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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001093

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001093

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGARRY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 avril 2020 et 21 juillet 2020, M. E G, représenté par la SELARL Garry et Associés, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2020, qui lui a été notifiée le 2 juillet 2020, par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé par lui à l'encontre de la décision de non-renouvellement de son contrat d'engagement datée du 3 octobre 2019, reçue le 18 octobre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable car il a déposé un recours préalable devant la commission des recours des militaires en date du 13 décembre 2019 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait puisqu'elle se fonde principalement sur le retrait de son permis de conduire ; si son permis de conduire a été invalidé par une décision initiale du 1er mars 2019 notifiée le 13 mars 2019, après avoir fait un recours administratif préalable obligatoire puis un recours devant le tribunal administratif de Toulon, l'administration, par une décision du 11 décembre 2019, lui a rendu son permis de conduire et a crédité les points sur celui-ci ;

- la dégradation de sa manière de servir sur laquelle se fonde la décision attaquée ne repose sur aucun fait grave et précis permettant de faire échec au précédent renouvellement de contrat qui lui a été notifié le 18 avril 2019 ; en effet, une proposition de renouvellement de contrat pour une durée de huit années et six mois lui a été faite à compter du 6 avril 2020 et qu'il avait acceptée en avril 2019 ; ce motif est entaché d'une erreur manifeste car rien n'indique que sa manière de servir se serait dégradée ; au contraire il a fait l'objet d'une promotion à compter du 6 mars 2020 au grade de caporal-chef par un avis du 3 mars 2020.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juin 2020 et 10 août 2020, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 septembre 2021 à 12 heures.

Un mémoire présenté par la SELARL Garry et Associés pour M. G enregistré le 4 mai 2022 n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 septembre 2022 :

- le rapport de M. F ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- et les observations de Me D'Acqui, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, la décision de la ministre des armées du 30 juin 2020 indique que : " Considérant, d'une part, qu'il est constant, que, par une décision en date du 1er mars 2019, notifiée le 13 mars 2019, le chef du bureau national des droits à conduire a prononcé la suspension administrative du permis de conduire du brigadier G pour solde de points nul ; que, toutefois, le brigadier G a, pour pouvoir participer à une manœuvre militaire sur le camp de Caylus du 18 au 29 mars 2019 et une formation à la conduite du petit véhicule protégé (PVP) du 9 au 11 avril 2019, présenté à sa hiérarchie un formulaire de déclaration de perte de son permis de conduire ; que, dès lors, en n'informant pas sa hiérarchie de la suspension de son permis de conduire et en l'ayant trompée en lui présentant une déclaration de perte de ce permis de conduire, le brigadier G a manqué à son obligation de loyauté ".

2. Ainsi, le premier motif de la décision attaquée est le manque de loyauté dont a fait preuve le brigadier G, à l'égard de sa hiérarchie, d'une part en cachant que son permis de conduire avait été invalidé, et d'autre part en mentant à sa hiérarchie et en disant qu'il avait perdu ce permis de conduire afin d'être en mesure de participer d'une part à une manœuvre militaire sur le camp de Caylus du 18 au 29 mars 2019, au cours de laquelle il a été désigné conducteur, et ensuite à la formation à la conduite du petit véhicule protégé (PVP) du 9 au 11 avril 2019. Le brigadier G a ainsi trompé sa hiérarchie et manqué à son obligation de loyauté. C'est le premier motif de la décision. La ministre des armées fait valoir sur ce point, sans être utilement contestée sur ce point, qu'elle a appris, le 2 mai 2019 seulement ; et non par le brigadier G, que ce dernier avait vu son permis de conduire invalidé, en mars 2019.

