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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001204

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001204

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23 avril 2020, 6 juillet et 2 septembre 2022, M. A C, représenté en dernier lieu par Me Varron Charrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2019 par lequel le maire de la commune de Toulon a supprimé sa prime de fonctions de chef programmeur, ensemble la décision du 25 février 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Toulon de reconstituer sa carrière et de lui verser à titre rétroactif les primes de fonctions de chef programmeur, sous astreinte de 200 euros par jour de retard courant à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Toulon le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- le comité technique paritaire du 24 mars 2011 ne peut lui être opposé car son nom n'y figure pas ;

- son changement d'affectation devait être précédé de l'avis de la commission administrative paritaire, de la communication préalable de son dossier et être motivé ;

En ce qui concerne la légalité interne :

- aucune décision expresse ne l'a affecté au sein du service développement commercial ; il n'a pas été destinataire de l'ordre de service 1er juin 2011 l'affectant à la direction

du développement commercial ; il doit donc être considéré comme étant toujours affecté au sein de la direction des services informatiques ; la fiche de poste de 2011 ne lui a jamais été notifiée ;

- il a continué de remplir des missions en relation avec la direction des services informatiques justifiant que la commune ait continué de lui verser la prime du 31 juin 2011

au 31 octobre 2019 ; il ressort de la fiche de poste de 2011 qu'il exerce les fonctions lui permettant de bénéficier de la prime ; ce versement ne résulte pas d'une erreur de liquidation ;

- il touche cette prime depuis 24 ans et bénéficie d'un droit acquis ; la commune a continué à lui verser la prime informatique après la création du service développement commercial ;

- il aurait dû être transféré à la métropole Toulon Provence Méditerrané au regard

des dispositions de l'article L. 5211-4-1 du code général des collectivités territoriales ;

la commune a commis une faute en ne le transférant pas ; la compétence " aménagement numérique " a été transférée à la métropole le 1er janvier 2019 et les agents de la commune affectés au sein de la DSI ont été transférés au sein de la métropole ; le requérant n'a pas pu être transféré, étant en arrêt maladie ; la commune aurait dû proposer à la métropole une convention de mise à disposition lors de son retour de congé maladie, pour la partie des fonctions relevant du service transféré ;

- la décision de suppression de sa prime et de suppression de fonctions en lien avec

le service informatique, constitue une sanction disciplinaire déguisée ; la procédure disciplinaire n'a pas été appliquée ;

- son changement d'affection est intervenu dans des conditions irrégulières.

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 14 septembre 2020 et 5 août 2022,

la commune de Toulon, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et, en outre,

à ce que le requérant lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée

au 20 septembre 2022 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Par un courrier en date du 9 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de la compétence liée du maire de Toulon pour retirer à M. C le bénéfice de la prime de fonction informatique à un agent qui n'en remplissait plus les conditions.

Par un courrier du 25 novembre 2022 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des moyens invoqués par voie d'exception d'illégalité de sa mutation en 2011 au sein de la direction du développement commercial.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°71-343 du 29 avril 1971 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2022 :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- les observations de Me Varron Charrier représentant M. C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ses précédentes écritures et, en outre, expose avoir disposé d'un délai suffisant pour répondre au moyen d'ordre public soulevé le 28 novembre 2022 et décline la possibilité de renvoi de l'affaire,

- et les observations de Me Duran-Stephan représentant la commune de Toulon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est technicien principal de première classe au sein de la commune de Toulon. Par arrêté du 3 mai 1995, la prime de fonction de chef programmeur lui est attribué. En 2014, la direction des systèmes d'informations de la commune de Toulon est mutualisée avec les services de la métropole Toulon Provence méditerranée (TPM). A compter du 1er janvier 2019, la compétence " aménagement numérique " est transférée à la métropole TPM. Par arrêté du 31 octobre 2019, le maire de la commune de Toulon a supprimé la prime de fonctions de chef programmeur de M. C. Par un recours gracieux en date

