mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | PENE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2020, Mme B A représentée par Me Pene demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 août 2020 confirmant la décision du 20 mai 2020 par laquelle la commission de médiation du Var a rejeté son recours amiable présenté en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, tendant à être reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement social ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var d'instruire à nouveau son dossier dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative.
Il est soutenu que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; Mme A occupe un logement de type 2 de 38 m² dans lequel elle vit avec sa mère et sa fille et elles dorment toutes les trois dans la même chambre ; sa mère qui bénéficie du statut de personne handicapée a des difficultés pour se déplacer et le logement n'est pas adapté à son handicap ; par ailleurs, le logement présente des signes d'indécence notamment des traces de moisissures ; en outre, Mme A vit dans un climat de peur ayant été victime de nombreuses violences de la part de son conjoint.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le handicap n'est pas susceptible d'ouvrir droit à lui seul au bénéfice d'un logement social et il faut également invoquer soit une situation de sur-occupation soit un état d'indécence du logement ; en l'espèce, il n'est pas établi que le logement présenterait un caractère de sur-occupation ou un caractère indécent ou dangereux ou qu'il présenterait un risque pour la santé ou la sécurité des occupants ; Mme A fait partie d'un public prioritaire pour avoir subi des violences de la part de son ex-mari et il lui a été proposé à trois reprises des logements dans le parc public ; elle a refusé deux propositions de logements adaptés à ses besoins.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 2 août 2022 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Toulon a accordé à Mme A l'aide juridictionnelle totale dans la présente instance.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 5 mai 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a saisi le 27 février 2020 la commission de médiation du droit au logement du Var d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 20 mai 2020, la commission de médiation a rejeté son recours amiable en considérant qu'elle avait refusé le 17 décembre 2019 une proposition de logement au sein du parc social à La-Seyne-sur-Mer, sans motif légitime, et que les désordres dans le logement actuel n'avaient pas été constatés par un organisme qualifié. Mme A a formé un recours gracieux, enregistré le 1er juillet 2020, et par une décision du 6 août 2020, la commission de médiation a rejeté ce recours aux motifs que le caractère indécent du logement n'était pas établi et qu'aucun nouvel élément susceptible d'infirmer la décision initiale n'avait été produit. Mme A demande au Tribunal d'annuler la décision du 6 août 2020.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " I. -Dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l'Etat dans le département. Chaque commission est présidée par une personnalité qualifiée désignée par le représentant de l'Etat dans le département. / () II. -La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () / VII.-Lorsque la commission de médiation est saisie, dans les conditions prévues au II, d'un recours au motif du caractère impropre à l'habitation, insalubre, dangereux ou ne répondant pas aux caractéristiques de la décence des locaux occupés par le requérant, elle statue au vu d'un rapport des services mentionnés à l'article L. 1331-26 du code de la santé publique, le cas échéant, de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune bénéficiaire de la délégation prévue aux articles L. 301-5-1-1 et L. 301-5-1-2 du présent code ou des opérateurs mandatés pour constater l'état des lieux.() ". Selon l'article R. 441-14-1 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La commission, saisie sur le fondement du II () de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement (), en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret./ La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
3. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 et de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du CCH et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur. Ainsi, la situation de handicap invoquée par un demandeur est de nature à justifier le caractère prioritaire et urgent de sa demande, non seulement, en application de l'article R. 441-14-1 du CCH, si son logement est manifestement sur-occupé ou ne présente pas le caractère d'un logement décent, mais aussi, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du même code, s'il n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai fixé en application de son article L. 441-1-4, et que cette situation de handicap rend son logement inadapté à ses besoins. Par ailleurs, la commission de médiation peut, alors même que l'intéressé remplirait les critères d'éligibilité énoncés par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, refuser de reconnaître sa demande comme prioritaire et urgente en tenant compte des circonstances de l'espèce qui sont de nature à mettre en doute ce caractère prioritaire et urgent. Notamment, la commission peut tenir compte, dans son appréciation, du fait que l'intéressé a, récemment et sans motif légitime, refusé une précédente offre de logement qui lui était faite.
4. Il est constant que Mme A s'est prévalue dans son recours amiable, d'une part, du fait qu'elle vivait à Toulon avec sa fille mineure et sa mère dans un logement de 38 m² situé au premier étage d'un immeuble collectif, humide et inadapté au handicap de sa mère et qu'elle se sentait en insécurité en raison des menaces de la part de son ex-époux et, d'autre part, de ce qu'elle attendait un logement social depuis un délai supérieur au délai anormalement long fixé à 30 mois dans le département du Var.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé le 22 août 2017 une demande de logement social pour trois personnes qui a été dernièrement renouvelée le 12 août 2020 et qui n'a pas aboutie et, par ailleurs, la mère de Mme A, âgée de 68 ans, a le statut de personne handicapée avec un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 % et elle présente un handicap moteur avec perte de la marche, comme cela est attesté par les certificats médicaux établis le 25 juin 2020 et le 17 août 2021. Il est vrai, comme le fait valoir le préfet du Var, que Mme A a refusé à deux reprises en 2019 et 2020 des propositions de relogement dans des appartements de type T4 et T3 dans le parc social public à La-Seyne-sur-Mer et à Toulon, la première au motif qu'elle ne souhaitait pas être relogée dans cette commune, la seconde au motif que le logement comprenait des marches d'escalier et n'était pas adapté au handicap de sa mère. Toutefois, le premier refus est antérieur au recours amiable de Mme A présenté le 27 février 2020 devant la commission de médiation du droit au logement du Var et le second, postérieur à ce même recours, est justifié par un motif légitime tiré de la situation de handicap de l'un des occupants. Il s'ensuit que la commission de médiation a commis une erreur d'appréciation en considérant que la demande de logement social de Mme A ne présentait pas un caractère prioritaire et urgent.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation du Var du 6 août 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que la commission de médiation du Var réexamine la demande de Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de saisir la commission de médiation afin qu'il procède à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
DECIDE
Article 1er : La décision de la commission de médiation du Var du 6 août 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de saisir la commission de médiation du Var afin qu'il soit procédé à une nouvelle instruction de la demande de Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé :
D. C
La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026