infime partie de la construction litigieuse est vue depuis la propriété du requérant ; au regard de la configuration des lieux, il n'est pas démontré que le projet en litige aura une incidence sur les conditions de jouissance du bien du requérant ;

- le permis de construire du 22 mai 2018 n'est pas entaché de fraude ;

- le permis de construire n'est entaché d'aucune illégalité.

Par ordonnance du 15 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2022 à 12 heures.

II- Par une requête N° 1902818 enregistrée le 23 juillet 2019 et un mémoire enregistré le 15 mars 2022, M. A F, représenté par Me Gigant, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 mai 2019 par laquelle le maire de la commune de Montfort-sur-Argens a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. et Mme B pour l'exécution des travaux de construction entrepris, et de le transmettre au Procureur de la République près le Tribunal d'instance de Draguignan ;

2°) d'annuler la décision du 22 mai 2019 par laquelle le maire de la commune de Montfort-sur-Argens a refusé d'édicter un arrêté interruptif de travaux et de le transmettre au procureur de la République près le Tribunal d'instance de Draguignan ;

3°) d'annuler la décision du 22 mai 2019 par laquelle le maire de la commune de Montfort-sur-Argens a refusé de prendre des mesures de coercition nécessaires pour assurer l'arrêt effectif des travaux ;

4°) d'enjoindre au maire de la commune de Montfort-sur-Argens de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. et Mme B pour l'exécution des travaux entrepris, et de le transmettre au procureur de la République près le Tribunal d'instance de Draguignan, dès la notification aux intéressés du procès-verbal d'infraction, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et subsidiairement de réexaminer, en urgence, la demande d'interruption des travaux ;

5°) d'enjoindre au maire de la commune de Montfort-sur-Argens, agissant au nom de l'Etat, d'édicter un arrêté interruptif de travaux et de le transmettre au procureur de la République près le Tribunal d'instance de Draguignan, dès la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

6°) d'enjoindre au maire de la commune de Montfort-sur-Argens, agissant au nom de l'Etat, de prendre les mesures de coercition nécessaires pour assurer l'arrêt effectif des travaux immédiatement, dès la notification aux intéressés du procès-verbal d'infraction, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

7°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de procéder au retrait du permis de construire du 22 mai 2018 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; le permis de construire du 22 mai 2018 a été obtenu de manière frauduleuse en raison des nombreuses omissions et inexactitudes du dossier de permis de construire qui ont induit en erreur les services instructeurs quant aux dimensions réelles du projet ;

- la construction effectuée sur la base d'un permis de construire frauduleux équivaut à une construction sans permis de construire ; le refus de dresser un procès-verbal d'infraction est donc entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus d'ordonner l'interruption des travaux et de prendre des mesures coercitives nécessaires pour assurer l'interruption effective des travaux est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés les 15 avril 2020 et 11 avril 2022, la commune de Montfort-sur-Argens, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le permis de construire des époux B n'est pas entaché de fraude et par suite le maire n'a pas commis d'erreur en refusant de retirer le permis de construire et de dresser un procès-verbal d'infraction, ni d'édicter un arrêté interruptif de travaux ; le service instructeur, à l'aune de l'entier dossier de permis de construire, n'a pas pu se méprendre sur la nature et l'ampleur du projet ;

- la fraude n'étant pas établie, le pétitionnaire dispose d'un permis de construire lui permettant de réaliser son projet ; en l'absence d'infractions caractérisées, le maire n'avait pas à dresser un procès-verbal d'infraction ni à saisir le procureur de la République ;

- sans infraction caractérisée, le maire n'avait pas à édicter un arrêté interruptif des travaux ; en tout état de cause, la construction litigieuse était achevée depuis le 4 juillet 2019 ; ladite construction était hors d'eau, hors d'air et habitable.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2020, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il fait siennes les écritures de la commune sur la réfutation du moyen tiré de la fraude du pétitionnaire pour l'obtention du permis de construire du 22 mai 2018.

Par ordonnance du 15 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2022 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

-l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2022 :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- les observations de Me Reghin, représentant la commune de Montfort-sur-Argens ;

- et les observations de M. E, représentant la préfecture du Var.

