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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002147

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002147

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBARTHELEMY - DESANGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 7 août 2020, la SAS Les Dunes, représentée par Me Barthélemy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure du préfet du Var du 27 juillet 2020 relative à la mise en conformité de l'accueil du public dans le débit de boissons connu sous l'enseigne

" Verde Beach " à Ramatuelle et l'arrêté du préfet du Var du 6 août 2020 portant fermeture administrative de cet établissement ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 6 août 2020 ne vise pas la SAS Les Dunes mais exclusivement l'enseigne " Verde Beach ", laquelle ne dispose pas de la personnalité juridique ;

- la qualité de la personne à laquelle a été notifié l'arrêté du 6 août 2020 n'est pas précisée ;

- la mise en demeure du 27 juillet 2020 ne comportait pas en annexe les procès-verbaux de gendarmerie du 17 juillet 2020, en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- la mise en demeure du 27 juillet 2020 expose des faits inexacts s'agissant de l'heure de fermeture de l'établissement le 17 juillet 2020 et évoque une plage horaire d'une amplitude de quatre heures insuffisamment précise ;

- le principe du contradictoire et le respect des droits de la défense, garantis constitutionnellement et conventionnellement, ont été méconnus dès lors que le procès-verbal du 17 juillet 2020 n'a pas été annexé à la mise en demeure du 27 juillet 2020 ;

- la mise en demeure du 27 juillet 2020 ne prévoyait pas un délai raisonnable ;

- la fermeture de l'établissement " Verde Beach " comme celle d'autres établissements proches n'a été décidée qu'à titre d'exemple ;

- le point de situation de l'agence régionale de santé daté du 4 août 2020 n'a pas été communiqué ;

- les constatations évoquées des 1er et 4 août 2020 visées par l'arrêté n'ont pas été communiquées ;

- l'objectif de santé publique était satisfait dans l'enceinte de l'établissement " Verde Beach " par le dépistage systématique du personnel réalisé à l'initiative du gérant ;

- le préfet du Var a méconnu la portée des dispositions de l'article 40 du décret du

10 juillet 2020 dont les II et III ne s'appliquent qu'à l'intérieur des établissements ;

- le préfet du Var ne pouvait légalement retenir un motif tiré de ce que les clients se déplacent dans l'enceinte de l'établissement sans masque dès lors que le décret du 10 juillet 2020 ne prévoyait plus une telle obligation à l'extérieur des établissements pour les départements sortis de l'état d'urgence sanitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2020, le préfet du Var, demande au tribunal de rejeter la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 2020-856 du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l'état d'urgence sanitaire ;

- le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 prescrivant des mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de COVID-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Les Dunes exploite un restaurant-plage sous l'enseigne " Verde Beach " situé route de l'Épi à Ramatuelle. Par un courrier de mise en demeure du 27 juillet 2020, le préfet du Var avait informé M. B D, en qualité de gérant de l'établissement " Verde Beach ", que des manquements aux mesures réglementaires de distanciation sociale avaient été constatés le 17 juillet 2020 dans son établissement et le mettait en demeure d'organiser sans délai un accueil du public conforme aux prévisions de l'article 40 du décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 pour des établissements recevant du public (ERP) de type N " restaurants et débits de boissons ". Par un arrêté du 6 août 2020, notifié le jour même à M. C A, et compte tenu de nouvelles constatations des forces de l'ordre les 1er et 4 août 2020, le préfet du Var a prononcé une fermeture administrative de cet établissement jusqu'au 20 août 2020 inclus. Après avoir présenté un recours gracieux daté du 6 août 2020, la SAS Les Dunes demande au tribunal, par la présente requête, l'annulation de cette mise en demeure et de cet arrêté.

Sur la légalité de la mise en demeure du 27 juillet 2020 et de l'arrêté du 6 août 2020 :

2. Aux termes de l'article 40 du décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 susvisé, alors en vigueur : " I. - Dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire, les établissements recevant du public relevant des types suivants définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article : / - établissements de type N : Restaurants et débits de boissons ; () II. - Pour l'application de l'article 1er, les gérants des établissements mentionnés au I organisent l'accueil du public dans les conditions suivantes : / 1° Les personnes accueillies ont une place assise ; / 2° Une même table ne peut regrouper que des personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, dans la limite de dix personnes ; / 3° Une distance minimale d'un mètre est garantie entre les tables occupées par chaque personne ou groupe de personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, sauf si une paroi fixe ou amovible assure une séparation physique. / III. - Portent un masque de protection : / 1° Le personnel des établissements ; / 2° Les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l'établissement. ". Et aux termes de l'article 29 du décret n° 2020-860 : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. / Dans les parties du territoire dans lesquelles est constatée une circulation active du virus mentionnées à l'article 4, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions. / Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ".

3. En premier lieu, il ressort des dispositions précitées de l'article 29 du décret

n° 2020-860 que la mesure de fermeture qui peut être arrêtée par l'autorité préfectorale vise les établissements et non les personnes physiques ou morales qui en assurent l'exploitation. L'imprécision qui affecte sur ce point l'intitulé de l'arrêté et son article 1er demeure sans incidence sur sa légalité dès lors que cette désignation ne présentait pas d'ambiguïté et que l'arrêté a été notifié par voie administrative au gérant de ce débit de boissons dès le jour de sa signature.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été indiqué sur l'arrêté en quelle qualité agissait M. C A auquel a été notifié l'arrêté du 6 août 2020 a trait aux modalités de notification de cette décision et est, par suite, sans incidence sur sa légalité. Il doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aucune disposition légale ou réglementaire n'imposait qu'un délai particulier soit respecté entre l'envoi de la mise en demeure prévue à l'article 26 du décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 et, le cas échéant, une éventuelle décision de fermeture administrative, le pouvoir réglementaire ayant fixé une condition unique tenant à l'absence de mise en conformité suite à la réception de cette mise en demeure.

