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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000224

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000224

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantNEMESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 janvier 2020, 21 novembre 2021 et 28 juin 2022, Mme D A et M. E A, représentés par Me Guin, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2019 par lequel le maire de la commune du Lavandou a refusé de leur délivrer un permis de construire visant au changement de destination d'un immeuble d'hébergement hôtelier situé au 14-16 avenue du Capitaine B, parcelles cadastrées section BA n°15, 16 et 99, en immeuble à destination d'habitation ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune du Lavandou de leur délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Lavandou une somme de 3 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'auteur de la décision attaquée n'est pas compétent puisque la délégation qu'il a reçue pour signer au nom du maire de la commune du Lavandou n'a pas fait l'objet des mesures de publicité nécessaires à son application ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en ce qu'elle n'indique pas l'intégralité des motifs justifiant un rejet conformément aux dispositions de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions du Plan local d'urbanisme (PLU) interdisant le changement de destination qui leur sont opposées sont illégales en ce qu'elles ne sont ni justifiées ni proportionnées à l'objectif recherché et qu'elles portent atteinte au droit de propriété, à la liberté de commerce et de l'industrie ainsi qu'au principe d'égalité devant le règlement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er septembre 2021, 8 mars 2022 et 11 août 2022, la commune du Lavandou, représentée Me Barbeau-Bournoville, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge des époux A une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022 :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- les observations de Me Guin, représentant M. et Mme A ;

- et les observations de Me Djabali, représentant la commune du Lavandou.

Une note en délibéré présentée par Me Guin pour les époux A a été enregistrée le 19 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision ".

2. Aux termes de l'articles L.101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes d'habitat, d'activités économiques, touristiques () ". L'article L. 151-1 du même code dispose que : " le plan local d'urbanisme respecte les principes énoncés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". En outre, l'article L.151-4 du même code dispose que : " le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services ". Par ailleurs, selon l'article R. 151-2 du même code : " le rapport de présentation comporte les justifications de : () 2° La nécessité des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables et des différences qu'elles comportent, notamment selon qu'elles s'appliquent à des constructions existantes ou nouvelles ou selon la dimension des constructions ou selon les destinations et les sous-destinations de constructions dans une même zone () ". Enfin, les dispositions de l'article L.151-8 du code de l'urbanisme précisent que : " le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Également, l'article L.151-9 du même code dispose que : " le règlement () peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le règlement du plan local d'urbanisme (PLU) peut définir une mesure d'interdiction concernant la destination des constructions dès lors que cette interdiction se justifie par le développement des activités touristiques de la collectivité territoriale, qu'elle est cohérente avec le projet d'aménagement et de développement durable et qu'elle est expliquée par le rapport de présentation en s'appuyant sur les éléments et données contenus dans le diagnostic. Par ailleurs, cette interdiction, proportionnée à l'objectif poursuivi, doit être encadrée s'agissant des destinations des constructions et des secteurs géographiques qu'elle concerne.

4. Premièrement, il ressort des pièces du dossier, en particulier du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) en page 15 qu'il " est prévu de conforter les quartiers essentiellement touristiques " dont celui de la Fossette, et ce document fixe comme objectif de " pérenniser l'activité hôtelière " notamment en " dissuadant l'évolution des 53 hôtels existants vers l'immobilier classique ". Le rapport de présentation quant à lui indique qu'un travail spécifique mené par la commune sur le recensement des structures hôtelières a permis de " constater la disparition et la reconversion d'anciens hôtels " qui pourrait " expliquer la captation et la fidélisation de certains touristes préférant louer ou acquérir une résidence secondaire pour des séjours chaque année au détriment du tourisme de passage ". Il en conclut que " face à la disparition des hôtels, il conviendra de développer les outils réglementaires adaptés pour éviter la mutation des structures hôtelières et pérenniser l'activité sur le territoire communal " dans " les quartiers essentiellement touristiques de Saint Clair, la Fossette, Aiguebelle, Cavalière et Pramousquier nécessaires au soutien de l'économie balnéaire ".

5. Les requérants contestent cette justification affirmant que, tout d'abord, le diagnostic réalisé par le rapport de présentation fait apparaître une offre satisfaisante au Lavandou. Ils relèvent en effet que " la proportion d'unités d'hébergements hôteliers est supérieure à celle du département ". Toutefois, sur ce point, si les requérants relèvent du rapport de présentation que l'offre hôtelière du Lavandou est supérieure à celle du département, ils n'établissent pas pour autant que cette offre serait suffisante pour pérenniser la vocation touristique de la commune et plus particulièrement le tourisme de passage. En outre, le rapport de présentation n'avait pas forcément à préciser la catégorie des hôtels qui ont fermé ni les motifs de leur fermeture, dès lors que la problématique à laquelle fait face la commune est la baisse globale du nombre d'hôtels.

6. Les requérants poursuivent en soutenant que les fermetures d'hôtel sont principalement intervenues dans la zone du centre-ville et qu'il conviendrait ainsi de limiter l'interdiction exclusivement à cette zone. Sur ce point, le rapport de présentation contient des informations relatives à la zone UC1, notamment pour la Fossette, et une carte en page 27 du rapport permet de comparer avec le plan de zonage et d'apprécier dans quelle zone se trouvent les hôtels en activité et ceux qui ont disparu ou ont été transformés.