Considérant ce qui suit :

1. M. F est propriétaire d'une maison d'habitation avec piscine située au 454 chemin de Saint-Joseph sur la commune de Montfort-sur-Argens. En septembre 2018, après avoir constaté d'importants travaux de terrassement et de rehaussement du sol naturel sur la parcelle cadastrée section A 2215, jouxtant immédiatement au sud sa parcelle et appartenant aux époux B, et après avoir fait constater l'amplitude de ces remblais par un constat d'huissier en date du 4 février 2019, a demandé au maire, par l'intermédiaire de son avocat, par un courrier daté du 30 avril 2019, reçu en mairie le 7 mai 2019, de bien vouloir procéder au retrait du permis de construire délivré le 22 mai 2018 aux époux B, obtenu selon lui par fraude, de dresser un procès-verbal de constat d'infractions pénales aux règles d'urbanisme et de le transmettre au ministère public, et enfin d'ordonner l'interruption de tous travaux de construction sur cette parcelle et de prendre toutes mesures de coercition nécessaires pour assurer l'interruption effective des travaux. Le maire de la commune a, par une décision du 22 mai 2019, refusé de faire droit à l'ensemble de ces demandes.

2. M. F a introduit un recours en annulation (N° 1902353) en date du 20 juin 2019, dans lequel il demande, dans le dernier état de ses écritures, principalement d'annuler la décision du maire de la commune de Montfort-sur-Argens du 22 mai 2019 par laquelle celui-ci a refusé de faire droit à sa demande de retrait du permis de construire délivré aux époux B en date du 22 mai 2018. Le requérant a ensuite, en date du 23 juillet 2019, introduit une seconde requête (N° 1902818) dans laquelle il demande cette fois l'annulation des décisions du maire de ladite commune du 22 mai 2019 par lesquelles celui-ci a refusé d'une part de dresser un procès-verbal d'infractions pénales aux règles d'urbanisme, et d'autre part de prendre un arrêté interruptif des travaux et de prendre toutes mesures de coercition nécessaires pour assurer l'interruption effective des travaux.

3. Les requêtes N° 1902353 et N° 1902818 concernent les mêmes parties et présentent à juger des questions connexes. En outre, elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, ainsi, de les joindre, pour statuer par une seule et même décision.

Sur la requête N°1902353 :

4. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ". Toutefois, un acte administratif obtenu par fraude ne créant pas de droits, il peut être abrogé ou retiré par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai qui lui est normalement imparti à cette fin serait expiré. Un permis de construire ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres dans le but de tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. En outre, la circonstance qu'un dossier de demande de permis de construire comporterait des mentions erronées ne suffit pas par elle-même à caractériser une fraude.

5. Premièrement, le requérant soutient que le dossier de demande de permis de construire ne contient pas de plan altimétrique détaillé, en méconnaissance des dispositions de l'article AUc10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, qui prévoit que " le sol naturel doit être défini par un plan altimétrique détaillé ". Toutefois, un tel plan ne figure pas au nombre des pièces limitativement énumérées par les dispositions du code de l'urbanisme. En tout état de cause, ainsi que le fait remarquer la commune, le plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire mentionne les cotes altimétriques à 10 endroits du terrain d'assiette du projet, ce qui, associées à la représentation du terrain naturel sur les autres plans, permettait de renseigner le service instructeur sur l'altimétrie du terrain d'assiette. Cette première branche du moyen manque donc en fait.

6. Deuxièmement, le requérant reproche ensuite au dossier de demande de permis de construire de ne pas avoir suffisamment indiqué la déclivité du terrain naturel et l'ampleur des travaux de remblaiement nécessaires pour niveler ce terrain. Il poursuit en indiquant que les photographies du dossier de demande de permis de construire ne permettent pas de prendre la mesure de la déclivité du terrain et d'apprécier l'importance des travaux de remblaiement qui affectent les dimensions des murs de clôture, à l'est et au nord de la construction. Tout d'abord, il n'appartient pas aux photographies du dossier de demande de permis de construire de montrer la déclivité du terrain d'assiette. En outre, la réalité du dossier de demande de permis de construire s'apprécie à l'aune de l'ensemble des pièces du dossier et non d'une seule. Ainsi que le fait valoir la commune sur ce point, les plans des façades font apparaître la mention du terrain naturel (TN) et de celui après exhaussements (TP), ce qui permettait au service instructeur d'avoir une bonne idée, d'une part de la déclivité du terrain et d'autre part des travaux d'affouillements et d'exhaussements à réaliser, sur ce terrain.

