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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002256

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002256

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationAide sociale
Avocat requérantSAIZ MELEIRO SOFIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2020 et des mémoires enregistrés le 6 décembre 2022 et le 13 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Saiz Meleiro, demande au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 4 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Var a prononcé à son encontre une amende administrative de 3 000 euros ;

2°) d'enjoindre au département du Var de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active (RSA) dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à tout le moins au département du Var de prendre une nouvelle décision sur un éventuel chiffrage d'un indu de revenu de solidarité active qui devra lui être notifié, sous astreinte de 100 euros " par jour de retard lui ouvrant droit à recours " ;

4°) de mettre à la charge du département du Var le versement à Me Saiz Meleiro de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable, les délais de recours ont été prolongés par les dispositions de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire ; en outre, une demande d'aide juridictionnelle a été présentée pendant le délai de recours contentieux ; en outre, le département ne justifie pas de ce qu'elle aurait reçu notification des indus de RSA par la production d'accusés de réception postaux ;

- la décision du 4 février 2020 prononçant l'amende administrative est illégale à double titre, d'une part elle n'a pas reçu de notification d'une décision mettant à sa charge un indu de RSA, ce qui l'a privée de son droit à contester cette décision, d'autre part elle n'a pas pu faire valoir ses observations sur les sommes constatées sur son compte bancaire;

- l'amende administrative est infondée dès lors que ni la fausse déclaration ni l'omission délibérée de déclaration ne sont justifiées;

- le solde de son compte bancaire chez AXA banque au titre de l'année 2018 est de 738 euros et non pas de 122 124, 63 euros comme le prétend le département du Var ;

- elle se trouve dans une situation financière précaire dès lors qu'elle est sans ressource avec un enfant à charge ;

- elle remplit les conditions pour obtenir le RSA depuis avril 2018.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2022 et le 10 janvier 2023 le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir à titre principal que :

- la requête de Mme A est irrecevable ; elle n'a pas contesté les indus de revenu de solidarité active INK 001 et INK 002 dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire ;

- l'indu de revenu de solidarité active de 4 112,17 euros ( INK 002) a été notifié à Mme A par un courrier daté du 5 décembre 2018 qui comportait la mention des voies et délais de recours ; elle n'a donc pas été privée du droit de contester cet indu ; au contraire, elle s'est toujours abstenue de répondre à diverses demandes émanant du département ( elle n'a pas présenté d'observation alors même qu'elle a été destinataire d'un courrier du 16 novembre 2018 sur l'exercice du droit de communication, l'invitant à faire valoir ses observations ; par courrier du 8 janvier 2019, elle a été sollicitée en vain pour produire des justificatifs de ses revenus ; les titres exécutoires émis le 7 février 2020 n'ont pas été contestés non plus ; elle n'a pas répondu au courrier en recommandé avec accusé de réception du 29 octobre 2020 revenu avec la mention " avisé non réclamé ").

Il fait valoir à titre subsidiaire que :

-l'indu de RSA est fondé ; Mme A disposait de revenus non déclarés à la caisse d'allocations familiales du Var, ainsi qu'il ressort du contrôle de sa situation; par ailleurs le solde créditeur du compte bancaire de la requérante s'élevait bien au titre de l'année 2018 à la somme de 122 124, 63 euros ;

- Mme A n'a pas collaboré avec le département du Var en ne produisant pas les pièces demandées le 8 janvier 2019 ou en commettant plusieurs fausses déclarations ;

- les droits au RSA de Mme A ne sont nullement établis.

Mme A n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 17 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport présenté par Mme Doumergue.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a demandé le bénéfice du revenu de solidarité active le 14 avril 2018. Par une décision du 27 septembre 2018, la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var lui a notifié un indu de revenu de solidarité active INK 001 d'un montant de 251, 99 euros pour le mois de septembre 2018. Puis, par une décision du 5 décembre 2018, un autre indu de revenu de solidarité active INK 002 d'un montant de 4 112,17 euros a été mis à sa charge pour la période courant du 4 avril 2018 au 30 novembre 2018. Enfin, par une décision du 4 février 2020, le président du conseil départemental du Var a infligé à Mme A une amende administrative d'un montant de 3 000 euros. Par la présente requête Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du président du conseil départemental du Var notifiant l'amende précitée et de la rétablir dans ses droits au RSA à compter d'avril 2018.