6. En quatrième lieu, aucune disposition légale ou réglementaire n'imposait que le point de situation épidémiologique dressé le 4 août 2020 par l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA) à l'intention du préfet du Var et auquel se référait l'arrêté du 6 août 2020 soit annexé à celui-ci ou soit ultérieurement communiqué. Il est, par ailleurs, constant que cet arrêté ne procède pas à une motivation par référence au contenu de cet avis.

7. En cinquième lieu, ni les prévisions du décret n° 2020-860, ni le principe du contradictoire n'imposait que les rapports administratifs adressés à l'autorité préfectorale pour porter à sa connaissance des manquements aux règles d'hygiène et de distanciation sociale soient annexés à la mise en demeure prévue au 3e alinéa de l'article 29 de ce décret. La circonstance que d'autres autorités préfectorales aient estimé utile de procéder à un échange contradictoire préalable à toute décision de fermeture administrative, dans le cadre juridique applicable avant l'entrée en vigueur du décret n° 2020-60 est, à cet égard, sans incidence. Le moyen doit, par suite, être écarté.

8. En sixième lieu, si la requérante fait valoir que la mise en demeure en litige se fondait sur des éléments inexacts, il résulte des termes même de cette correspondance que la référence qu'elle fait à la plage horaire " entre 18h00 et 22h00 " ne correspondait pas à la durée du contrôle de l'établissement " Verde Beach " mais à la période au cours de laquelle celui-ci a été conduit. Il ressort également du rapport administratif dressé le 22 juillet 2020 que les agents de la gendarmerie nationale mobilisés le 17 juillet 2020 avait procédé au contrôle successif de trois établissements de plage sur le secteur de Pampelone à Ramatuelle au cours de cet intervalle de temps. Le moyen tiré de l'erreur de fait entachant la mise en demeure doit, par suite, être écarté.

9. En septième lieu, la circonstance que le gérant de l'établissement " Verde Beach " a fait procéder au dépistage de la quasi-totalité de ses effectifs postérieurement à la notification de la décision attaquée, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de celle-ci.

10. En huitième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que les constatations des 1er et 4 août 2020, visées par l'arrêté en litige en ce qu'elles caractérisaient le défaut de prise en compte effective de la mise en demeure précédemment notifiée, devaient être communiquées préalablement à l'adoption de la décision de fermeture administrative en litige.

11. En neuvième lieu, la société requérante soutient que le préfet du Var ne pouvait légalement retenir un motif tiré de ce que les clients se déplacent dans l'enceinte de l'établissement sans masque dès lors que l'article 40 du décret du 10 juillet 2020 ne prévoyait plus une telle obligation à l'extérieur des établissements, contrairement aux dispositions de l'article 40 EUS du même décret applicable dans les territoires où l'état d'urgence sanitaire est en vigueur. Il ressort toutefois de la rédaction même du III de l'article 40 que celui-ci ne limite aucunement l'obligation du port du masque aux seuls espaces intérieurs des établissements ouverts ou partiellement ouverts. L'obligation du port du masque s'imposait, par suite, de manière permanente à l'ensemble des personnels de l'établissement ainsi qu'aux clients de celui-ci âgés de plus de onze ans, lors de leurs déplacements. C'est, par suite, sans erreur de droit que le préfet du Var a pu motiver l'arrêté de fermeture administrative en litige en retenant qu'après la mise en demeure du 27 juillet 2020, des infractions aux règles sanitaires se répétaient dans cet établissement et notamment l'insuffisant recours au port du masque. Au surplus, il ressort des rapports administratifs rédigés les 2 et 5 août 2020 que d'autres règles fixées pour la réouverture des débits de boissons à la fin de l'état d'urgence sanitaire étaient également méconnues, notamment s'agissant de la station assisse et de la distanciation sociale et auraient été de nature, à elles seules, à justifier la fermeture prononcée.

12. En dixième lieu, la société requérante fait valoir que la sécurité sanitaire était suffisamment assurée dans l'établissement " Verde Beach ", lequel n'était pas inclus dans un cluster de contamination identifié. Le respect des règles fixées par le décret du 10 juillet 2020, notamment à son article 40, ne présente toutefois pas un caractère optionnel ou dont il aurait été loisible aux établissements recevant du public de s'estimer libérés et il n'était aucunement conditionné à un niveau particulier de circulation du virus dans un territoire donné. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment du point de situation réalisé par l'agence régionale de santé PACA le 4 août 2020 à l'intention du préfet du Var que trois clusters avaient été identifiés depuis le 25 juillet dans des restaurants et restaurants bars à Saint-Tropez et Ramatuelle et que des signalements récurrents faisaient état de l'organisation d'évènements musicaux en journée et tard le soir sans protection ni distanciation. Dès lors, l'application des dispositions sanitaires du décret du 10 juillet 2020 étaient, en tout état de cause, toujours justifiées à cette date.

13. En onzième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fermeture de l'établissement " Verde Beach " comme celle d'autres établissements proches n'aurait été décidée qu'à titre d'exemple et sans motifs légitimes. Le détournement de pouvoir allégué doit, par suite, être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais de justice:

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SAS Les Dunes doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Les Dunes est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Les Dunes et au ministre de la Santé et de la Prévention.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Lamarre, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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