vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON |
Vu la procédure suivante :
1. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2001128 les 14 avril 2020, 18 février 2021, 8 octobre 2021 et 12 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Barbaro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2020 du maire de la commune du Val portant sur sa mobilité interne ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Val la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée lui fait grief ;
En ce qui concerne la légalité externe :
- le poste de chargé de mission a été créé sans respecter les dispositions de l'article 23-1 de la loi du 26 janvier 1984 ; le maire du Val a créé le poste par une délibération du 13 décembre 2019 mais il a saisi la commission administrative paritaire (CAP) dès le 9 décembre 2019 de sa demande de mutation interne ; le poste ne correspond à aucun besoin de la collectivité ; un délai de publicité raisonnable entre la déclaration de vacance d'un poste et le recrutement n'a pas été respecté en méconnaissance des dispositions de l'article 21 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 42 du décret n° 85-643 du 26 juin 1985 ; la création du poste méconnaît les dispositions de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 ; les crédits n'étaient pas disponibles pour la création de ce poste ;
- aucune procédure contradictoire n'a été respectée ; il n'a pas été invité à consulter son dossier préalablement à la décision litigieuse ; la mesure a été prise en considération de sa personne, il devait donc pouvoir consulter l'intégralité de son dossier au regard des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux relations entre l'administration et ses agents ; la procédure contradictoire invoquée par la commune concerne le déchargement de fonctions qui a été abandonné par la suite ;
En ce qui concerne la légalité interne :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle n'est pas motivée par l'intérêt du service ; ses nouvelles fonctions sont sans rapport avec l'intérêt de la commune ;
- la décision est une sanction déguisée ; elle modifie substantiellement ses attributions et sa rémunération (-1 036,45 euros par mois) ; il a été progressivement écarté de ses fonctions ; la CAP a émis un avis défavorable le 19 décembre 2019 au projet de mutation d'office motivé par le fait que " les membres de la CAP estiment que ce changement d'affectation n'est pas réalisé dans l'intérêt du service, mais en considération de la personne, laissant présumer qu'il s'agit d'une sanction déguisée " ; le poste de chargé de mission apparaît sur l'organigramme de la commune dès le 9 décembre 2019, soit avant sa mutation interne ; la commune n'apporte pas la preuve des dysfonctionnements invoqués ; un autre collaborateur est devenu directeur général des services (DGS) à compter de mai 2020 ;
- elle est intervenue à l'issue d'un processus de harcèlement moral ; M. B est en arrêt de travail depuis le 13 décembre 2019 en raison de ses conditions de travail.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juin 2021, 9 décembre 2021 et 21 novembre 2022, la commune du Val, représentée par Me Reghin, demande au tribunal, à titre principal, de constater l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- sa requête est irrecevable ; l'arrêté du 19 février 2020 est une mesure d'ordre intérieur ;
En ce qui concerne la légalité externe :
- le poste de chargé de mission a été valablement créé par une délibération du conseil municipal du 13 décembre 2019 ; aucune disposition n'interdit au maire de saisir la commission administrative paritaire quelques jours avant la création officielle du poste ; le poste a été publié pendant un mois et demi ; les crédits étaient disponibles pour la création du poste ;
- la procédure contradictoire n'avait pas à être mise en place dès lors que la décision en litige n'a pas été prise en considération de sa personne mais au regard des nécessités du service pour réorganiser les services de la ville ; il a été informé par courrier du 3 février 2020 des raisons de cette mutation ; il a été mis en mesure de présenter ses observations et d'obtenir son dossier administratif ; le 27 novembre 2019 il a reçu un courrier le convoquant à un entretien préalable le 13 décembre 2019 " pour décharge de fonction de DGS au motif d'une perte de confiance " ; ce courrier l'informait de la possibilité de consulter son dossier administratif ; la commission administrative paritaire s'est réunie le 16 décembre 2019 ;
En ce qui concerne la légalité interne :
- la décision a été prise dans l'intérêt du service et ne visait pas à infliger une sanction déguisée ; la mutation d'office d'un agent en raison de difficultés relationnelles avec sa hiérarchie n'est pas une sanction déguisée ; seules les difficultés de communication entre M. B et sa hiérarchie ainsi qu'une perte de confiance expliquent cette décision, cette situation perturbant le fonctionnement de la commune ; la commission administrative paritaire a rendu un avis favorable à cette nouvelle affectation ;
- M. B a conservé son grade et son indice a été augmenté ; la réduction de la part variable de sa rémunération est en adéquation avec les fonctions exercées ; la suppression du complément indemnitaire annuel (CIA) fait suite à l'absence d'évaluation professionnelle de l'agent qui constitue une des conditions pour permettre le versement de cette indemnité ;
- le requérant n'apporte pas la preuve de ne pas avoir été convié aux réunions ; M. B a fait la demande de télétravail ; un autre collaborateur a été recruté comme chef de cabinet et n'a pas pris son poste ; le contrôle des arrêts maladie est systématique pour tous les agents de la commune ; son changement de bureau est motivé par le fait de se rapprocher du maire ; la procédure de déchargement de fonction a été initiée de bonne foi par la commune.
