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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001051

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001051

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSENFELD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 avril 2020 et 22 décembre 2020, Mme E C, représentée par Me Rosenfeld, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 septembre 2019 par lequel le maire de la commune de Six-Fours-les-Plages a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la construction d'une maison individuelle d'une surface de plancher projetée de 108 mètres carrés sur un terrain situé au 119 rue Audibert et cadastré section AE 974 sur le territoire communal, et ensemble la décision expresse du 6 février 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Six-Fours-les-Plages, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, en tout état de cause dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge à la commune de Six-Fours-les-Plages une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable car il est intervenu dans les délais de recours contentieux ;

- il appartient à la commune de démontrer qu'une délégation de signature régulière, suffisamment précise et ayant fait l'objet des mesures de publicité nécessaires a été délivrée à M. A, signataire de la décision attaquée ; la délégation de signature, pour être régulière, doit en outre avoir été transmise au contrôle de légalité ;

- le premier motif de la décision, tiré de l'absence de correspondance entre le plan de masse du projet et le plan de masse de la déclaration préalable de non-opposition obtenue par Mme C le 30 avril 2019 est illégal ; le plan de masse joint à la demande de déclaration préalable et le plan de masse existant joint à la demande de permis de construire sont identiques ;

- le deuxième motif de la décision, fondé sur la méconnaissance des dispositions des articles UC 3 et de l'article DG14 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal ; la rue Audibert, qui dessert le terrain d'assiette du projet, est grevée d'un emplacement réservé sur toute sa longueur, qui prévoit son élargissement à 5,5 mètres ; le maire aurait donc dû prendre en compte le futur élargissement de la rue Audibert pour instruire la demande de permis de construire déposée par la pétitionnaire ;

- le troisième et dernier motif de la décision attaquée, fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est également illégal ; la rue Audibert présente les caractéristiques nécessaires pour être accessible aux véhicules incendie ; la voie interne au projet permet le passage des véhicules incendie ainsi que le retournement de ces véhicules ; en outre, une borne à incendie est située à 80 mètres du projet.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 septembre 2020 et 11 janvier 2021, la commune de Six-Fours-les-Plages conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 497,54 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le motif tiré de la non-correspondance entre le permis de construire et la décision de non-opposition à déclaration préalable peut faire l'objet d'une régularisation par l'architecte du projet ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 21 septembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport de M. D ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cagnol, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a déposé, sur la parcelle cadastrée section AE n° 974 et située au 119 rue Audibert sur le territoire de la commune de Six-Fours-les-Plages, dont elle est propriétaire, une demande de permis de construire ayant pour objet la construction d'une maison individuelle avec garage et terrasse. Dans la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 24 septembre 2019 par laquelle le maire de la commune a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée, ainsi que la décision expresse du 6 février 2020 par laquelle le maire de la commune a rejeté son recours gracieux exercé à l'encontre de ladite décision de refus de permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe

2. L'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. Cette transmission peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. Pour les communes de plus de 50 000 habitants, cette transmission est réalisée selon ces modalités dans un délai de cinq ans à compter de la promulgation de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République. Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ".

3. Par un arrêté du 10 avril 2014, le maire de la commune de Six-Fours-les-Plages a donné délégation à M. B A, premier adjoint, dans le domaine de l'urbanisme, et en particulier pour signer " les permis de construire, d'aménager et de démolir ". Cet arrêté, qui figure aux visas de la décision attaquée, a été transmis en préfecture du Var le 10 avril 2014 par télétransmission, ainsi que l'indique l'arrêté lui-même, et il a fait en outre l'objet d'une publication dans le registre des actes administratifs de la commune d'avril 2014, ainsi qu'en atteste le registre précité lui-même produit à l'instance par la commune de Six-Fours-les-Plages. Cet arrêté était donc exécutoire dès le 10 avril 2014. Ainsi, M. A était compétent pour signer la décision attaquée à la date de sa signature. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire a entaché sa décision d'incompétence en raison de l'absence d'une délégation de fonction et de signature suffisamment précise et régulière. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne

4. Aux termes de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Voirie - Toute construction ou installation doit être desservie par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à sa destination, et permettant notamment la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie, de sécurité civile, de ramassage des ordures ménagères- se référer à l'article 14 des dispositions générales du présent règlement. Les dimensions formes et caractéristiques techniques des voies doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir. Les voies publiques ou privées en impasse doivent être aménagées en leur extrémité afin de permettre aux véhicules de faire aisément demi-tour. (). ". En outre, selon les dispositions de l'article DG 14 du règlement du plan local d'urbanisme : " Afin de satisfaire aux règles minimales de desserte (défense incendie, protection civile), les largeurs des voiries existantes ou projetées suivantes doivent être respectées, au droit du terrain objet de l'opération d'aménagement ou de construction : () - zones urbaines (U) - de 1 à 10 habitations desservies - largeur minimale de 4 m - de 10 à 50 habitations desservies- largeur minimale de 5 m - au-delà de 50 habitations desservies- largeur minimale de 6 m ". La conformité d'un immeuble à de telles prescriptions d'un plan local d'urbanisme s'apprécie non par rapport à l'état initial de la voie mais en tenant compte des prévisions inscrites dans le plan local d'urbanisme à l'égard de celle-ci et des circonstances de droit et de fait déterminantes pour leur réalisation qui doit être certaine dans son principe comme dans son échéance de réalisation. En outre, l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

5. La requérante soutient d'abord que le maire aurait dû, pour apprécier le caractère suffisant de la voie de desserte, prendre en compte l'emplacement réservé n° 87, qui prévoit l'élargissement de cette voie. La décision attaquée indique que : " En l'espèce, la rue Audibert, bien qu'elle doit être élargie à 5,5 mètres au titre de l'emplacement réservé au plan local d'urbanisme n° 87, n'a qu'une largeur de l'ordre de 3 mètres qui ne permet pas de desservir le terrain objet de la demande dans des conditions satisfaisantes notamment en matière de lutte contre l'incendie ".

