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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002003

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002003

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationAide sociale
Avocat requérantFENNECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2020, M. C B, représenté par Me Fennech, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Var a refusé de lui attribuer la carte mobilité inclusion mention " stationnement " et de lui accorder cette carte ;

2°) d'annuler la décision du 28 mai 2020 rejetant son recours préalable obligatoire ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Var de lui délivrer la carte mobilité inclusion stationnement dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision du 28 mai 2020 était incompétent ;

- la décision du 28 mai 2020 n'est pas signée ;

- il est atteint d'un handicap réduisant de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ;

- il bénéficie de la carte mobilité inclusion mention " priorité ".

Par un mémoire enregistré le 15 mars 2021, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'auteur des décisions bénéficiait d'une délégation de signature ;

- les décisions ont été signées électroniquement ;

- le requérant ne souffrait pas d'une réduction suffisamment importante de capacité et d'autonomie de déplacement à pied.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 23 janvier 2020, le département du Var a refusé à M. B l'attribution de la carte mobilité inclusion mention " stationnement " et a rejeté, par une décision en date du 28 mai 2020, le recours administratif préalable obligatoire formé par M. B contre ce refus. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions et d'enjoindre au président du conseil départemental du Var de lui délivrer la carte mobilité inclusion stationnement dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur la demande d'annulation de la décision du 23 janvier 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est formé, par tout moyen lui conférant date certaine, devant le président du conseil départemental. / Ce recours préalable comprend une lettre de saisine et une copie de la décision contestée ou, lorsqu'elle est implicite, une copie de l'accusé réception de la demande ayant fait naître cette décision. La lettre de saisine peut exposer les motifs de la contestation et les éléments insuffisamment ou incorrectement pris en compte. () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.

4. Il résulte de ce qui précède que seules les conclusions de la requête de M. B dirigées contre la décision du 28 mai 2020, prise après son recours préalable obligatoire contre la décision du 23 janvier 2020 à laquelle elle s'est substituée, sont recevables. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 23 janvier 2020 sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la demande d'annulation de la décision du 28 mai 2020 :

5. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. -La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " permet à son titulaire ou à la tierce personne l'accompagnant d'utiliser, à titre gratuit et sans limitation de la durée de stationnement, toutes les places de stationnement ouvertes au public. / () / V bis. - () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte. (). ".

6. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV. - Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté () définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; (). 2 Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger() ".

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

8. Il résulte des dispositions précitées aux points 5 et 6 que l'obtention de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

9. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur et de l'absence de signature de cette décision sont inopérants.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. B est atteint de plusieurs pathologies et notamment d'une sciatique droite et gauche. Pour contester le refus de délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", le requérant rappelle l'ensemble des pathologies dont il est atteint et précise que son handicap réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied. Toutefois, les pièces produites par le requérant ne concernent pas directement sa capacité de marche et ne permettent donc pas de démontrer que le handicap dont il est atteint réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied selon les critères définis par les dispositions précitées de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, complété par l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel. En outre, le certificat médical du docteur A en date du 31 août 2019, destiné à l'équipe pluridisciplinaire d'évaluation de la Maison départementale des personnes handicapées du Var et produit par le département du Var, précise seulement que l'état de santé de M. B nécessite qu'il se repose après dix à quinze minutes de marche. Par ailleurs, ce certificat et les autres pièces produites ne font pas davantage référence à la nécessité qu'aurait M. B de recourir à une aide technique ou humaine dans chacun de ses déplacements en extérieur. Enfin, la circonstance que M. B est bénéficiaire de la carte mobilité inclusion " priorité " est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, le bénéfice de cette carte résultant de la mise en œuvre d'une réglementation distincte et reposant sur des critères différents de ceux qui concernent l'octroi de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". Ainsi, il résulte de l'instruction que M. B peut marcher de dix à quinze minutes, soit un périmètre de marche qui va au-delà de 200 mètres. En revanche, il ne résulte pas l'instruction que les conditions requises pour la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " étaient réunies par M. B à la date de la décision attaquée, ni surtout qu'elles le sont au jour du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

E.Perroudon

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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