Sur la régularité de l'amende :

2. Aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles: " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".Aux termes de l'article L. 262-52 du même code: " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative. Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans ". Aux termes du sixième, devenu septième alinéa du I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, auquel il est ainsi renvoyé : " () Le directeur de l'organisme concerné notifie le montant envisagé de la pénalité et les faits reprochés à la personne en cause, afin qu'elle puisse présenter ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois. A l'issue de ce délai, le directeur de l'organisme prononce, le cas échéant, la pénalité et la notifie à l'intéressé () ". Il résulte de ces dispositions qu'une amende administrative ne peut être infligée par le président du conseil départemental à un allocataire du revenu de solidarité active sans que ce dernier ait été mis en mesure de présenter ses observations écrites ou orales et, notamment, sans qu'il ait été fait droit à la demande d'audition qu'il aurait formée en vue de présenter des observations orales, alors même qu'il aurait également présenté des observations écrites.

3. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 29 octobre 2019, adressé à Mme A par lettre recommandée avec accusé de réception, le président du conseil départemental du Var a informé Mme A de son intention de lui infliger une amende administrative. Ce courrier prévoyait la possibilité pour l'intéressée de présenter des observations, soit par courrier, soit en demandant à être entendue par l'équipe disciplinaire lors d'une réunion prévue le 16 décembre 2019. Ce courrier, régulièrement présenté le 31 octobre 2019 à l'adresse indiquée par Mme A aux services départementaux, a été retourné au département du Var avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Il doit donc être regardé comme ayant été régulièrement notifié à l'intéressée à la date de première présentation le 31 octobre 2019. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas allégué par la requérante, que cette dernière ait demandé à être auditionnée devant l'équipe pluridisciplinaire du département du Var en vue de présenter des observations orales. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 4 février 2020 lui infligeant une sanction administrative a été prise au terme d'une procédure irrégulière faute de lui permettre de présenter ses observations. Ce moyen doit donc être écarté comme infondé.

4. Par ailleurs, à supposer que Mme A n'ait jamais reçu les décisions par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié les indus de revenu de solidarité active INK 001 et INK 002, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure prévue en matière d'amende administrative, à l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles précité au point 2. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'elle n'a pas reçu notification des décisions d'indu de RSA et aurait ainsi été privée de son droit à contester ces indus doit être écarté comme inopérant au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de l'amende mise à charge.

Sur le bien-fondé de l'amende :

5. Il résulte de l'article L. 262-52 précité au point 2 du code de l'action sociale et des familles qu'une amende administrative peut être infligée à l'allocataire qui a perçu indument le revenu de solidarité active à la suite de fausses déclarations ou d'omissions délibérées. La fausse déclaration ou l'omission délibérée doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu d'apprécier si les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, et de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration ou une omission délibérée.

6. Pour mettre à la charge de Mme A l'amende administrative en litige, le président du conseil département du Var a estimé que l'intéressée avait délibérément omis de déclarer des revenus apparaissant sur ses relevés de comptes bancaires pour la période allant du mois de janvier à octobre 2018.

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête, établi le 16 novembre 2018 par un contrôleur assermenté de la CAF du Var, dont les mentions conformément aux dispositions de l'article L.114-10 du code de la sécurité sociale, font foi jusqu'à preuve du contraire, que de nombreux virements et remises de chèques ont été portés au crédit du compte bancaire de Mme A, de janvier à octobre 2018, sans que cette dernière ne les déclare dans ses déclarations de ressources trimestrielles, pour un montant de 24 666,29 euros. De son côté, le département du Var, fait également valoir, en se référant à ce rapport d'enquête et sans être contredit, que Mme A n'a pas déclaré les nombreux virements et remises de chèque créditant son compte bancaire de janvier à octobre 2018 pour des montants compris entre 275 euros et 7 000 euros. Par ailleurs, si Mme A fait valoir dans ses dernières écritures que son compte courant bancaire présentait un solde de 738 euros au 31 décembre 2018, à savoir un débit de 34 599,04 euros pour un crédit de 35 337,23 euros, et un solde de 530,29 euros au mois d'octobre 2018, pour soutenir que c'est de manière erronée que le rapport d'enquête, a mentionné un solde créditeur d'un montant de 122 124, 63 euros au 23 octobre 2018, cette circonstance n'est pas de nature à combattre utilement le fait qu'elle a perçu de nombreuses sommes pendant l'année 2018 sans les déclarer. Dans ces conditions, eu égard au caractère répété des omissions de déclaration de ressources, c'est à bon droit que le département du Var a prononcé l'amende administrative infligée par la décision du 4 février 2020.

8.Enfin, si Mme A soutient qu'elle se trouve dans une situation de précarité, ce moyen est inopérant au soutien de conclusions tendant à l'annulation d'une décision prononçant une amende administrative.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

9. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 février 2020 prononçant l'amende administrative n'implique aucune mesure d'exécution s'agissant des droits à RSA de Mme A depuis avril 2018. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département du Var et tiré de l'absence de recours administratif préalable obligatoire contre les indus de revenu de solidarité active, que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au département du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

M. DOUMERGUELa greffière,

signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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