7. Troisièmement, le requérant soutient que les inexactitudes et omissions ont pu induire en erreur le service instructeur sur la nature et la hauteur des murs de soutènement sur les côtés " est " et " nord " du projet, par rapport au terrain naturel. Il indique notamment que la notice PCMI4 est insuffisante sur la question des murs de soutènement, en raison de la forte déclivité du terrain sur l'axe " ouest-est ". D'une part, la notice PCMI4 indique sur ce point : " les murs de soutènement sont adaptés à la morphologie du terrain TP ". En outre, le plan " coupe-type clôture " indique que " les murs de soutènement sont d'une hauteur variable selon TN ". D'autre part, les autres plans du dossier de demande de permis de construire, notamment le plan en coupe et les plans de façade est et nord, viennent combler les imprécisions de la notice sur la question des murs de soutènement. Le plan en coupe fait apparaître la hauteur totale du mur de soutènement depuis le terrain naturel. En outre, la comparaison des plans de façade est et nord fait apparaître le niveau du terrain projeté après remblaiement, et donc la hauteur du mur de soutènement. En outre, si le requérant soutient que la hauteur des murs de soutènement sera supérieure à 2 mètres, cet argument est inopérant en ce que le règlement du plan local d'urbanisme ne limite pas la hauteur desdits murs de soutènement. En ce qui concerne la consistance des mêmes murs de soutènement, il ressort des différents plans du dossier de demande de permis de construire qu'il s'agit de murs en pierre. Toutefois, le requérant ne fait état d'aucune méconnaissance d'une règle du plan local d'urbanisme qui porterait sur la consistance des murs de soutènement. En tout état de cause, à supposer même que ces plans soient entachés d'une insuffisance sur ce point, le requérant n'explique pas en quoi le permis de construire serait entaché d'une fraude car il n'explique pas de quelle règle d'urbanisme les pétitionnaires auraient souhaité s'affranchir ni quelle manœuvre aurait été effectuée par les mêmes pétitionnaires.

8. Quatrièmement, le requérant invoque la fraude quant aux clôtures proprement dites, prévues sur les limites séparatives nord et est. Toutefois, les plans du dossier de demande de permis de construire indiquent qu'il s'agit d'un mur bahut de 80 centimètres, surmonté d'un grillage de 90 centimètres doublé de haies vives, d'une hauteur totale de clôture de 1,70 mètre. Contrairement à ce qu'indique le requérant, le plan en coupe PCMI3 montre la clôture Est composée d'un mur bahut formant soutènement surmonté d'un grillage d'une hauteur totale de 1,70 mètre par rapport au TP (mur de 0,80 et grillage de 0,90 mètre). En outre, si le requérant soutient que le plan en coupe ne donne aucune indication sur les dimensions de la clôture nord, il ressort des informations issues du plan de masse que cette clôture nord composée d'un mur de soutènement de 0,80 mètre et d'un grillage de hauteur de 0,90 mètre grillage doublé de haies vives (hauteur totale de 1,70 mètre), contrairement à ce que soutient le requérant, ne méconnaît pas les dispositions de l'article AUc11 du règlement du plan local d'urbanisme, qui limitent la hauteur des clôtures à 1,70 mètre. En tout état de cause, la circonstance que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article AUc11 relatives aux clôtures, ne signifie pas que le permis de construire aurait été obtenu par fraude.

