lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GIOVANNANGELI & COLAS AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 août 2020, Mme B A, représentée par Me Giovannangeli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2020 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Mme A soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreurs de fait au regard des dispositions des articles L. 313-4-1 et R. 313-34-1 du code l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2020, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du
7 septembre 2020, suite à une demande déposée le 24 août 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Sauton a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante marocaine née en 1996, déclare être entrée en France le 25 août 2016 et ne plus avoir quitté le territoire français. La requérante est munie d'un titre de séjour italien, mention " RLD-UE ", valide depuis le 19 novembre 2013 pour une durée illimitée. Le 28 septembre 2016, Mme A a déposé une première demande de titre de séjour, rejetée par une décision implicite du préfet du Var. Le 9 avril 2018, la requérante a déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Par un arrêté en date du 23 juin 2020, notifié le 26 juin 2020, le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour. L'intéressée demande l'annulation de cette décision.
S'agissant des conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la requérante a bien sollicité, lors de sa demande déposée le 9 avril 2018, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union Européenne " du fait de la nationalité italienne de son père dont la carte de résident est produite au dossier, et un titre de séjour " salarié " lié à sa carte de " résident longue durée - UE ", également jointe au dossier, et que sa situation a été examinée par le préfet au regard de ces deux demandes.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'acte attaqué : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ; 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; (). ". Et aux termes de l'article L. 121-3 du même code, en vigueur à la date de l'acte attaqué : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois. S'il est âgé de plus de dix-huit ans ou d'au moins seize ans lorsqu'il veut exercer une activité professionnelle, il doit être muni d'une carte de séjour. Cette carte, dont la durée de validité correspond à la durée de séjour envisagée du citoyen de l'Union dans la limite de cinq années, porte la mention : " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ". Sauf application des mesures transitoires prévues par le traité d'adhésion à l'Union européenne de l'Etat dont il est ressortissant, cette carte donne à son titulaire le droit d'exercer une activité professionnelle. ".
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du passeport de la requérante et de sa première demande de titre de séjour, que Mme A justifie être entrée sur le territoire français à une date ultérieure au 24 août 2016 et avoir déposé une première demande de titre de séjour le 28 septembre 2016, soit dans le délai imparti de trois mois à compter de l'entrée sur le territoire français. En outre, la requérante établit, par de nombreuses pièces probantes produites au dossier, qu'elle est présente physiquement sur le territoire français de façon continue depuis 2016. Par voie de conséquence, si elle doit être regardée comme ayant respecté le délai de trois mois pour le dépôt de sa première demande de titre de séjour, sa présence continue depuis 2016 établit qu'elle s'est maintenue en France en situation irrégulière à partir du 28 janvier 2017, date de la décision implicite de rejet de sa première demande, et qu'elle ne s'est donc pas conformée au délai maximal de trois mois concernant sa deuxième première demande de titre de séjour déposée le 9 avril 2018. C'est donc sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Var a considéré que la demande de la requérante n'avait pas été déposée dans un délai de trois mois.
5. De plus, la requérante fait notamment valoir que son père est de nationalité italienne et qu'elle réside au domicile de ses parents, avec son petit frère mineur, depuis 2016. Il ressort des pièces du dossier que la requérante était âgée de 21 ans révolus à la date de dépôt de sa demande de titre de séjour et ne saurait être regardée comme étant effectivement à la charge de son père au sens des dispositions précitées au seul motif qu'elle serait hébergée au domicile de ce dernier depuis son arrivée en France. D'autant plus qu'elle souligne, dans la requête, sa grande autonomie lorsqu'elle était en emploi, ce qui était son cas au moment du dépôt de sa demande et sur les mois qui ont suivi jusqu'en mars 2020.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'acte attaqué : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : () ; 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10. / Pour l'application du présent article, sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance et sont appréciées au regard des conditions de logement. (). ".
7. Au regard de ce qui vient d'être dit au point 4, la requérante n'atteste pas être entrée en France au plus tôt trois mois avant le dépôt de sa deuxième demande de titre de séjour en date du 9 avril 2018. Le certificat de travail ne démontre, par ailleurs, qu'un emploi d'une durée de neuf mois, qui avait pris fin à la date de la décision attaquée, et une simple promesse d'embauche. Ainsi, la requérante ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, la requérante n'entrait pas dans les dispositions de l'article L. 313-4-1 susvisé. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent, par suite, être écartés.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, née en 1996, atteste vivre en France depuis 2016, avec ses parents et son frère, où elle déclare être bien intégrée. Comme souligné au point 4, Mme A produit plusieurs documents, notamment des certificats de formation, une attestation de présence à des cours d'alphabétisation deux jours par semaine pendant une année, ou encore un certificat de travail et une promesse d'embauche, établissant une présence physique continue sur le territoire français depuis septembre 2016. Toutefois, malgré les documents produits et s'il n'est pas contredit que les parents et les frères de la requérante résident en France en situation régulière, la requérante, qui a vécu en Italie sans ces derniers avant de les rejoindre en 2016, ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle particulière la faisant entrer dans les dispositions du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Ainsi, au regard notamment de la durée limitée de son séjour en France, le préfet du Var a pu légalement refuser de lui délivrer les titres de séjour sollicités sans porter une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
Le président, rapporteur,
Signé
J-F SAUTON
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
S. FAUCHER
La greffière,
Signé
B. BALLESTRACCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
N°2002232
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026