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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000370

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000370

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGARRY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2020, la société par actions simplifiée (SAS) ARIANA FINANCE, représentée par la SELARL Garry et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 4 décembre 2019 par laquelle le préfet du Var a refusé de faire droit à sa demande d'intervention au titre des dispositions des articles 44 et suivants du décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 adressée le 2 octobre 2019 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder à une vérification de l'état des lieux et d'indiquer au syndicat les travaux jugés nécessaires et de le mettre en demeure de les exécuter en application de l'article 49 du décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est propriétaire depuis le 24 avril 1991 d'un terrain à bâtir cadastré section BN n° 35 sur le territoire de la commune de Bormes-les-Mimosas, correspondant au lot n° 5 au sein du lotissement du domaine du Cap Bénat, situé au-dessus de la plage de la Lanterne ;

- ce terrain n'est accessible que par la route du phare qui longe le littoral ;

- suite à des intempéries violentes en novembre 2012 et 2013 ayant notamment provoqué des coulées de boues et des éboulements, ce chemin d'accès s'est en grande partie dérobé et l'accès au lot n° 5 n'est plus possible, ce qu'elle a fait constater par un procès-verbal du 18 juin 2013 et dont elle a informé par une dénonce datée du 25 octobre 2013 l'association syndicale autorisée (ASA) des propriétaires du domaine du cap Bénat qui lui fit parvenir un diagnostic géologique prévoyant notamment des travaux de confortements ;

- l'ASA n'a pas répondu au courrier du 25 octobre 2013 non plus qu'aux courriers adressés les 12 juin et 23 octobre2014 lui rappelant la charge des travaux d'entretien, de réfection et de réparation concernant la voirie et les termes des articles 4 et 5 du cahier des charges du lotissement ;

- l'ASA a ultérieurement saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulon pour faire notamment constater les désordres causés par les glissements de terrain et déterminer les responsabilités encourues ;

- conformément à l'ordonnance rendue le 21 août 2015, une expertise a été ordonnée sans que la requérante y soit conviée contradictoirement ;

- la réalisation d'autres travaux prévus sur le secteur de la Lanterne a été abandonnée par l'ASA lors de son assemblée générale du 7 août 2019 et notamment la réalisation d'une route et d'un parking ;

- la communication du procès-verbal de cette assemblée générale lui a été refusée malgré plusieurs relances ;

- il n'est pas établi si le préfet du Var a été destinataire de ce procès-verbal dans le cadre de son contrôle de légalité ;

- l'abandon des travaux de stabilisation précédemment décidés constitue une menace sur la sécurité des personnes et des biens et ce d'autant plus que la suppression partielle de la route du Phare, précédemment décrite comme un " chemin pompier ", est également constitutive de la disparition d'un accès de la défense contre les incendies du Var ;

- le préfet du Var a été saisi le 2 octobre 2019 dans le cadre des dispositions du décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires et plus particulièrement de ses articles 46 relatif à l'organisation de visite de travaux et de vérification de l'entretien des ouvrages par l'autorité préfectorale et 49 relatif à la prescription de travaux d'entretien nécessaires ;

- les intérêts publics mis en cause par l'absence de réalisation de travaux dans ce secteur tiennent à la sécurisation des personnes et des biens, à la protection du site et à la lutte contre l'incendie ;

- la demande reçue le 4 octobre 2019 par le préfet du Var doit être regardée comme ayant été implicitement rejetée le 4 décembre 2019 alors même que les conditions prévues à l'article 49 du décret n° 2006-504 étaient réunies et que le préfet devait intervenir d'abord par une vérification de l'état des lieux puis en indiquant au syndicat les travaux jugés nécessaires et le cas échéant de le mettre en demeure de les réaliser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Un courrier du 6 septembre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Une ordonnance du 16 novembre 2022 a prononcé la clôture de l'instruction à la date de son émission, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires ;

