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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000654

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000654

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUVERET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 février 2020 et 24 septembre 2020, la SARL 2PRO, représentée par Me Bouveret, doit être regardée comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 août 2019 par lequel le maire de la commune des Arcs-sur-Argens s'est opposé à sa demande de déclaration préalable déposée par elle en vue de la division de son terrain cadastré section 4D 1498, 4D 829, 4D 830, 4D 832 et 4D 833 en deux lots à bâtir, un lot A d'une superficie de 448 mètres carrés et un lot B d'une superficie de 2 316 mètres carrés sur le territoire communal et ensemble le rejet explicite de son recours gracieux du 30 décembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune des Arcs-sur-Argens d'instruire à nouveau sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à partir de ce délai de quinze jours, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune des Arcs-sur-Argens une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner la commune des Arcs-sur-Argens à payer les entiers dépens.

Elle soutient que :

- son recours est recevable car il a été déposé dans le délai de recours de deux mois après la décision explicite de rejet du recours gracieux par le maire de la commune des Arcs-sur-Argens ;

- le motif tiré de l'inexistence du réseau AEP est illégal ; ce réseau existe et la propriété est raccordable au réseau d'eau potable ;

- le motif de la décision tiré de la méconnaissance de l'article 13 du règlement de la zone 1 AUBa du plan local d'urbanisme est illégal ; la décision attaquée est relative au détachement d'un seul terrain à bâtir ; il ne comprend aucun espace ni équipement commun ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est illégal ; le maire ne démontre pas que le terrain litigieux présenterait un risque pour la sécurité ; en outre, la défense du terrain contre l'incendie est assurée ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal ; elle est prête à prendre en charge une extension du réseau d'électricité si elle peut lui être mise à sa charge ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir en ce que l'instruction de la demande a été faite au regard de la personne du demandeur et non du droit et de la situation matérielle du bien.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2020, la commune des Arcs-sur-Argens, représentée par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la SARL 2PRO une somme de 2 500 euros à verser à la commune sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 août 2022 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022 :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- les observations de M. A, gérant de la SARL 2PRO ;

- et les observations de Me Baudino, représentant la commune des Arcs-sur-Argens.

Une note en délibéré présentée par Me Bouveret pour la SARL 2PRO a été enregistrée le 19 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL 2PRO est propriétaire des parcelles cadastrées section D 829, 830, 832, 833 et 1498 sur le territoire communal, situées en zone 1AUBa du plan local d'urbanisme de la commune des Arcs-sur-Argens. Le maire de la commune des Arcs-sur-Argens s'est opposé, le 7 août 2019, à une demande de ladite société déposée le 11 juillet 2019 de déclaration préalable, en vue de la division en 2 lots à bâtir de son terrain, un lot A d'une superficie de 448 mètres carrés et un lot B d'une superficie de 2 316 mètres carrés. Un recours gracieux de la société requérante a été rejeté explicitement par le maire de la commune le 30 décembre 2019. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente requête.

2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect ".

3. Les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

4. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que son projet ne consiste qu'à une division en vue de bâtir sur 2 lots et que le maire ne pouvait ainsi pas s'opposer à la demande de déclaration préalable en raison du risque incendie dès le stade de la division, qui ne comprend aucune construction. Le maire pouvait donc, sans commettre d'erreur de droit, s'opposer dès le stade de la division du terrain au projet, s'il estimait que les moyens de défense contre l'incendie étaient insuffisants pour assurer la sécurité du projet au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

5. La société requérante soutient d'abord que le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie n'est pas directement opposable aux autorisations d'urbanisme. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le maire de la commune a entendu se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, et non directement sur ce règlement. Ainsi, le maire n'a pas commis d'erreur de droit car il ne s'est pas fondé directement sur les dispositions du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie.

6. La commune fait valoir, sans être utilement contestée par la société requérante, que le terrain d'assiette du projet est classé en risque courant ordinaire, en ce qui concerne le risque d'incendie. Sur ce point, la commune fait valoir, toujours sans être contestée par la société requérante, que ce risque est notamment constitué par le caractère végétalisé et encore naturel du secteur d'implantation du projet. En outre, le règlement précité de défense extérieure contre l'incendie classe en risque ordinaire les habitations individuelles non exposées au risque spécifique de feu de forêt. Il ressort donc des pièces du dossier que la commune est fondée à faire valoir que le terrain d'assiette du projet est classé en risque ordinaire.

7. En ce qui concerne les moyens de défense contre l'incendie, il n'est pas utilement contesté que le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie préconise, dans ce cas, la présence d'un poteau incendie (PI) situé à moins de 200 mètres du projet et délivrant entre 30 et 60 mètres cubes par heure pendant 2 heures. La commune fait valoir, sans être utilement contestée sur ce point, que le PI n° 39 est à 360 mètres environ et que le PI n° 106 est à 310 mètres environ. Contrairement à ce que propose la société requérante, cette distance de 200 mètres, qui n'est pas remise en cause, n'est pas calculée à vol d'oiseau, mais en empruntant un cheminement praticable par les moyens des sapeurs-pompiers, jusqu'à l'entrée principale de la construction. Il ne ressort pas de la base de données Remocra (pièce n°12 de la requête) qu'un poteau incendie serait situé à une distance inférieure à 200 mètres de l'entrée du terrain d'assiette du projet. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le projet n'est pas suffisamment défendu contre le risque incendie.

8. En outre, la commune fait valoir qu'elle ne pouvait pas délivrer l'autorisation en prévoyant une prescription spéciale car l'opposition est justifiée d'une part par le risque incendie lui-même et d'autre part par les distances trop éloignées des points d'eau incendie par rapport au terrain d'assiette du projet.

9. Il ressort donc des pièces du dossier que la société requérante, par le moyen qu'elle soulève, n'est pas fondée à soutenir que la décision serait illégale en ce qu'elle se fonde sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il suit de là qu'il y a lieu de considérer le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme comme légal. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte de l'instruction, qu'à supposer que soient erronés les autres motifs de la décision, tirés d'une part de l'absence du réseau d'alimentation d'eau potable, d'autre part de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et enfin de la méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement de la zone 1AUBa du règlement du plan local d'urbanisme, le maire de la commune des Arcs-sur-Argens aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en raison du risque incendie sur le terrain d'assiette, susceptible de la fonder légalement.

11. En outre, en raison du risque d'incendie sur la parcelle, le moyen tiré du détournement de pouvoir soulevé par la société requérante dans ses écritures, sera écarté comme manquant en fait.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la présente requête.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune des Arcs-sur-Argens, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la condamnation au titre des dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune des Arcs-sur-Argens formulées sur ce fondement.

DECIDE

Article 1er : La requête de la SARL 2PRO est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune des Arcs-sur-Argens formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SARL 2PRO et à la commune des Arcs-sur-Argens.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. B

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, la greffière.

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