vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire récapitulatif et en réplique enregistrés les 6 mai 2020 et
10 novembre 2021, l'EURL SGI agissant par son représentant légal et représentée par la SELARL LLC et Associés, par Me Faure-Bonaccorsi, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le maire d'Hyères a refusé de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Hyères de lui délivrer ce certificat ou subsidiairement,
de procéder à une nouvelle instruction de sa demande et ce, dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Hyères une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée émane d'une autorité incompétente faute de justification de la délégation accordée, de sa teneur et de sa publication ;
- le jugement étant exécutoire et ayant enjoint une nouvelle instruction de sa demande,
elle a confirmé cette demande, ce qui, dans le silence gardé par la commune, a fait naître une autorisation tacite ;
- en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, la commune était tenue de délivrer le certificat ;
- le motif de refus est illégal : le jugement du tribunal était exécutoire et la commune ne peut se prévaloir de la procédure devant le juge d'appel pour refuser de réinstruire la demande ;
- si la commune fait valoir en défense qu'elle aurait pu prendre une nouvelle décision de refus fondé sur l'avis conforme défavorable du préfet en date du 19 janvier 2016 et sur la méconnaissance des articles 4A et 4B du règlement du lotissement Héliopolis telle que la relève le tribunal administratif, il n'en demeure pas moins qu'elle n'a pris aucune décision et a nécessairement délivré une autorisation tacite.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, la commune d'Hyères représentée par la SCP CGCB et Associés, par Me Barbeau-Bournoville, conclut à ce que le motif tiré de son incompétence, dès lors qu'elle était liée par l'avis défavorable du préfet du Var pour délivrer ce certificat, soit substitué à celui qu'elle a retenu, au rejet de la requête, à ce que le préfet du Var soit attrait à l'instance et invité à produire une défense et demande que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que l'argumentation de la requérante ne peut être retenue.
Par une ordonnance du 24 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée
au 9 décembre 2021 à 12 heures.
Vu :
- le jugement rendu le 9 avril 2019 sous le n°1601600 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gonzalez-Lopez pour la société SGI requérante et de
Me Cassorla pour la commune d'Hyères.
Considérant ce qui suit :
Sur la conduite de l'instruction :
1. En vertu des règles générales qui les régissent, telles qu'elles résultent du code de justice administrative, notamment dans le cadre, comme en l'espèce, d'un recours pour excès de pouvoir, les modalités de la conduite de l'instruction constituent un pouvoir propre du juge. Il s'ensuit que les conclusions de la commune d'Hyères tendant à l'appel en cause du préfet du Var ne sont pas recevables et doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision attaquée et la demande de substitution de motifs :
2. Par jugement du 9 avril 2019, le tribunal administratif de Toulon a annulé l'arrêté
du 15 janvier 2016 par lequel le maire d'Hyères avait refusé à la société SGI la délivrance d'un permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble d'habitation comportant deux logements en R+1 sur des parcelles cadastrées section J0 n°447 et 448 situées corniche du Pignon sur l'île du Levant, territoire de la commune d'Hyères et a enjoint à la commune de procéder à une nouvelle instruction de la demande et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de son jugement. La société SGI s'est pourvue en appel de ce jugement en tant seulement qu'il n'avait pas fait droit à l'ensemble de ses moyens et n'avait pas enjoint à
la commune de lui délivrer le permis de construire demandé. Par un arrêt du 17 septembre 2020,
la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté cet appel, relevant que la société, qui avait présenté des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée et s'en était tenue à solliciter du premier juge qu'il enjoigne à la commune de procéder à une nouvelle instruction de sa demande de permis de construire, n'était pas recevable à contester un jugement qui lui donnait satisfaction. Parallèlement, le 30 avril 2019, le 4 et le 6 juin 2019, la société, confirmant ainsi sa demande,
a adressé divers documents destinés à compléter son dossier afin de permettre à la commune
de procéder à sa nouvelle instruction, comme le lui avait ordonné le Tribunal, puis, par courrier
du 4 mars 2020, a sollicité, par application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme,
la délivrance d'un certificat de permis de construire tacite. Par la décision attaquée du 13 mars 2020, la commune a refusé de se prononcer sur cette demande et, partant, de délivrer ce certificat.
3. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par
un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur
la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
4. En vertu de l'article L. 11 du code de justice administrative, les jugements
sont exécutoires. Il ne peut être dérogé à ce principe que dans le cas, prévu par l'article R. 811-14 aux termes duquel " le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel ". Il est constant qu'en l'espèce, l'appel ayant, de surcroît, été formé par un demandeur de première instance qui avait obtenu satisfaction, aucune décision portant sursis à exécution du jugement ci-dessus évoqué du tribunal administratif de Toulon n'avait été rendue par la cour administrative d'appel. Il s'ensuit que la commune d'Hyères, qui se trouvait à nouveau saisie de plein droit de la demande de permis de construire par l'effet de l'injonction prononcée, avait, en exécution de ce jugement et nonobstant l'appel, l'obligation de procéder à une nouvelle instruction et, à ce titre, de prendre en considération les éléments produits par la pétitionnaire qui avait explicitement confirmé sa demande et de saisir à nouveau le préfet du Var pour avis conforme, l'avis rendu le 19 janvier 2016, dans le cadre de la précédente instruction qui s'était conclue par l'annulation contentieuse de la décision prise à son issue, n'étant plus susceptible de produire effet.
5. Si la commune se prévaut des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, elle ne fait aucunement valoir qu'elle aurait eu l'intention de faire application de règles d'urbanisme intervenues postérieurement, alors, au surplus, que les conclusions de l'appel partiel formé par
la société SGI n'étaient, en toute hypothèse, pas de nature à faire obstacle à ce que l'annulation prononcée par le tribunal administratif puisse devenir définitive.
6. La nouvelle instruction du permis de construire, portant sur une construction située
sur l'île du Levant, partie du territoire communal non couverte par le plan local d'urbanisme de
la commune d'Hyères, impliquait la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme aux termes duquel : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ;() ".
Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () / b) Permis de construire () tacite () ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () / b) Deux mois pour les demandes () de permis de construire portant sur une maison individuelle () ; Trois mois pour les autres demandes de permis de construire () ".
7. En l'espèce, la commune d'Hyères en refusant, à tort, de procéder à une nouvelle instruction, s'est, en conséquence de ce refus, également abstenue de saisir de nouveau le préfet pour avis conforme. Dans ces conditions, la circonstance que, faute d'avoir été régulièrement saisie, aucun avis conforme exprès ou tacite n'ait été émis par cette autorité, n'a pu faire obstacle à
la naissance d'un permis tacite à l'expiration du délai d'instruction de droit commun.
8. Il s'ensuit que, au plus tard à la date du 6 septembre 2019, c'est-à-dire à l'expiration
du délai de trois mois, décompté à partir de la date à laquelle la pétitionnaire avait elle-même considéré que son dossier était complet, cette dernière se trouvait, comme elle le soutient, titulaire d'un permis de construire tacite.
9. Il résulte de tout ce qui précède, d'une part, qu'il ne peut être procédé à la substitution de motifs demandée par la commune d'Hyères tirée de ce que, en l'état de l'avis défavorable émis par le préfet du Var le 19 janvier 2016, le maire aurait été en situation de compétence liée pour refuser le permis de construire sollicité, d'autre part, que la société requérante est fondée à soutenir que la décision du 20 mars 2020 attaquée par laquelle la commune d'Hyères, a exprimé son refus de procéder à une nouvelle instruction de sa demande et de délivrer le certificat de permis de construire tacite, comme elle y est tenue en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, est entachée d'illégalité. Il y a lieu, en conséquence, de prononcer l'annulation de cette décision.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société SGI n'est de nature à fonder l'annulation demandée.
Sur les conclusions en injonction :
11. Eu égard aux considérations qui précèdent, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la requérante et d'enjoindre à la commune d'Hyères de délivrer à la société SGI, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un certificat de permis de construire tacite, acquis le 6 septembre 2019, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais relatifs au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, chaque partie conservant la charge de ses propres frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision susvisée du maire d'Hyères du 13 mars 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Hyères, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à la société SGI un certificat de permis de construire tacite acquis le 6 septembre 2019.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune d'Hyères tendant à la mise en cause du préfet du Var et à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à la société SGI, à la commune d'Hyères et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme A honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
La rapporteure,
signé
D. Bonmati
Le président,
signé
J.-F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026