jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2000530 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MIHAILOV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2020, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, représentée par Me Mihailov, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Var a implicitement rejeté la demande d'abrogation formée contre son arrêté n° 159 du 12 février 1969 relatif à la fermeture des points de vente de pain ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de prononcer l'abrogation de son arrêté n° 159 du
12 février 1969 dans un délai d'un mois à compter de la lecture du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 1er de l'arrêté du 12 février 1969 du préfet du Var impose une journée de fermeture hebdomadaire à tous les magasins d'alimentation du département ;
- sa demande d'abrogation de cet arrêté a été reçue en préfecture le 6 novembre 2019 et a fait l'objet d'un rejet implicite ;
- sa demande du 6 janvier 2020 relative à la communication des motifs de cette décision de rejet est restée sans réponse ;
- la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation est affectée d'un défaut de motivation en droit en raison d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet ne peut ordonner de fermeture hebdomadaire que dans les conditions étroitement définies par l'article L. 3131-29 du code du travail, qui reprend les dispositions de l'ancien article L. 221-17 et doit satisfaire aux injonctions du conseil constitutionnel s'agissant de la vérification de ce qu'un tel arrêté conserve sa pertinence au cours du temps ;
- il incombe au préfet de s'assurer que le régime de fermeture correspond toujours à la volonté de la majorité indiscutable des personnes intéressées et au juge administratif de contrôler la légalité du maintien en vigueur de la décision ;
- les conditions de légalité de l'arrêté du 12 février 1969 ne sont plus réunies dès lors que les syndicats signataires, représentants les commerces de détail de viande et de produits à base de viande et les commerces d'alimentation générale ne comptent respectivement que pour 231 et 177 établissements sur les 1 305 magasins d'alimentation du Var ;
- le syndicat de l'épicerie et de l'alimentation générale a fusionné avec un autre syndicat pour former la fédération de l'épicerie et du commerce de proximité qui défend la liberté de choix des jours d'ouverture par les commerçants et ses adhérents ne peuvent être regardés comme favorables aux modalités de fermeture résultant de l'arrêté contesté ;
- pour les seules organisations patronales signataires, celles favorables au maintien de l'arrêté ne représenteraient plus que 231 établissements sur 17,7 %, ce qui ne correspond pas à la volonté de la majorité indiscutable des établissements concernés ;
- la demande d'abrogation motivée formée le 5 novembre 2019 obligeait le préfet à procéder à une nouvelle consultation des personnes intéressées et la décision implicite de rejet de cette demande doit donc être annulée pour ce motif ;
- l'arrêté attaqué doit être annulé par application des dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration qui prescrivent l'abrogation des actes réglementaires illégaux, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures.
La requête a été communiquée au préfet du Var qui n'a pas produit d'observations en défense.
Une mise en demeure de produire des observations en défense a été adressée le
6 septembre 2022 au préfet du Var visant les dispositions des articles R. 613-1, R. 613-2 et
R. 612-6 du code de justice administrative
Un courrier du 6 septembre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Une ordonnance du 17 octobre 2022 a prononcé la clôture de l'instruction à la date de son émission, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code du travail ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le syndicat professionnel " fédération des entreprises du commerce et de la distribution " (FCD) a sollicité du préfet du Var l'abrogation de son arrêté n° 159 du 12 février 1969 relatif à la fermeture hebdomadaire des magasins d'alimentation par une correspondance du 5 novembre 2019, restée sans réponse. Cette fédération a sollicité la communication des motifs du refus implicite ainsi opposé à sa demande du 5 novembre 2019 en date du 6 janvier 2020, également rejetée implicitement. Par la présente requête, la FCD demande l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation formée contre l'arrêté du 12 février 1969 et à ce qu'il soit enjoint au préfet du Var de prononcer l'abrogation de cet arrêté.