9. Cinquièmement, le requérant soutient que la nature et l'aspect du terrain remblayé à l'est et au nord du terrain d'assiette ne sont pas précisément indiqués dans le dossier de demande de permis de construire. Toutefois, sur ce point, la commune fait valoir qu'ainsi que le montre le plan de masse, aucune terrasse n'est prévue au nord du terrain d'assiette, que le projet prévoit des terrasses en rez-de-chaussée et à l'étage à l'ouest de la construction, qui sont d'ailleurs indiquées sur les plans du dossier de demande de permis de construire. En l'absence d'indications sur les plans du dossier de demande de permis de construire, le projet ne prévoit pas de terrasses sur les côtés nord et est du terrain d'assiette, contrairement à ce qui est soutenu. Les remblais seront donc constitués de terre au nord et à l'est du terrain d'assiette du projet. En tout état de cause, le requérant n'indique pas quelle disposition d'urbanisme du règlement du plan local d'urbanisme ferait obstacle à ce type d'aménagement.

10. Sixièmement, le requérant soutient que le dossier de demande de permis de construire ne fait pas apparaître avec précision le sort qui va être donné aux arbres de haute tige existants sur la partie nord-est du terrain d'assiette du projet. Le requérant indique que les chênes brise vue qui sont situés entre sa propriété et le terrain d'assiette du projet vont être amenés à disparaître en raison des remblais importants qui seront réalisés à cet endroit. Toutefois, à supposer même avéré le fait que lesdits chênes soient voués à disparaître, le requérant n'explique pas quelles dispositions du règlement du plan local d'urbanisme pourraient être méconnues ni quelle fraude les pétitionnaires auraient ainsi commis.

11. Septièmement et dernièrement, le requérant soutient que le projet a négligé la question du ruissellement des eaux de pluie, qui risqueraient, selon lui, de se déverser depuis la partie nord-est du terrain d'assiette jusqu'aux propriétés voisines, dont la sienne.

12. D'une part, le dossier de demande de permis de construire indique la manière dont vont être traitées les eaux de pluie dans le cadre de ce projet, qui prévoit que les eaux de pluie soient infiltrées dans des remblais et canalisées, d'installer un système de récupération et de drainage tout autour de la construction projetée et de diriger l'ensemble des eaux de pluie vers un bassin de rétention sous la forme d'une cuve enterrée d'un volume de 17 mètres cubes. En outre, le projet prévoit que la terrasse prévue à l'ouest du projet ne soit pas étanche afin de permettre la libre circulation des eaux de pluie et leur infiltration naturelle dans le sol. Le requérant ne peut utilement soutenir que le dossier de demande de permis de construire n'indique pas les matériaux utilisés pour la réalisation du bassin de rétention car d'une part il ne fait état d'aucune disposition qui exigerait cette précision et d'autre part cet élément, qui serait susceptible d'avoir une incidence sur la légalité du permis de construire, qui ne peut être discutée dans le cadre de la présente instance, où seule la fraude peut être invoquée.

13. D'autre part, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles AUc4 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme car il ne démontre aucune manœuvre des pétitionnaires tendant à tromper le service instructeur afin d'obtenir l'autorisation sollicitée. En tout état de cause, ainsi qu'il a été vu précédemment, un système de récupération des eaux pluviales est prévu afin d'acheminer une partie de ces eaux dans un bassin de rétention des eaux pluviales d'une contenance de 17 mètres cubes prévu dans le cadre du projet, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'il ne serait pas suffisant.

14. Il résulte de l'ensemble de cette analyse que ni l'élément objectif ni l'élément subjectif de la fraude, c'est-à-dire l'intention du pétitionnaire de tromper l'administration, ne sont caractérisés. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que les pétitionnaires auraient commis une fraude pour obtenir le permis de construire délivré par le maire de la commune de Montfort-sur-Argens le 22 mai 2018 aux époux B. Ainsi, le maire de la commune de Montfort-sur-Argens ne pouvait plus retirer le permis de construire au-delà du 22 août 2018, trois mois après l'avoir délivré. Ainsi, il n'a commis aucune erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de retirer le permis de construire litigieux. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 mai 2019 du maire de la commune de Montfort-sur-Argens, refusant de retirer le permis de construire litigieux du 22 mai 2018 doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montfort-sur-Argens pour défaut d'intérêt à agir du requérant. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte du requérant, dans la présente instance.