du 31 décembre 2019, M. C demande au maire de la commune de Toulon l'annulation de cet arrêté. Son recours gracieux est rejeté par décision du 25 février 2020. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2019, ensemble la décision du 25 février 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 29 avril 1971 relatif aux fonctions et au régime indemnitaire des fonctionnaires de l'Etat et des établissements publics affectés au traitement de l'information : " Lorsqu'ils exercent les fonctions définies à l'article 2 et à condition qu'ils appartiennent à des corps ou soient titulaires de grades dont le niveau hiérarchique est précisé à l'article 4, les fonctionnaires de l'Etat qui sont régulièrement affectés au traitement de l'information peuvent percevoir, en sus des primes et indemnités prévues par la réglementation en vigueur pour les grades ou les corps auxquels ils appartiennent, et dans les conditions précisées aux articles ci-après, une prime de fonctions non soumise à retenues pour pension de retraite ". Aux termes de l'article 2 du même texte : " La prime prévue à l'article 1er est attribuée aux fonctionnaires qui exercent les fonctions définies ci-après : / Dans les centres automatisés de traitement de l'information / () /Le chef programmeur encadre et coordonne les équipes composées de programmeurs. () / Le programmeur écrit et met au point les suites d'instructions nécessaires à la mise en œuvre de l'ensemble électronique ".

3. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que M. C exerce des fonctions relatives au suivi et à la mise en œuvre des actions liées aux nouvelles technologies de l'information et de la communication au sein de la direction générale économie et développement, il ressort des pièces versées au dossier que, d'une part, la commune de Toulon ne peut plus être regardée comme un " centre automatisé de traitement de l'information " dès lors que la compétence " aménagement numérique " a été transférée à la métropole au 1er janvier 2019 à la suite de la création d'une direction des ressources numériques mutualisées, et que, d'autre part, M. C ne peut être regardé ni comme programmeur ni comme un chef programmeur au sens des dispositions précitées du décret du 29 avril 1971.

4. Par suite, le maire de la commune de Toulon, qui ne pouvait que constater

que M. C ne remplissait pas les conditions pour l'attribution de la prime de chef programmeur, était tenu de la lui supprimer.

5. Il résulte en deuxième lieu de ce qui vient d'être dit au point précédent que

les moyens tirés de la carence fautive de la commune de Toulon à ne pas l'avoir transféré à la métropole pour lui permettre de conserver sa prime, de l'existence d'un droit acquis en raison de la perception de cette prime depuis 1995 et de la sanction déguisée résultant de la suppression de cette prime ne peuvent qu'être écartés comme étant inopérants.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf en matière de travaux publics,

la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Il résulte des dispositions de l'article R. 421-5 du même code que ce délai n'est toutefois opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de

la décision.

7. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par une première saisine du comité technique paritaire, le 24 mars 2011, a été créée la direction du développement commercial au sein de laquelle M. C a été affecté par ordre de service du 1er juin 2011. Cette direction a été transformée en service, après avis du comité technique paritaire réuni le 15 décembre 2011. M. C a été consulté en vue de cette réunion du comité technique paritaire

le 22 novembre 2011 et un ordre de service du 15 décembre 2011 a été notifié aux agents concernés quant à leur affectation au service développement commercial. Par suite, le requérant, qui a eu connaissance de cette décision portant changement d'affectation, est tardif à soutenir qu'il n'a jamais été muté au sein du service développement commercial en 2011, que le comité technique paritaire du 24 mars 2011 ne peut lui être opposé, que son changement d'affectation devait être précédé de l'avis de la commission administrative paritaire, de la communication préalable de son dossier et être motivé, que son changement d'affection est intervenu dans des conditions irrégulières et qu'il est donc toujours affecté à la direction des services informatiques, justifiant le versement de la prime de chef programmeur.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C ne peut pas prétendre à l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2019, ensemble de la décision du 25 février 2020 rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être écartées.

Sur les frais liés au litige :

10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Toulon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Toulon.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierni, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

S. B

Le président,

signé

J-F. SautonLe greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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