lundi 26 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DROIT PUBLIC CONSULTANTS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2020, et des mémoires enregistrés les 12 novembre 2021 et 20 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Monnet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté municipal en date du 2 avril 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Raphaël a décidé de suspendre l'activité de son garage automobile, jusqu'à ce qu'il ait été satisfait aux mesures prescrites par l'arrêté municipal du 13 février 2020, le mettant en demeure de procéder à la dépollution des terres situées à l'extérieur des murs de son garage ;
2°) d'écarter des débats le dernier mémoire en défense de la commune de Saint-Raphaël qui lui a été communiqué le 6 octobre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 3 500 euros ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- le garage qu'il exploite a été inondé suites aux intempéries des 23, 24 novembre et 1er décembre 2019, entraînant une pollution des terrains situés à l'extérieur de ses locaux ;
- il n'a jamais fait l'objet d'un procès-verbal d'audition dans la cadre de la mise en demeure qui lui a été adressée ;
- l'arrêté attaqué ne mentionne pas le nom de son frère qui est colocataire du garage ;
- il n'est pas démontré que son activité, qui se limite à l'achat et la vente de véhicules d'occasion, serait à l'origine de la pollution constatée ;
- la commune de Saint-Raphaël a commis une erreur manifeste d'appréciation en le rendant responsable de la pollution ;
- en revanche, la société Plaisance Service, qui a pour activité la vente, la réparation et l'entretien de bateaux et d'autos, voisine et en surplomb de son terrain, peut être à l'origine de cette pollution ;
- les taches noires d'hydrocarbures relevées le 9 mars 2020 proviennent par ailleurs des bateaux, pièces détachées et huile de vidange stockées par M. E, bailleur de M. B ;
- en tout état de cause, les inondations survenues les 23 et 24 novembre 2019, lesquelles ont fait l'objet d'un arrêté de catastrophe naturelle publié le 30 novembre 2019, et celles du 1er décembre 2019 constituent un évènement imprévisible et insurmontable présentant le caractère de la force majeure qui est exonératoire de toute responsabilité ;
- par un arrêté en date du 23 septembre 2020, la commune de Saint-Raphaël a depuis abrogé son arrêté du 13 février 2020 et celui du 2 avril 2020 suspendant son activité ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mai 2020 et 19 septembre 2022, la commune de Saint-Raphaël, représentée par la SELAS LLC et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- et les observations de Me Kebaïli représentant la commune de Saint-Raphaël.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exploite un garage situé au 1587 Avenue du Gratadis sur la commune de Saint-Raphaël. Son établissement a été inondé lors des intempéries des 23, 24 novembre et 1er décembre 2019. A la suite de ces inondations, des agents relevant de la police municipale de Saint-Raphaël ont constaté la présence de plusieurs taches d'hydrocarbures situées sur les terres à l'extérieur des murs du garage. Par un courrier en date du 12 décembre 2019, le maire de la commune a mis en demeure M. B de procéder ou de faire procéder à toutes les mesures nécessaires afin de faire cesser la pollution des terrains sur lesquels des traces d'hydrocarbures avaient été constatées. Le courrier du 12 décembre 2019 étant resté sans effet, le maire a mis en demeure, par un arrêté en date du 13 février 2020, M. B de procéder à la dépollution des lieux, dans un délai de 15 jours à compter de la signification de l'arrêté. L'intéressé n'ayant pas exécuté cette mise en demeure, le maire de la commune de Saint-Raphaël a décidé, par un arrêté du 2 avril 2020, de suspendre l'activité du garage automobile du requérant, jusqu'à ce qu'il ait été satisfait aux mesures prescrites par l'arrêté municipal du 13 février 2020 précité. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 avril 2020 précité.
Sur la recevabilité du mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022 :
2. Lorsqu'il décide de soumettre au contradictoire une production de l'une des parties après la clôture de l'instruction, le magistrat rapporteur du tribunal administratif doit être regardé comme ayant rouvert l'instruction, sans qu'il lui soit besoin de prendre une décision expresse en ce sens. En l'espèce, si la clôture de l'instruction a été fixée au 22 septembre 2022, le mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022 a été communiqué le 6 octobre 2022 à M. B. Par suite, dès lors que la communication du mémoire en défense à M. B a eu pour effet la réouverture implicite de l'instruction, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le mémoire en cause devait être écarté des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, en application de l'article L. 541-3 du code de l'environnement, dans sa rédaction alors en vigueur : " I.-Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. () ".