Sur la requête N°1902818 :

15. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. Les infractions mentionnées à l'article L. 480-4 peuvent être constatées par les agents commissionnés à cet effet par l'autorité administrative compétente et assermentés lorsqu'elles affectent des immeubles soumis aux dispositions législatives du code du patrimoine relatives aux monuments historiques, aux abords des monuments historiques ou aux sites patrimoniaux remarquables ou aux dispositions législatives du code de l'environnement relatives aux sites et qu'elles consistent soit dans le défaut de permis de construire, soit dans la non-conformité de la construction ou des travaux au permis de construire accordé. Il en est de même des infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine. Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public () ". En outre, l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme dispose que : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé () ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 610-1 du même code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. Les sanctions édictées à l'article L. 480-4 s'appliquent également : 1° En cas d'exécution de travaux ou d'utilisation du sol en méconnaissance des obligations imposées par les articles L. 111-1 à L. 111-10, L. 111-15, L. 111-23, L. 115-3 et L. 131-1 à L. 131-7 ainsi que par les règlements pris pour leur application ; 2° En cas de coupes et d'abattages d'arbres effectués en infraction aux dispositions de l'article L. 421-4, sur les territoires des communes, parties de communes ou ensemble de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit mais où ce plan n'a pas encore été rendu public ; 3° En cas d'exécution de travaux ou d'utilisation du sol en infraction aux dispositions des articles L. 113-11 et L. 113-12 relatifs à la protection des espaces naturels sensibles des départements ; 4° En cas d'exécution, dans une zone d'aménagement concerté, de travaux dont la réalisation doit obligatoirement être précédée d'une étude de sécurité publique en application de l'article L. 114-1, avant la réception de cette étude par la commission compétente en matière de sécurité publique. Sauf en cas de fraude, le présent article n'est pas applicable lorsque le bénéficiaire d'une autorisation définitive relative à l'occupation ou l'utilisation du sol, délivrée selon les règles du présent code, exécute des travaux conformément à cette autorisation () ".

16. Ainsi qu'il a été vu précédemment dans la précédente requête, les pétitionnaires n'ont commis aucune fraude pour l'obtention de leur permis de construire délivré le 22 mai 2018 par le maire de la commune de Montfort-sur-Argens. Les mêmes arguments étant utilisés dans la présente requête, le moyen tiré de la fraude sera écarté de la même manière. En outre, il n'est pas contesté que le permis de construire délivré le 22 mai 2018, qui n'a pas été attaqué dans le délai de recours contentieux, est devenu définitif.

17. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que les travaux consistent en des travaux effectués sur la base d'un permis de construire frauduleux, ce qui équivaudrait à l'exécution de travaux effectués sans permis. Il ne résulte donc pas de l'instruction que le requérant soit fondé à soutenir sur ce point que les pétitionnaires auraient commis une infraction en effectuant des travaux conformément à un permis de construire obtenu de manière frauduleuse.

18. En outre, le requérant n'établit ni même n'allègue que les travaux effectués par les pétitionnaires sur leur terrain, pour édifier leur maison d'habitation, ne l'auraient pas été conformément aux prescriptions de leur permis de construire délivré le 22 mai 2018. Il n'y a donc pas non plus d'infraction commise par les pétitionnaires qui ont réalisé des travaux conformément à un permis de construire légal et devenu définitif.

19. Ainsi, en l'absence d'infraction aux règles d'urbanisme, au regard des dispositions des articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme, le maire n'a commis aucune erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en refusant d'une part de dresser un procès-verbal d'infractions pénales et d'autre part en refusant de prendre un arrêté interruptif de travaux. Les conclusions à fin d'annulation de ces décisions du 22 mai 2019 d'une part refusant de dresser un procès-verbal d'infractions pénales, d'autre part refusant de prendre un arrêté interruptif de travaux et enfin de prendre toutes mesures coercitives pour faire cesser les travaux doivent donc être rejetées.

20. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte formulées par le requérant dans cette même requête seront également rejetées.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Montfort-sur-Argens, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Montfort-sur-Argens, présentées au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : Les requêtes n° 1902353 et n° 1902818 sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Montfort-sur-Argens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A F, à la commune de Montfort-sur-Argens, au préfet du Var et à M. et Mme D B.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. C

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

2, 1902818

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