- le décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- et les observations de Me D'Acqui, représentant la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Ariana Finance est propriétaire depuis le 24 avril 1991 d'un terrain à bâtir cadastré section BN n° 35 sur le territoire de la commune de Bormes-les-Mimosas, correspondant au lot n° 5 au sein du lotissement du domaine du Cap Bénat, dans le secteur de la plage de la Lanterne, lequel est accessible par une route qui longe le littoral. Suite à des intempéries violentes en novembre 2012 et 2013 des coulées de boues et des éboulements ont endommagé ce chemin d'accès et l'accès au lot n° 5 n'est plus possible, ce qu'elle a fait constater par un procès-verbal du 18 juin 2013. Ses démarches auprès de l'association syndicale autorisée (ASA) des propriétaires du lotissement du domaine Cap Bénat pour obtenir la réalisation des travaux nécessaires à la remise en état de ces accès sont restées sans suite. Suite à l'assemblée générale de cette association syndicale autorisée du 7 août 2019, la réalisation des travaux prévus sur ce secteur de la Lanterne initialement prévus aurait été abandonnée, décision dont la SAS Ariana Finance a saisi le préfet du Var, par un courrier du 2 octobre 2019 reçu le 4 octobre 2019, afin que celui-ci exerce les prérogatives qu'il tire des articles 46 et 49 du décret n°2006-504 du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance n°2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires. Par la présente requête, la SAS Ariana Finance demande au tribunal l'annulation de la décision implicite intervenue le 4 décembre 2019 par laquelle le préfet a rejeté ces demandes.

2. Aux termes, en premier lieu, de l'article 25 de l'ordonnance n°2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Les délibérations de l'assemblée des propriétaires et du syndicat et les actes pris par le président de l'association ou le directeur sont, dans des conditions fixées par le décret en Conseil d'État prévu à l'article 62, transmis à l'autorité administrative compétente dans le département où l'association a son siège et rendus exécutoires. " Aux termes de l'article 30 de cette ordonnance : " L'autorité administrative peut, après mise en demeure de l'association syndicale autorisée restée sans effet dans un délai qu'elle détermine : / 1° Faire procéder d'office, aux frais de l'association, à l'accomplissement des opérations correspondant à son objet, dans le cas où la carence de l'association nuirait gravement à l'intérêt public ; / 2° Constater que l'importance des ouvrages ou des travaux à réaliser excède les capacités de l'association. / Dans le cas prévu à l'alinéa précédent, l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements peuvent décider, dans des conditions définies par le décret en Conseil d'État prévu à l'article 62, de se substituer, en tout ou partie, à l'association dans ses droits et obligations. ". Et aux termes de l'article 62 de cette ordonnance : " Les modalités d'application de la présente ordonnance sont fixées par décret en Conseil d'État, notamment : / 1° La détermination de l'autorité administrative compétente pour la création, la transformation ou la dissolution d'une association syndicale autorisée et les modalités de transmission à cette autorité des actes de cette association ; () ".

