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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002079

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002079

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAILLOUET-GANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août 2020 et le 31 octobre 2022, M. B C, représenté en dernier lieu par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2020 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte.

M. C soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation en n'étudiant pas la possibilité de régulariser la situation de M. C sur un fondement autre que l'article 3 de l'accord franco-marocain, telle que la circulaire n°NOR INTK1229185C ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a écarté les pièces prouvant sa résidence habituelle en France depuis 2011.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2020, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Par ordonnance du 2 novembre 2022, l'instruction a été clôturée au 21 novembre 2022 à 12 : 00.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Caillouet-Ganet, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né en 1980, a sollicité le 21 novembre 2019

la délivrance d'un titre de séjour " salarié ". Par arrêté du 22 juin 2020, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre demandé. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé. Le préfet du Var n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. C.

3. En deuxième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit

la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions des articles L. 313-10 et

L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité.

Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain.

4. Il est constant que M. C ne réunit pas les conditions, exigées par l'article 3 de l'accord franco-marocain pour la délivrance d'un titre de séjour mention salarié, d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et d'un visa long séjour. Le préfet du Var n'était pas tenu d'étudier la possibilité de régulariser sa situation sur un autre fondement. A cet égard, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, invoquées par M. C, ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Par suite, le moyen dont s'agit doit être écarté.

5. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. C fait notamment valoir qu'il réside en France depuis 2011 et y est intégré, les pièces produites ne permettent d'attester de sa présence sur le territoire national qu'en 2011 et jusqu'au mois de mars 2012, préalablement à sa réadmission en Italie en mars 2012, puis ponctuellement en juillet 2016, alors qu'il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour italien en octobre 2017, puis certes de manière habituelle à partir du mois de juin 2018, mais ainsi de manière récente au regard de la date de la décision attaquée. Au demeurant, un passeport et un titre de séjour italien lui ont été délivrés en mai et juin 2019. Les attestations que l'intéressé produit ne permettent pas d'attester d'une résidence habituelle en France avant 2018, mais d'une simple présence ponctuelle. Par ailleurs, M. C est célibataire, sans enfants et le préfet du Var affirme sans être contredit que sa mère et six membres de sa fratrie résident au Maroc. Dans ces conditions, en raison de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le président, rapporteur,

signé

J-F A

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. Faucher

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier,

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