3. Le requérant soutient qu'il a été relaxé des faits en décembre 2019, et qu'il a récupéré son permis de conduire par une décision du 13 décembre 2019. Il poursuit en soutenant que le jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 18 octobre 2018, qui a servi de base à cette décision d'invalidation de son permis de conduire, concerne une infraction qui ne lui est pas imputable. Il produit en outre le relevé d'information intégral le concernant, en date du 13 décembre 2019, qui indique que le nombre de points sur son permis de conduire est de 6 sur un total de 12, revalidant son permis de conduire. Toutefois, et contrairement à ce que soutient le requérant, le motif de la décision n'étant pas l'invalidation de son permis de conduire, du fait d'un solde nul de points, ainsi que vu au point précédent, les faits invoqués par le requérant sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne le premier motif de la décision. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de fait du premier motif de la décision attaquée doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 4132-1 du code de la défense : " Nul ne peut être militaire : () 3° S'il ne présente les aptitudes exigées pour l'exercice de la fonction ". En outre, aux termes de l'article L. 4132-6 dudit code : " Le militaire servant en vertu d'un contrat est recruté pour une durée déterminée. Le contrat est renouvelable. Il est souscrit au titre d'une armée ou d'une formation rattachée () ". Enfin, si le renouvellement d'un contrat d'engagement d'un militaire n'est pas un droit, son refus doit être justifié devant le juge de l'excès de pouvoir par la satisfaction des besoins des armées ou la manière de servir de l'intéressé.

5. Premièrement, le requérant ne conteste pas que le 23 août 2019, lors d'une séance de sport de son unité, il s'est absenté, prétextant un mal de ventre. Si celui-ci soutient avoir été victime d'une crise de dysenterie aigüe et n'avoir pas été cru, il n'établit ni même n'allègue qu'il aurait consulté un médecin lui permettant d'expliquer son absence lors de cette séance de sport programmée. Pour ce premier événement, l'intéressé a fait l'objet d'un bulletin de sanctions de 7 jours d'arrêts, en date du 19 septembre 2019, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant l'aurait contesté.

6. En outre, si le requérant soutient que sa manière de servir, telle qu'elle apparaît dans ce bulletin de sanctions du 19 septembre 2019 est plutôt bonne, la ministre sur ce point fait valoir, sans être utilement contestée, que cette manière de servir figurant au bulletin de sanctions, correspond, conformément à la réglementation en vigueur, à la notation arrêtée dans le dernier bulletin de notation du BRI G, à savoir la notation du millésime 2019, qui couvre la période allant du 01/02/2018 au 31/01/2019. La ministre indique par ailleurs que la dégradation de la manière de servir de l'intéressé a été constaté à compter du mois de mai 2019.

7. Deuxièmement, le requérant ne conteste pas avoir été absent lors d'un rassemblement de son escadron le 10 septembre 2019. La décision attaquée de la ministre des armées du 30 juin 2020 mentionne cette absence, tout comme le compte-rendu détaillé du colonel A, commandant le 519ème groupe de transit maritime du 13 décembre 2019 adressé à la commission des recours des militaires dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire du brigadier G devant cette commission.

8. Troisièmement, le requérant ne conteste pas non plus avoir eu une altercation, devant plusieurs témoins, avec un supérieur hiérarchique, pour avoir refusé de le saluer, en méconnaissance des règles et conventions militaires applicables en la matière. A ce sujet, il a été reçu le 13 septembre 2019 par son chef de peloton, le lieutenant C B, qui lui a demandé de s'expliquer au travers un compte-rendu qu'il devait rendre avant le rapport du 16 septembre 2019.

9. Quatrièmement, le brigadier G ne conteste pas que le 30 septembre 2019, l'ouverture de sa chambre par l'adjudant d'unité, dans le cadre d'un contrôle obligatoire des sanitaires de chacune des chambres en raison d'un risque de légionellose, n'a pas été possible car il avait changé le barillet de sa porte de chambre sans en avertir la hiérarchie. Ainsi, l'ouverture de sa chambre, y compris pour des raisons de sécurité, n'était pas possible. Le brigadier ne conteste pas plus avoir fait l'objet d'un bulletin de sanction en date du 19 novembre 2019 pour ces faits. Il ressort des pièces du dossier que dans ce second bulletin de sanctions, la manière de servir de l'intéressé telle qu'elle ressort de l'avis du commandant d'unité, rédigé le 16 octobre 2019, que : " le BRI G doit progresser dans sa nouvelle spécialité et s'attacher à réussir ses formations. Disponible et volontaire, il est néanmoins nécessaire qu'il progresse dans le commandement afin d'accéder à des emplois d'un niveau supérieur. Une dégradation dans son comportement au quotidien a toutefois été remarquée. Le brigadier G doit se reprendre afin de se conformer aux attentes de sa hiérarchie et de retrouver la confiance de ses chefs ".