6. Il n'est pas contesté que le plan local d'urbanisme prévoit un emplacement réservé n° 87, afin d'élargir la rue Audibert, sur toute sa longueur, d'une largeur de 5,5 mètres. Toutefois, ainsi que le fait valoir la commune dans la décision attaquée et dans ses écritures, l'élargissement de la rue Audibert à 5,5 mètres ne peut pas être pris en compte pour apprécier le caractère suffisant de la voie de desserte, en particulier pour ce qui concerne la sécurité, car à la date de sa décision, aucun aménagement n'était planifié et aucun délai n'était arrêté par la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM), compétente en matière d'aménagement de voirie. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en appréciant la largeur de la voie de desserte et son caractère suffisant, sans prendre en compte l'élargissement prévu par l'emplacement réservé n° 87 à 5,5 mètres.

7. La requérante soutient ensuite, en produisant une vue aérienne faisant apparaitre des largeurs de voie, que la rue Audibert " en sa partie la plus étroite, est large de 3 mètres, ce qui est, en tout état de cause, suffisant pour permettre le passage des véhicules incendie, elle présente en de multiples endroits des élargissements permettant leur croisement ". Toutefois, s'il n'est pas contesté que la voie Audibert mesure au minimum 3 mètres de large, il ressort en revanche directement de la vue Geoportail des lieux, accessible tant au juge qu'aux parties, que cette rue comporte des virages à 90 degrés, qui limitent la visibilité et qui peuvent rendre difficile la circulation des véhicules en particulier des engins de lutte contre l'incendie. Sur ce point, l'avis de la Métropole TPM du 20 août 2019 sur l'autorisation d'urbanisme de Mme C, produit par la commune et antérieur à la décision attaquée, indique que : " L'unité foncière est située à 80 m du PI SFP 172 public, non accessible aux engins de secours. Le projet reçoit un avis DECI défavorable. Observations : les services de secours du Var ont classé la voie desservant le point d'eau incendie ainsi que le terrain du projet, non accessible aux engins de lutte contre l'incendie ". Par suite, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en indiquant que le projet méconnaissait les dispositions des articles UC 3 et DG14 du règlement du plan local d'urbanisme. Au surplus, il ressort du schéma produit à l'instance par la requérante elle-même, que la largeur de la voie de desserte au droit du projet de construction, est d'environ 3 mètres. Cette largeur méconnaît donc les dispositions de l'article DG 14 qui préconisent une largeur de 4 mètres minimum pour la voie de desserte au droit du projet, voire 5 mètres car il ressort des pièces du dossier que la rue Audibert dessert plus de dix habitations.

8. Il résulte de ce qui précède que la voie de desserte n'étant pas accessible aux engins de lutte contre l'incendie, la sécurité contre l'incendie du projet ne peut être assurée. En outre, le poteau incendie situé à 80 mètres du projet n'est pas accessible par les véhicules de secours et d'incendie, comme vu précédemment. En outre, la requérante soutient que le projet pourrait être défendu par un poteau incendie numéroté 114 situé à 150 mètres du terrain d'assiette du projet. Toutefois, d'après l'extrait de la base Remocra jointe à sa requête, l'utilisation de ce poteau nécessiterait de passer par la rue Audibert, dont il a été dit précédemment qu'elle n'était pas accessible aux véhicules de sécurité incendie. Ainsi, la requérante ne démontre pas que ce poteau incendie pourrait être utilisé dans le cadre de la sécurité incendie du projet. Enfin, est inopérant le fait que la voie interne du projet comporte une aire de retournement en raison du caractère non accessible de la rue Audibert aux engins de secours. Enfin, il n'est ni établi ni même allégué qu'une prescription spéciale aurait pu permettre de délivrer le permis de construire.

9. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire a commis une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le permis de construire litigieux en retenant d'une part le motif tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UC 3 et DG 14 du règlement du plan local d'urbanisme, et d'autre part en se fondant sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, les motifs de la décision litigieuse fondés d'une part sur la méconnaissance des dispositions des articles UC 3 et DG 14 du règlement du plan local d'urbanisme et d'autre part sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont légaux, contrairement à ce que soutient la requérante.

10. Enfin, à supposer même que le troisième motif de la décision litigieuse, fondé sur la non-correspondance entre le plan de masse de l'existant et du plan de masse du projet joint à la demande de permis de construire et à celui qui est joint à la demande de déclaration préalable, soit erroné, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Six-Fours-les-Plages aurait pris la même décision de refus de permis de construire en ne se fondant que sur ces deux motifs, susceptibles de la fonder légalement.

11. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées dans la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Les conclusions à fin d'annulation ayant été rejetées dans la présente décision, celle-ci n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu également de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la présente requête.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Six-Fours-les-Plages, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions. Les conclusions de la commune de Six-Fours-les-Plages, qui n'a pas fait appel aux services d'un avocat, doivent être également rejetées car elle ne démontre pas avoir engagé des frais particuliers pour assurer sa défense.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Six-Fours-les-Plages tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme E C et à la commune de Six-Fours-les-Plages.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. D

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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