Un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022 pour la commune du Val, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
2. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2001129 les 14 avril 2020, 18 février 2021, 8 octobre 2021, 7 décembre 2021 et 12 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Barbaro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2020 du maire de la commune du Val relatif à l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Val la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué sera annulé par voie de conséquence de l'annulation de sa mutation interne ;
- sa mutation interne est une décision personnelle, indépendante de ses qualités professionnelles ;
- ses nouvelles fonctions sont sans rapport avec le fonctionnement de la commune ;
- sa mutation d'office est une sanction déguisée ;
- elle est intervenue à l'issue d'un processus de harcèlement moral.
Par deux mémoires, enregistrés les 28 juin 2021 et 12 novembre 2021, la commune du Val, représentée par Me Reghin, demande au tribunal, à titre principal, de constater l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- sa requête est irrecevable ; elle ne précise pas en quoi la décision est illégale ; le requérant n'invoque que des moyens relatifs à l'illégalité de la décision du mutation interne ;
- la décision de mutation interne n'est pas illégale.
Par une ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée
au 22 décembre 2021 à 12h00 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
3. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 2001130 les 14 avril 2020, 18 février 2021 et 8 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Barbaro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2020 du maire de la commune du Val supprimant sa nouvelle bonification indiciaire ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Val la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué sera annulé par voie de conséquence de l'annulation de sa mutation interne ;
- cette décision est constitutive du harcèlement moral qu'il a subi.
Par deux mémoires, enregistrés les 28 juin 2021 et 9 décembre 2021, la commune du Val, représentée par Me Reghin, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la décision de mutation interne n'est pas illégale.
Par une ordonnance du 13 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée
au 27 décembre 2021 à 12h00 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le décret n°2006-779 du 3 juillet 2006 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 décembre 2022 :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,
- les observations de Me Kayal substituant Me Barbaro représentant M. B et les observations de Me Reghin représentant la commune du Val.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, attaché principal territorial, a été recruté le 14 juin 2018 par la commune du Val pour occuper le poste de directeur général des services. Par arrêté du 19 février 2020, il est nommé dans le cadre d'une mutation interne comme chargé de missions ressources spécifiques. Il demande l'annulation de cet arrêté dans la requête enregistrée sous le numéro 2001128. Par un arrêté du 19 février 2020, le montant de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé à 906,83 euros par mois. Il demande l'annulation de cet arrêté dans la requête enregistrée sous le numéro 2001129. Par arrêté du 19 février 2020, sa nouvelle bonification indiciaire (NBI) est rapportée. Il demande l'annulation de cet arrêté dans la requête enregistrée sous le numéro 2001130.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant, M. B, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant mobilité interne :
En ce qui concerne la légalité externe :
3. En premier lieu, aux termes des article 23-1 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Les collectivités et établissements publics mentionnés à l'article 2 sont tenus de communiquer au centre de gestion dans le ressort duquel ils se trouvent : 1° Les créations et vacances d'emplois, à peine d'illégalité des nominations () ". Aux termes des dispositions de l'article 34 de la même loi : " Les emplois de chaque collectivité ou établissement sont créés par l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement. () Aucune création d'emploi ne peut intervenir si les crédits disponibles au chapitre budgétaire correspondant ne le permettent. " Enfin, l'article 41 de la même loi prévoit que " Lorsqu'un emploi est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance ".
4. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de la réunion du conseil municipal du 13 décembre 2019, communiqué par la commune du Val dans le cadre de l'instance, que la création de poste a été approuvée à la majorité des conseillers municipaux. La circonstance que la commune ait saisi la commission administrative paritaire dès le 9 décembre 2019, soit avant la délibération actant officiellement de la création du poste, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
5. Dans une deuxième branche de son moyen, le requérant soutient qu'un délai de publicité raisonnable n'a pas été respecté entre la déclaration de vacance du poste et son recrutement. Cependant, les dispositions de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 ne s'appliquent pas à l'administration dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service. En l'espèce, la mutation de M. B résulte à la fois d'une réorganisation des services de la ville et des difficultés de communication entre M. B et la nouvelle équipe municipale, ayant conduit à une perte de confiance perturbant le fonctionnement de la commune. Ainsi, la branche du moyen tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 est donc inopérante.
6. Dans une dernière branche, le requérant soulève un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 au regard de l'indisponibilité des crédits pour la création de ce poste. Il ressort cependant des pièces du dossier, notamment la délibération du 13 décembre 2019 procédant à la création de trois postes, dont celui de chargé de mission ressources spécifiques, mais aussi la délibération du 10 juillet 2020 adoptant le compte administratif 2019, que 38 194, 69 euros de crédits ont été annulés car non consommés au titre des charges de personnel fin décembre 2019. Dans ces conditions, les crédits nécessaires étaient bien disponibles au budget principal à la date de la création du poste de chargé de missions ressources spécifiques. Cette dernière branche du moyen, tirée de l'exception d'illégalité de la délibération du 13 décembre 2019, sera également écartée.
7. Les trois branches du moyen tiré de la méconnaissance des règles de procédure quant à la création du poste de chargé de mission, alors qu'il n'est pas établi que ledit poste ne correspondrait pas à un besoin de la commune, sont ainsi écartées dans leur ensemble.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
9. La circonstance qu'une décision ait été prise dans l'intérêt du service ne fait pas obstacle à ce qu'elle soit prise en considération de la personne qu'elle concerne. Il résulte de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier.
10. En l'espèce, si la commune soutient que la mutation interne de M. B a été prise au regard des nécessités du service pour réorganiser les services de la ville, il ressort des pièces du dossier que cette décision repose également sur les difficultés de communication entre M. B et la nouvelle équipe municipale, notamment le maire, ainsi qu'une perte de confiance perturbant le fonctionnement de la commune. La décision attaquée a donc été prise dans l'intérêt du service mais également en considération de sa personne. Par suite, la procédure contradictoire doit être respectée.
11. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 26 novembre 2019, M. B a été convoqué à un entretien le 13 décembre 2019 en vue de procéder à la décharge de ses fonctions. Ce courrier précise qu'il a la possibilité de consulter en amont son dossier et de se faire assister par la personne de son choix. Si le requérant soutient que cette procédure contradictoire concerne la procédure de déchargement de fonctions qui a été abandonnée par la suite, la décision de mutation interne repose sur les mêmes motifs et a été prise de manière concomitante. Dans les circonstances de l'espèce, la procédure contradictoire doit ainsi être regardée comme respectée. Ce moyen sera donc écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant du caractère de sanction déguisée :
12. D'une part, un changement d'affectation revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné, et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
13. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 2 du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale : " () La nouvelle bonification indiciaire cesse d'être versée lorsque le fonctionnaire quitte l'emploi au titre duquel il la percevait () ". Aux termes des dispositions de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'assemblée délibérante de la collectivité () fixe () la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités (). / () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire ". L'article 2 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux prévoit que " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel ". Enfin, la délibération du conseil municipal du Val du 27 juin 2017 prévoit que " Le nouveau régime indemnitaire tient compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnelle (RIFSEEP) qui est composé de deux parties : une part fixe () une part variable : le complément indemnitaire tenant compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir (CIA). Cette indemnité complémentaire n'est pas obligatoire ".