10. Cinquièmement et dernièrement, il est reproché au brigadier G de n'avoir pas respecté les horaires de repas de son escadron les 1er et 2 octobre 2019, et d'avoir par la suite été absent lors du rassemblement de son escadron, lors de ces deux jours. Il est également reproché au brigadier G de n'avoir pas rendu compte de ces absences à ses supérieurs. Il a fait, en raison de ces nouveaux faits, une demande de sanction en date du 17 octobre 2019, à la demande du lieutenant B, son supérieur hiérarchique et du capitaine D, commandant l'escadron de transit maritime.

11. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir la ministre des armées, la manière de servir du BRI G s'est dégradée entre l'année 2019 et l'année 2020, le millésime 2020 de la notation couvrant la période allant du 01/02/2019 au 31/01/2020. Il ressort directement des bulletins de notations pour les années 2019 et 2020, que la notation de l'intéressé est passée de B (très bon) en 2019 à D (passable) en 2020 avec un rendement annuel chiffré (RAC) de -1.

12. En outre, si le requérant soutient qu'il a été promu au grade de caporal-chef, par une décision du 3 mars 2020, ce qui traduirait selon lui une manière de servir satisfaisante, la ministre des armées fait valoir dans ses écritures qu'il s'agit de l'application d'une directive technique pour la gestion des militaires du rang dans l'armée de terre en date du 6 février 2020 qui prévoirait que " pour permettre le bénéfice de l'indemnité de départ allouée à certains militaires non-officiers (IDPNO), le commandant de la formation administrative doit promouvoir caporal-chef au 1er jour du dernier mois de service au plus tard tout caporal titulaire du BMPE ou du CQT ".

13. Enfin, le colonel A, commandant le 519ème groupe de transit maritime, dans son compte-rendu détaillé adressé à la commission des recours des militaires le 13 décembre 2019, a indiqué, au sujet de la situation du brigadier G, que : " Cette dégradation de sa manière de servir m'a conduit petit à petit à prendre la décision de ne pas renouveler le contrat d'engagement du brigadier G. De surcroît, ses multiples rendez-vous médicaux le conduisant à des inaptitudes de plus en plus conséquentes pour les métiers d'acconier et de conducteur ne peuvent lui permettre d'être employé au 519ème GTM. Enfin, lors de l'entretien que je lui ai accordé le 18 octobre dernier, son état d'esprit et ses motivations ne me semblent pas en adéquation avec les attendus de notre institution ".

14. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que la ministre des armées n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la manière de servir de l'intéressé n'était pas satisfaisante et ne permettait pas de renouveler son contrat. Ainsi, le second motif de la décision, tiré de la dégradation de la manière de servir de l'intéressé, à compter du mois de mai 2019, permettait à la ministre des armées de prendre la décision litigieuse de rejet du recours administratif préalable obligatoire de l'intéressé à l'encontre de la décision refusant le renouvellement de son contrat, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision en ce qu'elle se fonde sur la dégradation de la manière de servir de l'intéressé doit être écarté.

15. L'ensemble des moyens soulevés par le requérant ayant été écartés, les deux motifs de la décision litigieuse du 30 juin 2020 doivent donc être considérés comme étant légaux. Ainsi, les conclusions de M. G tendant à l'annulation de la décision de la ministre des armées du 30 juin 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E G et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. F

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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