3. Aux termes, d'autre part, de l'article 40 du décret n°2006-504 du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance n°2004-632 du 1er juillet 2004 : " Sont transmis au préfet les actes suivants : / 1° Les délibérations de l'assemblée des propriétaires ; () Un accusé de réception de ces actes est immédiatement délivré. / Le préfet peut demander dans un délai de deux mois à compter de leur réception, en motivant expressément cette demande, la modification de ces actes. Le délai est réduit à dix jours pour les ordres de réquisition. En cas d'urgence dûment justifiée et sur demande du président de l'association, il peut également être réduit à huit jours par le préfet qui en informe le comptable. / Le préfet transmet copie de sa demande de modification au comptable. Dans le cas où il n'est pas procédé à cette modification dans un délai de trente jours à compter de la transmission de la demande, le préfet peut y procéder d'office. Dans le cas contraire, l'acte modifié est exécutoire dès qu'il a été procédé à son affichage au siège de l'association ou à sa notification aux intéressés. / Les actes qui n'ont pas fait l'objet dans le délai d'une demande de modification sont exécutoires dès qu'il a été procédé à leur affichage au siège de l'association ou à leur notification aux intéressés. () ". Aux termes de l'article 42 de ce décret : " Les actes pris au nom de l'association syndicale autres que ceux mentionnés à l'article 40 sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur affichage au siège de l'association ou à leur notification aux intéressés. Le préfet peut en demander communication à tout moment. ". Aux termes de l'article 46 de ce décret : " Le préfet peut faire procéder, quand il le juge opportun, à la visite des travaux, et faire vérifier l'état d'entretien des ouvrages de l'association. / Les frais de ces visites et vérifications sont à la charge de l'association. / Le préfet peut mettre en demeure le syndicat de procéder à la réfection des ouvrages lorsque celle-ci est commandée par un intérêt public, dans les conditions prévues aux articles 49 et 50. ". Et aux termes de l'article 49 de ce décret : " Dans le cas où une association syndicale autorisée interrompt ou laisse sans entretien les travaux entrepris par elle, le préfet fait procéder, par le service compétent, à une vérification de l'état des lieux. / S'il ressort de cette vérification que l'interruption ou le défaut d'entretien peut nuire gravement à l'intérêt public, le préfet indique au syndicat les travaux jugés nécessaires pour pallier ces conséquences et le met en demeure de les exécuter. / Le préfet assigne au syndicat, dans cette mise en demeure, un délai suffisant pour procéder à l'exécution des travaux. Faute par le syndicat de se conformer à cette injonction, le préfet ordonne l'exécution d'office aux frais de l'association et désigne, pour la diriger et la surveiller, un agent chargé de suppléer le président du syndicat. Cet agent est nommé et rémunéré comme il est prescrit au 1° de l'article 8 pour le commissaire enquêteur. Le montant de l'indemnité est à la charge de l'association. / En cas d'urgence, l'exécution d'office peut être prescrite immédiatement. ".

4. Il ressort, d'une part, des pièces du dossier que le préfet du Var n'a reçu communication du procès-verbal de l'assemblée générale de l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du domaine cap Bénat du 7 août 2019 que le 9 décembre 2019, soit postérieurement à l'acquisition de la décision implicite de rejet contestée dans le cadre de la présente instance. Si cette circonstance faisait obstacle à ce qu'il fasse usage des attributions qui lui sont reconnues par le décret n°2006-504 du 3 mai 2006 à l'égard des délibérations adoptées à cette occasion, il ne ressort pas de ce procès-verbal que l'association syndicale aurait renoncé à la réalisation des travaux préalablement décidés sur le secteur de la Lanterne mais plutôt qu'après réalisation des premiers travaux, des difficultés d'ordre juridique et technique ont rendu nécessaire des études complémentaires. Une telle délibération, qui ne constatait pas une détérioration de la situation ou une situation d'urgence, ne rendait pas nécessaire une intervention de l'autorité préfectorale pour ordonner une visite afin de s'assurer de l'état d'entretien des ouvrages en cause et ce sur le fondement des dispositions précitées des articles 46 et 49 du décret n°2006-504, en l'absence de toute évolution significative de l'état des dits ouvrages.

5. D'autre part, si l'ASA des propriétaires du lotissement du domaine Cap Bénat fait valoir l'importance des ouvrages publics détériorés et notamment leur rôle dans le cadre de la protection des incendies, elle ne produit aucun élément au soutien de ses allégations notamment sur le classement de ces voies au titre de la défense des forêts contre les incendies, sur l'importance de la circulation actuelle de véhicules automobiles et de piétons sur ces voiries et de manière plus générale sur l'intérêt public des travaux de remise en état qu'elle réclame. En l'état de l'instruction, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut d'entretien ou l'absence de travaux dans ce secteur serait de nature à nuire gravement à l'intérêt public au sens et pour l'application de l'article 49 du décret n°2006-504 du 3 mai 2006.

6. Il résulte de ce qui précède que la SAS Ariana Finance n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 4 décembre 2019 par laquelle le préfet du Var a refusé de faire droit à sa demande d'intervention au titre des dispositions des articles 44 et suivants du décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 adressée le 2 octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de la SAS Ariana Finance, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Var de procéder à une vérification de l'état des lieux et d'indiquer au syndicat les travaux jugés nécessaires et de le mettre en demeure de les exécuter ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SAS ARIANA FINANCE doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Ariana Finance est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ariana Finance et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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