4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier en date du 12 décembre 2019, remis à l'intéressé le 13 décembre suivant, M. B a été informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans le cadre de la mise en demeure qui lui a été adressée en application des dispositions précitées de l'article L. 541-3 du code de l'environnement. Dans ces conditions, M. B, qui expose qu'il n'aurait pas fait l'objet d'un procès-verbal d'audition dans la cadre de cette procédure, ne peut utilement soutenir qu'il aurait été privé de la possibilité de présenter des observations sur les faits qui lui étaient reprochés. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, il ressort de l'extrait Kbis produit par le requérant que M. B est le seul exploitant du garage dénommé Autosport situé au 1587 avenue du Gratadis à Saint-Raphaël. Il s'ensuit que le maire a pu à bon droit édicter l'arrêté à l'encontre de M. B seul. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'illégalité en ce qu'il ne mentionne pas le nom de son frère, lequel est colocataire du garage. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort d'un procès-verbal du 27 février 2020 d'un huissier de justice dépêché sur place par le requérant lui-même, la présence dans son garage, d'au moins un véhicule automobile en réparation avec de nombreuses pièces détachées éparpillées à même le sol. Il a été constaté également la présence de nombreux bidons d'huile vides, présentant pour certains une contenance importante, démontrant le stockage en grande quantité d'huile de vidange de véhicules en réparation. Ainsi, M. B ne peut sérieusement soutenir que son activité se bornerait, ainsi que le mentionne son extrait Kbis, à l'achat et la vente de véhicules d'occasion, sans aucune activité de réparation. Par ailleurs, il ressort du rapport d'information du 9 décembre 2019 établi par la police municipale que M. B a déclaré que son garage avait été inondé lors des dernières intempéries et que de l'huile de vidange était susceptible de s'être écoulée sur le terrain et dans son garage. Il est constant que M. B a également affirmé aux policiers municipaux qu'il allait faire intervenir une société de dépollution afin de nettoyer l'intérieur de son établissement. En outre, il résulte du procès-verbal du 9 mars 2020 diligenté par la commune, qu'il a été relevé en limite séparative d'avec la propriété de M. E, bailleur de M. B, la présence au sol de taches noires d'hydrocarbures sur environ dix mètres, la végétation et le sable en étant recouvert. Ces taches se situent au pied de l'un des murs du garage du requérant. M. B ne contredit pas sérieusement ces documents en se bornant à invoquer l'hypothèse d'une pollution par un garage à bateaux situé en amont, étayée sommairement dans ses écritures par une description de la configuration des lieux et la production de photographies, lesquelles n'établissent pas que la pollution constatée proviendrait nécessairement d'un autre lieu, et plus éloigné, que son établissement. Si, par ailleurs, M. B soutient que les taches noires d'hydrocarbures relevées le 9 mars 2020 par huissier proviennent des bateaux, pièces détachées et huile de vidange qui auraient été stockées par M. E, il n'apporte à l'appui de ces allégations aucun élément de preuve. Compte tenu de ces éléments, M. B ne peut utilement soutenir que l'activité qu'il exerce ne peut être à l'origine de la pollution constatée et il peut être tenu pour établi que le garage exploité par ce dernier est à l'origine des traces de pollution relevées à proximité immédiate de son établissement. Enfin, le requérant expose que, par un arrêté en date du 23 septembre 2020, la commune de Saint-Raphaël a depuis abrogé son arrêté du 2 avril 2020 suspendant l'activité de son garage après avoir pris connaissance du rapport du 1er septembre 2020 de la société GRS Valtech qui a constaté au mois d'août 2020 que les seuils d'hydrocarbures C10-C40 relevés sur le terrain pollué étaient au-dessous du seuil d'acceptation ISDI (Installation de Stockage de Déchet Inerte) de 500mg/kg, ce qui établirait l'erreur commise par la commune. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été dit, des taches noires d'hydrocarbures sur environ dix mètres, la végétation et le sable en étant recouvert, ont été relevées au droit de l'un des murs du garage du requérant. Ainsi, au regard de ces constatations et de la nature de ces déchets, il appartenait à la commune de Saint-Raphaël de prendre les mesures nécessaires à la dépollution des lieux en mettant en demeure le producteur ou le détenteur de déchets de nettoyer les lieux par application de l'article L. 541-3 du code de l'environnement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Saint-Raphaël aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que son établissement était à l'origine des pollutions constatées.
7. En quatrième lieu, l'établissement de M. B a été inondé par des intempéries qui ont touché la commune les 23 et 24 novembre et 1er décembre 2019, l'état de catastrophe naturelle ayant été reconnu. L'intéressé soutient que les événements météorologiques qui se sont produits relèvent d'un cas de force majeure l'exonérant de toute responsabilité, dès lors qu'ils étaient imprévisibles et irrésistibles. Toutefois, le requérant n'apporte à l'appui de ses allégations aucune donnée météorologique de nature à démontrer que ces intempéries et les inondations subséquentes ont revêtu le caractère d'imprévisibilité et d'irrésistibilité caractérisant un cas de force majeure, l'état de catastrophe naturelle ne suffisant pas en lui-même pour l'établir. De surcroît, il n'apporte pas davantage la preuve que toutes les précautions nécessaires avaient été prises concernant le stockage des déchets dans son garage, notamment les huiles d'hydrocarbures, pour prévenir les risques de pollution. Par suite, le requérant ne peut, en l'espèce, se prévaloir d'une exonération de sa responsabilité dans la pollution des terres autour de son établissement sur le fondement de la force majeure.
8. En dernier lieu, M. B soutient que la société Plaisance Service, voisine de son établissement, qui a pour activité la réparation de bateaux et stocke également des produits hydrocarbures, n'a jamais été inquiétée en raison des relations proches qu'elle entretiendrait avec certains élus et salariés de la commune de Saint-Raphaël. Toutefois, l'intéressé n'apporte à l'appui de ses allégations aucune preuve justifiant de l'existence de tels liens et de nature à démontrer qu'un détournement de pouvoir aurait été commis à son encontre. Par suite, le détournement de pouvoir ainsi allégué n'est pas établi.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Raphaël, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit au requérant au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant le versement à la commune de Saint-Raphaël de la somme qu'elle réclame sur le fondement de ces dispositions.
11. Aucun dépens n'ayant été exposé dans cette instance, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de faire droit aux conclusions de M. B tendant à l'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Raphaël présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Saint-Raphaël.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, où siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Hamon, premier conseiller,
- M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. A
La présidente,
Signé
M. D
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026