14. En l'espèce, ni les termes de la décision attaquée, qui ne formulent aucun grief à l'encontre de M. B, ni aucun autre élément du dossier n'établissent que la décision de changement d'affectation révèle une faute ou une intention de sanctionner M. B.
15. Par ailleurs, si avec sa nouvelle affectation, M. B a perdu le bénéfice de sa NBI, il résulte des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 3 juillet 2006 que le bénéfice de cette prime ne constitue pas un avantage statutaire et n'est lié ni au cadre d'emplois, ni au grade, mais dépend seulement de l'exercice effectif des fonctions qui y ouvrent droit. Or, en l'espèce, le requérant n'établit pas que ses nouvelles fonctions de chargé de missions lui ouvrent droit à une NBI.
16. En ce qui concerne le régime indemnitaire de M. B, il ressort des pièces du dossier que son IFSE est passé de 1 287,70 euros à 906,83 euros. Cependant, le requérant, sur qui pèse la charge de la preuve, n'établit pas que cette baisse ne serait pas justifiée par son changement de poste.
17. Quant à la modification de ses fonctions, le requérant soutient que ses nouvelles missions de chargé de mission ressources spécifiques ne sont pas du ressort d'un ancien directeur général des services. Il ressort cependant de sa fiche de poste que sa mission principale est " d'analyser l'évolution pluriannuelle des ressources propres de la collectivité et rechercher l'ensemble des moyens permettant d'améliorer les moyens financiers stables de la Commune. La recherche doit analyser toutes les opportunités locales, intercommunales, départementales, régionales et nationales avec leur échéancier et coupler la réflexion avec les appels d'offres ponctuels récurrents ". Ses missions complémentaires sont " le suivi et l'accompagnement de l'activité de la chargée de mission projection et adaptation fonctionnelle. La construction d'une programmation annuelle et pluriannuelle des ressources disponibles ou susceptibles de l'être pour la Ville. Croiser les fruits de la recherche avec : / la politique de labels détenus ou susceptibles d'être obtenus par la ville ; / l'implication de la Commune sur les expérimentations de tous niveaux sur lesquels la collectivité pourrait être sollicitée ou être candidate ; / les démarches de subventions ou de soutiens qui sont ou pourraient être engagés par l'administration du Val ; / les opportunités fiscales non exploitées (exemple : le traitement des biens sans maître ou la mise en œuvre des taxations non encore activées) ; / les possibilités offertes par une exploitation différente, ou optimisée du patrimoine communal actuel ou en devenir ; / l'inscription de la Ville dans les champs ouverts et pertinents par les fondations ou organismes privés (notamment en matière environnementale) ; / l'exploitation des liens découlant d'une mobilisation de la Commune en accompagnement d'une démarche privée (exemple : valorisation touristique de la présence d'une ou plusieurs entreprises de patrimoine vivant sur le territoire). / Toute autre démarche inscrite dans la même logique que celle citée ci-dessus ". Dans ses écritures, le requérant ne conteste pas que le poste correspond à son grade et que, à ce titre, il a été reclassé au sixième échelon d'attaché principal. L'inadéquation entre les nouvelles fonctions confiées à M. B et son profil ne ressort donc pas du dossier.
18. Enfin, si l'arrêté du 19 février 2020 portant retrait de son CIA a été annulé, cette circonstance ne saurait à elle seule faire présumer de l'existence d'une sanction déguisée.
19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée constituerait à son égard une sanction déguisée.
S'agissant du harcèlement moral :
20. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 applicable
à l'espèce : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
21. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
22. Pour faire présumer le harcèlement moral dont il soutient avoir été victime, M. B expose en particulier qu'il a subi une humiliation permanente, qu'il était tenu à l'écart des dossiers et des réunions, que ses nombreux courriers adressés au maire sont restés sans réponse, qu'il a été évincé du suivi du courrier, qu'on l'a obligé à changer de bureau en 48 heures, qu'on lui a demandé de quitter son lieu de travail pour faire du télétravail, qu'on a contrôlé son arrêt de travail, que son traitement indemnitaire a été modifié et qu'un titre de perception a été émis à son encontre.
