mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HOFFMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2020, M. E B, représenté par Me Hoffmann, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 prise par le colonel A, commandant du groupement de gendarmerie maritime Méditerranée, qui lui a été notifiée le 6 février 2020, lui infligeant une sanction disciplinaire de 8 jours d'arrêt sans sursis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
A titre principal :
En ce qui concerne la légalité interne :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait car la matérialité des faits n'est pas caractérisée ; il fait l'objet d'un harcèlement moral et cette situation de harcèlement moral a été jugée si préoccupante qu'il a été convoqué par l'inspection générale de la gendarmerie le 27 novembre 2019 pour un entretien le 12 décembre 2019 ;
- le requérant reconnaît avoir photocopié un document laissé visible sur le bureau de son chef, le major C, le 15 octobre 2019, alors qu'il se trouvait seul dans la pièce en fin de journée ; toutefois, ce document n'est autre qu'une feuille A4 qui est en fait un brouillon contenant des observations ; il ne s'agit pas d'un document personnel ;
- le requérant a fait une copie de ce document, qui concerne des remarques faites à l'encontre du rapport rédigé par la société Wistream le 10 octobre 2019 au sujet des modifications électriques non-conformes réalisées sur le navire VCSL Argens ; il a fait une copie de ce document pour pouvoir examiner les arguments de son supérieur et pouvoir préparer sa défense, dans le contexte de harcèlement existant avec son chef ;
- il a toujours fait preuve, durant sa carrière, d'un investissement professionnel exemplaire ; le major C pourtant a utilisé des propos inacceptables à son égard, manquant de retenue ; ainsi, le requérant n'a commis aucune faute susceptible de faire l'objet d'une sanction ;
- cette sanction de 8 jours d'arrêt est disproportionnée car les arrêts sont une des sanctions les plus graves du premier groupe de sanctions ; cette faute ne justifiait pas une sanction supérieure à un simple avertissement ; l'autorité militaire avait l'obligation de prendre en compte l'ensemble de sa carrière pour déterminer la sanction la plus adaptée ; son engagement constant au sein de la gendarmerie est attesté par ses feuilles de notation de 2011 à 2019.
A titre subsidiaire :
En ce qui concerne la légalité externe :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; il est impossible de déterminer les nom et qualité de l'agent signataire de la décision ;
- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur à défaut pour l'administration de produire les arrêtés de nomination et de délégation du signataire de la décision attaquée ;
- la décision est illégale car la procédure garantissant le respect des droits de la défense n'a pas été correctement mise en œuvre ; il a été privé de la possibilité concrète d'étudier l'intégralité des pièces contenues dans son dossier, ainsi que de la possibilité de prendre conseil auprès d'un avis extérieur ;
- la décision attaquée a été prise en violation du principe d'impartialité car les poursuites disciplinaires engagées contre lui ont été déclenchées par le major C, lequel est mis en cause par le requérant pour des faits de harcèlement moral ; ces poursuites auraient dû être enclenchées par un autre agent, notamment le supérieur direct du major C, afin de respecter le principe d'impartialité.
Par un courrier du 15 novembre 2021, la ministre des armées a été mise en demeure de produire un mémoire en défense dans un délai de 45 jours, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 30 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 à 12 heures.
Un mémoire présenté par le ministre des armées et enregistré le 16 septembre 2022 n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Par une lettre du 16 septembre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office, tiré de la possibilité pour la formation de jugement de prononcer une injonction d'office au ministre des armées de procéder à la suppression du dossier du requérant de toute mention de la sanction, en cas d'annulation de celle-ci.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022 :
- le rapport de M. D ;
- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;
- et les observations de Me Hoffmann, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité interne :
1. Aux termes de l'article L. 4137-1 du code de la défense : " Sans préjudice des sanctions pénales qu'ils peuvent entraîner, les fautes ou manquements commis par les militaires les exposent : 1° A des sanctions disciplinaires prévues à l'article L. 4137-2 () ". En outre, l'article L. 4137-2 du même code dispose que : " Les sanctions disciplinaires applicables aux militaires sont réparties en trois groupes : 1° Les sanctions du premier groupe sont : a) L'avertissement ; b) La consigne ; c) La réprimande ; d) Le blâme ; e) Les arrêts ; f) Le blâme du ministre () ".
2. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
S'agissant de la matérialité des faits justifiant qu'une sanction soit prononcée :
3. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du rapport rédigé par le requérant lui-même au commandant de la compagnie de gendarmerie maritime de Toulon en date du 18 octobre 2019 que le mardi 15 octobre 2019 vers 17 heures 55, à l'issue de son service et au moment de réintégrer son arme de service, dans la chambre forte située devant le bureau du major, le maréchal des logis chef (F) B a effectué une photocopie d'une feuille présente sur le bureau du major. Ainsi que le soutient le requérant, cet écrit présentait une ébauche de réponse aux différentes constatations d'un rapport intitulé " coque et structure " de l'industriel Wistream, titulaire du marché public de maintien en condition opérationnelle des vedettes de surveillance de la gendarmerie, et qui faisait état de modifications électriques réalisées sans autorisation sur la vedette de la brigade de Saint-Raphaël. Il n'est pas utilement contesté que ce document se trouvait sur une pile de documents sur le bureau du major et sous la tablette électronique de l'unité. Le requérant dans ce rapport du 18 octobre 2019, ainsi que dans sa requête, indique qu'il n'a pas fouillé le bureau du major. Toutefois, il ne conteste pas utilement que ledit document dont il a fait une photocopie se trouvait sous la tablette de l'unité et était donc partiellement recouvert. En tout état de cause, il ne conteste pas avoir pris un document qui ne lui appartenait pas, puisqu'il a été rédigé par le major C après la lecture du rapport de la société Wilstream, et d'en avoir fait une photocopie, sans autorisation de son supérieur hiérarchique direct. Ainsi, la matérialité des faits à l'origine de la sanction de M. B, à savoir la photocopie d'un document personnel appartenant au major C, à l'insu de ce dernier, est avérée.
4. Ainsi, le F B, en effectuant la photocopie d'un document personnel appartenant au major C le 15 octobre 2019, à l'insu de son supérieur hiérarchique direct, a manqué à son devoir de loyauté et à son obligation de probité et a commis un fait constitutif d'une sanction.
S'agissant du caractère proportionné de la sanction :
5. Les faits reprochés à l'intéressé s'ils sont avérés, sont isolés sur une seule date, le 15 octobre 2019. En outre, ces faits sont intervenus dans un contexte de tension au sein de l'unité et plus particulièrement entre l'intéressé et son supérieur direct, le major C. L'intéressé explique qu'il a effectué cette photocopie pour préparer sa défense contre de potentielles accusations qui pourraient être portées sur le contenu de son travail, en particulier les modifications électriques qu'il avait réalisées sur le bateau de son unité, à la demande du major lui-même. Ces faits ne révèlent ni intention maligne ni attaque de la part de l'intéressé. En outre, le requérant soutient n'avoir jamais été sanctionné auparavant et ce point non plus n'est pas contredit par les pièces du dossier, la procédure de l'acquiescement aux faits étant applicable en l'espèce, le ministre des armées n'ayant pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction en dépit d'une mise en demeure. Il ressort en effet au contraire du document relevé carrière que la seule sanction infligée soit la décision de mise aux arrêts de 8 jours prise le 5 février 2020 et notifiée le 6 février 2020. Le requérant soutient encore, sans que ses dires soient contestés par les pièces du dossier, que son parcours au sein de la gendarmerie est exemplaire. Ainsi, ses feuilles de notation de 2011 à 2019 confirmant au contraire qu'il a toujours été apprécié au sein des différentes unités au sein desquelles il a servi. Ce relevé de carrière mentionne ainsi 3 récompenses et 5 décorations en 18 ans de carrière, de 2002 à 2020. En outre, ainsi que le soutient encore le requérant, il est nécessaire de prendre en compte le fait que celui-ci s'est spontanément désigné pour avoir réalisé la photocopie lorsque son supérieur hiérarchique direct a demandé à l'ensemble des personnels de l'unité qui était l'auteur de la photocopie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet incident ait eu des répercussions sur les conditions de travail au sein de l'unité, sauf à révéler un climat de travail dégradé dont le requérant ne saurait être tenu pour seul responsable. Dans ces conditions, et prenant en compte les responsabilités du maréchal des logis chef au sein de son service, il apparaît que la sanction prise de 8 jours d'arrêts est disproportionnée au regard de la faute commise et des faits incriminés.
6. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant est fondé à soutenir que la sanction de 8 jours d'arrêts sans sursis qui lui a été infligée est disproportionnée au regard des manquements fautifs de l'intéressé. Il suit de là qu'il y a lieu d'annuler la décision de 8 jours d'arrêts infligée au maréchal des logis chef B, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de légalité externe, présentés à titre subsidiaire par le requérant.
Sur l'injonction :
7. Aux termes de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations ".
8. Suite à l'annulation de la décision attaquée prononçant une sanction de 8 jours d'arrêt à l'encontre du maréchal des logis chef B, il y lieu d'enjoindre au ministre des armées de procéder à l'effacement de cette sanction du dossier disciplinaire du requérant, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : La décision susvisée du 5 février 2020 infligeant une sanction de 8 jours d'arrêt à M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de procéder à l'effacement de la sanction du dossier disciplinaire de l'intéressé, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 2 000 (deux mille) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. E B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé :
F. D
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026