2. En raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique. Cette contestation peut prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes duquel : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé () ". En outre, l'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il suit de là que, lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de cet acte au regard des règles applicables et des circonstances qui prévalent à la date de sa décision. Il en va de même lorsque l'autorité compétente est saisie d'une demande tendant à la réformation d'un règlement illégal, et qu'elle est, par conséquent, tenue d'y substituer des dispositions de nature à mettre fin à cette illégalité.
3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 3132-29 du code du travail : " Lorsqu'un accord est intervenu entre les organisations syndicales de salariés et les organisations d'employeurs d'une profession et d'une zone géographique déterminées sur les conditions dans lesquelles le repos hebdomadaire est donné aux salariés, le préfet peut, par arrêté, sur la demande des syndicats intéressés, ordonner la fermeture au public des établissements de la profession ou de la zone géographique concernée pendant toute la durée de ce repos. () / À la demande des organisations syndicales représentatives des salariés ou des organisations représentatives des employeurs de la zone géographique concernée exprimant la volonté de la majorité des membres de la profession de cette zone géographique, le préfet abroge l'arrêté mentionné au premier alinéa, sans que cette abrogation puisse prendre effet avant un délai de trois mois ".
4. Pour l'application des dispositions précitées du code du travail, la fermeture au public des établissements d'une profession ne peut légalement être ordonnée sur la base d'un accord syndical que dans la mesure où cet accord correspond pour la profession à la volonté de la majorité indiscutable de tous ceux qui exercent cette profession à titre principal ou accessoire dans la zone géographique considérée et dont l'établissement ou une partie de celui-ci est susceptible d'être fermé. L'existence de cette majorité est vérifiée lorsque les entreprises adhérentes à la ou aux organisations d'employeurs qui ont signé l'accord ou s'y sont déclarées expressément favorables exploitent la majorité des établissements intéressés ou que la consultation de l'ensemble des entreprises concernées a montré que l'accord recueillait l'assentiment d'un nombre d'entreprises correspondant à la majorité des établissements intéressés.
5. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas utilement contesté que l'arrêté préfectoral du 12 février 1969 en litige avait été adopté sur le fondement des dispositions alors applicables des articles 33 et suivants du code du travail et qu'aucune consultation ultérieure n'a confirmé l'existence d'une majorité indiscutable dans le sens du maintien de cette réglementation restrictive de la liberté du commerce et de l'industrie. Il appartenait dès lors au préfet du Var, autorité administrative compétente pour abroger le cas échéant cet acte réglementaire, suite à la demande formée par le syndicat professionnel requérant, de procéder à une consultation de l'ensemble des établissements concernés du département afin de s'assurer de la persistance d'une majorité des établissements intéressés en faveur du maintien de ces règles, ce qui n'a pas été fait.
6. L'inexactitude des faits allégués par le syndicat professionnel requérant tenant à la volonté d'une majorité indiscutable des professionnels concernés par les règles de fermeture hebdomadaire obligatoire fixées par cet arrêté de les voir abrogées ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, le préfet du Var doit être réputé avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède que la fédération requérante est fondée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens de légalité externe soulevés à l'encontre de la décision implicite rejetant la demande du 5 novembre 2019, à demander l'abrogation de l'arrêté du 12 février 1969 et l'annulation de cette décision implicite. Par application des dispositions du second alinéa de l'article L. 3132-29 du code du travail, l'arrêté du 12 février 1969 ne sera abrogé qu'au terme d'un délai de trois mois à compter de la date de lecture du présent jugement.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par la fédération requérante et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de la présente décision contre les actes pris sur leur fondement, les dispositions de l'arrêté du préfet du Var n° 159 du
12 février 1969 relatif à la fermeture hebdomadaire des magasins d'alimentation sont abrogées à compter du 16 mai 2023.
Article 2 : La décision implicite par laquelle le préfet du Var a rejeté la demande du 5 novembre 2019 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 12 février 1969 est annulée.
Article 3 : L'État versera à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Silvy, premier conseiller,
M. Kiecken, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
J.-A. SILVY
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026