23. Si le requérant soutient avoir été victime d'humiliations, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations susceptible de témoigner d'un mépris à son égard. Quant au fait d'avoir initié une procédure de décharge de fonctions, abandonnée par la suite dès lors que M. B n'occupait pas un poste fonctionnel, cette procédure légale et prévue par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 ne saurait être regardée comme une humiliation. En outre, si le nouveau maire a choisi de modifier le circuit d'ouverture du courrier afin de pouvoir en prendre connaissance en premier avant le secrétariat et avant son directeur général des services, cela relève de son pouvoir d'organisation et de direction au sein de la commune au regard de ses prérogatives de maire. De plus, la commune justifie son changement de bureau par l'objectif d'un rapprochement physique afin d'avoir une meilleure communication avec le maire et pour permettre aux élus et aux commissions d'avoir une pièce de travail. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé une semaine auparavant de ce changement. Le requérant soutient ensuite que le maire ne répondait pas à ses messages, notamment des courriels du 7 juin 2019, du 13 juin 2019, du 19 novembre 2019 et 9 décembre 2019. La commune du Val ne répond pas sur ce point et il ressort de trois attestations émanant de la responsable des services techniques, de la responsable des ressources humaines et de la responsable du secrétariat du maire que M. B " n'a plus été convié à participer aux réunions qui étaient organisées par les élus pour le pilotage des marchés publics, des travaux et des services techniques ". Un témoin ajoute qu'il lui a été demandé oralement de ne plus lui envoyer les comptes rendus de réunions. Ces agissements, pour le moins regrettables au sein d'une équipe municipale, ne sauraient à eux seuls caractériser un comportement constitutif de harcèlement moral. Sur le contrôle de son arrêt maladie en décembre 2019, la municipalité l'explique par la mise en place d'un contrôle systématique de tous les arrêts de travail des agents de la commune à la suite d'une négociation ayant eu lieu avec l'assureur de la commune pour obtenir une réduction des cotisations d'assurances. Sur la question du télétravail, il ressort des pièces du dossier, notamment de son courrier du 15 juillet 2019, que cette mesure résulte d'un commun accord. A ce titre, les termes de ce courrier sont sans équivoque : " cet aménagement pourrait en effet me permettre de connaître des modalités de travail harmonieuses () je vous confirme par la présente mon accord pour bénéficier de ces dispositions de travail sur 3 journées par semaines ". Quant à la modification de son traitement indemnitaire, il ressort de ce qui a été dit aux points 15 et 16 du présent jugement que le requérant n'établit pas que ses nouvelles fonctions lui ouvrent droit à une NBI, ni que la baisse de son régime de prime ne serait pas justifiée par son changement de poste. Enfin, si l'arrêté du 19 février 2020 portant retrait de son CIA et le titre de perception émis à son encontre le 2 avril 2020 ont été annulés, cette circonstance ne saurait à elle seule établir l'existence d'un harcèlement moral.
24. Il résulte de ce qui précède que les éléments mentionnés ci-dessus dont le requérant se prévaut, pris isolément ou dans leur ensemble, ne permettent pas de présumer l'existence d'un harcèlement moral.
25. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant mobilité interne.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 relatif à l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertises :
26. En premier lieu, conformément à ce qui a été dit au point 25 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant mobilité interne. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander par voie de conséquence l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 relatif à l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertises.
27. En second lieu, les autres moyens invoqués par M. B sont inopérants dès lors qu'ils ne visent que l'arrêté portant mutation interne.
28. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 relatif à l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertises.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant retrait de sa nouvelle bonification indiciaire :
29. En premier lieu, conformément à ce qui a été dit au point 25 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant mutation interne. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander par voie de conséquence l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant suppression de sa nouvelle bonification indiciaire.
30. Conformément à ce qui a été dit aux points 23 à 25 du présent jugement, cette décision n'est pas constitutive d'un harcèlement moral.
31. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020 portant suppression de sa nouvelle bonification indiciaire.
Sur les frais liés au litige :
32. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2001128, 2001129 et 2001130 sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la commune du Val présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune du Val.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
S. A
Le président,
signé
J-F. SautonLe greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
2, 2001129 et 2001130
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026