mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2020, la SCI Sarrazine, représentée par Me Bodart, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de La Croix Valmer a pris un arrêté portant interruption immédiate des travaux sur l'unité foncière cadastrée section BO n°7, située au 8 rue Sarrazine, sur le territoire communal ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; un des motifs retenus par le maire dans son arrêté n'avait pas été invoqué dans le courrier du 23 juin 2020 par lequel le maire a mis en œuvre la procédure préalable contradictoire, ce courrier ne faisant référence qu'à une méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ; ce courrier n'évoquait pas le motif tiré de la non-conformité au permis de construire délivré à la SCI Sarrazine le 31 janvier 2019 ;
- la décision attaquée est illégale car elle est insuffisamment motivée ; il n'est pas suffisamment explicité en quoi les travaux méconnaissent les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU ; le courrier du 23 juin 2020 est également insuffisamment motivé en ce qu'il ne permet pas de comprendre les éventuelles non-conformités au permis de construire ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation en raison d'une erreur sur la qualification des faits ; il ne résulte pas de l'arrêté litigieux qu'une ou plusieurs non-conformités au permis de construire aient été commises ; en outre, les travaux exécutés et en cours sont conformes au permis de construire délivré le 31 janvier 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2020, la commune de La Croix Valmer, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2022 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2023 :
- le rapport de M. Bailleux ;
- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;
- les observations de M. A, représentant le préfet du Var ;
- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi, représentant la commune de La Croix Valmer.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. En premier lieu, Aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. () Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".
2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté interruptif de travaux, qui constitue une mesure de police, est soumis au respect d'une procédure contradictoire préalable sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ou lorsque les travaux sont réalisés sans permis de construire ou au mépris d'une décision de justice. Le respect de cette formalité implique que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde, et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.
3. En l'espèce, le courrier envoyé par le maire de la commune à la SCI Sarrazine le 23 juin 2020 indique que le maire de la commune envisage de prendre un arrêté interruptif de travaux, et invite la société pétitionnaire, dans un délai de 7 jours à compter de la réception de ce courrier, à présenter des observations. Ce courrier du 23 juin 2020 rappelle qu'un agent assermenté de la commune de La Croix Valmer a constaté par procès-verbal la commission d'une infraction aux dispositions de l'article 10 (relatif aux hauteurs admises) du règlement de la zone UC du PLU.
4. L'arrêté interruptif de travaux (AIT) litigieux du 16 juillet 2020 se fonde ensuite sur deux motifs autonomes : d'une part la non-conformité des travaux avec le permis de construire délivré le 31 janvier 2019 et d'autre part la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU. Le courrier précité de la commune du 23 juin 2020 n'invoquant pas la non-conformité des travaux avec le permis de construire délivré le 31 janvier 2019, le maire de la commune n'était alors pas en mesure ultérieurement de se fonder dans sa décision, sur ce motif, qui est par suite illégal.
5. En outre, l'architecte de la société SCI Sarrazine a répondu par courriel au courrier du maire de la commune, le 1er juillet 2020, en faisant part de ses observations. La société requérante a ainsi eu l'occasion de faire valoir ses arguments au sujet du motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU, qui était clairement exposé dans le courrier du 23 juin 2020, matérialisant la procédure préalable contradictoire. Enfin, il ressort directement des mentions de l'arrêté litigieux du 16 juillet 2020 que d'une part le courrier de la commune du 23 juin 2020 adressé à la SCI Sarrazine et d'autre part la réponse de la SCI Sarrazine par courriel du 1er juillet 2020 sont mentionnés dans cette décision.
6. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure préalable contradictoire aurait été méconnue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré d'un défaut de procédure préalable contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
7. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. () ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".
8. Il ressort de la lecture même de l'arrêté interruptif de travaux litigieux que celui-ci est fondé d'une part sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU et d'autre part sur le motif tiré de l'absence de conformité avec le permis de construire une villa délivré le 31 janvier 2019.
9. En outre, si l'arrêté litigieux n'indique pas en quoi les travaux entrepris sur le terrain méconnaissent les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU, et d'autre part ainsi que le soutient la SCI Sarrazine, les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU réglementant différentes dispositions (la hauteur des constructions, les terrassements, les soutènements), la commune fait toutefois valoir que la société pétitionnaire était en mesure de savoir en quoi les travaux entrepris sur le terrain méconnaissaient les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU par référence au courrier de la commune adressé à la SCI Sarrazine le 23 juin 2020, qui précisait quant à lui que les terrassements dépassaient la hauteur de 8,80 mètres. Ainsi, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée par référence à ce courrier du 23 juin 2020.
10. En outre, si l'arrêté litigieux indique que les travaux entrepris de construction d'une villa avec piscine ne sont pas conformes avec le permis de construire délivré le 31 janvier 2019, il n'est pas possible de savoir exactement quelles sont ces non-conformités. Cet élément est toutefois sans incidence, car ainsi qu'il a été vu précédemment, ce motif de la décision tiré de l'absence de conformité avec le permis de construire du 31 janvier 2019 doit être neutralisé, en ce que le maire ne pouvait pas se fonder sur un tel motif pour prendre sa décision.
11. Il ressort donc des pièces du dossier que la société requérante n'est pas fondée, dans ces conditions, à soutenir que l'arrêté interruptif de travaux pris par le maire serait insuffisamment motivé. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
12. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article UC 10 du règlement du PLU : " Décaissements, soutènements et terrassements : sur les terrains en pente : - lorsque la construction comporte plus de un niveau de plancher, la hauteur des décaissements amont ne peut être supérieure à : () 3 mètres si la pente est supérieure à 20 % ".
13. La commune quant à elle indique que le procès-verbal d'infraction, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, a montré que les décaissements réalisés en façade nord de la construction, mesuraient 8,80 mètres. Il n'est pas contesté en outre, que la pente du terrain étant supérieure à 20 %, la hauteur maximale des décaissements autorisés sur le terrain par les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU étaient de 3 mètres. Ainsi, les décaissements du terrain d'assiette du projet dans sa partie nord, d'une hauteur de 8,80 mètres, sont donc supérieurs à la hauteur maximale autorisée par les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU.
14. Au surplus, la commune et la préfecture poursuivent en faisant valoir que les plans du dossier de demande de permis de construire délivré le 31 janvier 2019, montrent que le projet prévoyait de réaliser certains décaissements par étapes afin de s'adapter au profil du terrain, d'une hauteur comprise entre 2,30 mètres et 3,50 mètres. La commune indique encore qu'aucune côte sur les plans du dossier de demande de permis n'est indiquée concernant les piliers ou " fondations ". En tout état de cause, à supposer même que les décaissements aient été réalisés au niveau des fondations sur toute la surface de la maison, les décaissements auraient été de 4,82 mètres et non de 8,80 mètres. Ainsi, la commune en conclut que les décaissements de 8,80 mètres réalisés, méconnaissent le permis de construire tel que délivré le 31 janvier 2019.
15. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation concernant le motif de la décision fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU. En outre, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce deuxième motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU, susceptible à lui seul de la fonder légalement.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'écarter l'ensemble des moyens et de rejeter la requête.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire, quelque somme que ce soit.
DECIDE
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la SCI Sarrazine, à la commune de La Croix Valmer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au Préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Riffard, premier conseiller,
M. Bailleux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé :
F. BAILLEUX
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026