vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BAZIN CLAUZADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2020, Mme B E, représentée par
Me Bazin-Clauzade, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2019 par lequel le sous-préfet de Draguignan a, pour le préfet du Var, refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour portant la mention : " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention : " vie privée et familiale ", dès la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ledit conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En dépit d'une mise en demeure du 14 octobre 2020, le préfet du Var, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 14 octobre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2020.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Chafi, représentant Mme E.
Vu la note en délibéré, enregistrée le 7 décembre 2022, présentée par Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante tunisienne née le 30 juillet 1990, a sollicité le 19 décembre 2018 la délivrance d'un titre de séjour : " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 30 décembre 2019, le sous-préfet de Draguignan a, pour le préfet du Var, refusé de faire droit à sa demande. Mme E demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme E ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2020, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale. ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ". L'article R. 313-21 de ce même code, alors en vigueur, dispose : " Pour l'application du 7° de l'article L. 313-11, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine ". Enfin, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée en France le 21 août 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Sa présence sur le territoire national depuis lors, spécialement à compter du début de l'année 2017, est corroborée par les pièces, en particulier médicales, du dossier, soit plus de trois ans à la date de la décision attaquée. Elle produit plusieurs factures d'électricité à son nom et à celui de son compagnon, avec qui elle a déclaré auprès de la caisse d'allocations familiales (CAF) vivre en concubinage depuis le 6 septembre 2016, a réalisé une déclaration de vie commune en mairie rédigée le 13 octobre 2018 comportant la même date de début du concubinage. Ils ont également ouvert un compte joint le 16 juillet 2019 et produisent une attestation d'amis, réalisée certes postérieurement à l'intervention de la décision attaquée et peu circonstanciée. Un enfant est issu du couple, né le 22 janvier 2018 ; celui-ci a été déclaré et reconnu par M. C, le concubin de la requérante, respectivement les 25 janvier et 7 avril 2018 et bénéficie d'un document de circulation pour étranger mineur (A). M. C, qui justifie exercer une activité professionnelle depuis le 17 mai 2018, bénéficie d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 19 octobre 2023 et détient l'autorité parentale sur un enfant français avec un droit de visite, aux termes d'un jugement de divorce avec son ancienne épouse en date du
3 décembre 2019. Par ailleurs, si Mme E reconnait que ses parents et un de ses frères résident en Tunisie, il ressort des pièces du dossier qu'elle a sur le territoire national un frère, de nationalité française, ainsi que son neveu, lui aussi français.
6. En défense, le préfet s'est abstenu de produire un mémoire et n'apporte ainsi aucun élément contraire, tout en acquiesçant aux faits en application des dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Si Mme E a méconnu les conditions de court séjour prévues par son visa, en 2016, elle doit cependant, eu égard à l'ensemble des éléments exposés au précédent et au présent point, être regardée comme établissant l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Le préfet a ainsi porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2019, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
9. Au regard du motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à Mme E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
10. Mme E ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Bazin-Clauzade, avocate de la requérante, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme E tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 30 décembre 2019 du préfet du Var est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 4 : L'Etat versera à Me Bazin-Clauzade la somme de 1 200 (mille-deux-cents) euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président-rapporteur,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
JF. D
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
S. FAUCHER
La greffière,
Signé
B. BALLESTRACCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026