7. Les requérants indiquent également que les données contenues dans le rapport de présentation sont vagues en ce qu'elles ne distinguent ni les catégories d'hôtel ayant fermé ni les autres modes d'hébergements hôteliers existants dans la commune, tels que les campings, villages de vacances et maisons familiales, lesquelles représentent plus de la moitié des hébergements touristiques et dont le nombre n'a pas diminué.

8. Mais, d'une part, il est constant que le nombre d'hôtels a significativement diminué depuis 2006, passant de 54 à 36, soit une baisse de 33 % répartie sur tout le territoire de la commune. Quand bien même le rapport de présentation ne procèderait pas à une analyse exhaustive sur les différents types d'établissement hôtelier, en particulier ceux ne relevant pas des hôtels, il ressort de la lecture de ce rapport de présentation qu'il contient des éléments d'information dispersés qui permettent d'appréhender avec suffisamment de précision les capacités et les besoins de la commune en terme d'hébergement hôtelier.

9. En outre, le PADD et le rapport de présentation insistent sur le caractère stratégique du tissu hôtelier à proprement parler. La commune a pu très bien considérer que si le nombre d'hôtels diminuait, il convenait alors de prendre des mesures destinées à empêcher l'affaiblissement des autres modes d'hébergement, afin d'éviter un déclin global de l'offre de logement. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir la commune dans son mémoire en défense, elle ne pouvait pas créer une nouvelle catégorie de destination relative aux hôtels, pour laquelle aurait seule été prévue une règle d'interdiction du changement de destination.

10. Les requérants soutiennent enfin que la baisse du nombre d'hôtels est un indicateur insuffisant et qu'il aurait fallu raisonner en termes de " nombre de chambres ", afin de prendre en compte les capacités d'hébergement nouvelles qui auraient été créées, du fait, soit des hôtels existants qui se sont agrandis, soit de l'ouverture de nouveaux hôtels. Toutefois, les requérants sur ce point n'établissent ni même n'allèguent, que l'ouverture de nouveaux hôtels ou l'agrandissement des hôtels existants aurait permis de compenser la perte de nombre de chambres d'hébergement liée aux hôtels disparus. Dès lors, il n'est pas établi que de telles informations étaient nécessaires pour justifier l'interdiction en litige.

11. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'interdiction prescrite par les dispositions de l'article UC 1 du règlement du PLU ne serait pas suffisamment justifiée dans les documents du PLU révisé.

12. Deuxièmement, les requérants soutiennent que l'interdiction prévue par l'article UC1 du règlement du PLU est générale et absolue puisqu'elle n'est pas circonscrite au seul secteur géographique du centre-ville, concerne tout type d'établissements hôteliers et qu'elle n'est pas limitée dans le temps.

13. Toutefois, sur ce point, l'interdiction prévue par l'article UC.1 du règlement du PLU est encadrée au seul changement de destination des établissements à destination d'hébergement hôtelier existants ainsi qu'aux zones identifiées par le rapport de présentation, en cohérence avec le PADD. En outre, contrairement à ce qui est soutenu, l'interdiction n'avait pas à se limiter au centre-ville du Lavandou puisqu'il résulte du rapport de présentation (pages 26 et 27) que le déclin du nombre d'hôtels ne concerne pas uniquement le centre-ville, mais concerne tous les quartiers de la commune. En outre, le rapport de présentation indique sur ce point que : " Le confortement des quartiers touristiques via la pérennisation de l'activité hôtelière " concerne " Saint Clair, la Fossette, Aiguebelle, Cavalière et Pramousquier ". En outre, il ressort également du rapport de présentation que le déclin du nombre d'hôtels concerne l'ensemble des catégories d'hôtels. Enfin, il ne résulte d'aucune disposition législative et règlementaire ni d'aucun principe dégagé par la jurisprudence qu'une telle interdiction devait contenir une limitation dans le temps.

14. Troisièmement, si l'interdiction de changement de destination porte atteinte au droit de propriété des propriétaires d'hôtels existants, cette mesure constitue une limitation d'usage, qui est justifiée par un motif d'urbanisme et qui n'est pas disproportionnée. Par suite, elle ne porte pas une atteinte excessive au droit de propriété.

15. Quatrièmement, les requérants soutiennent que l'interdiction porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, en ce qu'elle ne permet pas de " modifier le mode de gestion et d'organisation de l'activité hôtelière ". Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

16. Cinquièmement et dernièrement, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. Les requérants allèguent que la mesure d'interdiction de changement de destination porte atteinte au principe d'égalité car elle ne vise que les hôtels et non les autres structures d'accueil touristique. Toutefois, les requérants ne précisent pas les autres structures, ni en quoi celles-ci seraient dans la même situation qui aurait nécessité un traitement identique. Par suite, ce moyen, tel qu'il est soulevé, sera écarté, comme étant insuffisamment précis.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'article UC 1 du règlement du PLU doit être écarté comme étant infondé.

18. Compte tenu de tout ce qui précède, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune du Lavandou était en situation de compétence liée et qu'il était ainsi tenu de refuser le permis de construire sollicité par les époux A dans la mesure où les dispositions du règlement du PLU interdisent expressément le changement de destination des établissements à destination d'hébergement hôtelier existants. Par suite, les moyens de légalité externe soulevés par les requérants, seront écartés comme étant inopérants.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête, et ce sans qu'il soit besoin d'examiner la substitution de motifs présentée par la commune.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Les conclusions à fin d'annulation ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu, également, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge de ces frais.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : les conclusions de la commune du Lavandou sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D A, à M. E A et à la commune du Lavandou.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. C

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, la greffière.

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