vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BAUDINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 octobre 2020 et 26 septembre 2022, la commune de Saint-Raphaël, représentée par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) de joindre la présente instance avec celle enregistrée sous le n° 1801598 ;
2°) d'annuler l'arrêté préfectoral n° 2020-40 en date du 28 février 2020 en ce qu'il fixe le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation au titre de l'année 2020, à la somme de 1 860 077,45 euros ;
3°) à titre principal de prononcer la décharge des sommes dues par la commune de Saint-Raphaël au titre de la majoration, soit la somme de 1 860 077,45 euros et d'ordonner le remboursement des sommes prélevées à ce titre, à titre subsidiaire de modifier le taux de majoration de 200 % en le réduisant ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté préfectoral du 28 février 2020 est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 26 décembre 2017 en constituant le fondement ;
- le maintien du taux de 200 % est illégal ; la durée de majoration aurait pu être réduite en tenant compte de l'évolution récente de la commune avec une accélération de la production de logements sociaux sur la période triennale 2017-2019 ;
- le préfet devait tenir compte de l'impact financier de la crise liée au Covid en déchargeant la commune du paiement de la somme de 1 860 077,45 euros au titre de la majoration prévue par l'article L. 302-9-1 ;
- au regard des dispositions de l'article L.302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, le préfet ne peut pas appliquer une majoration supérieure à 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune ; en appliquant le taux de 200 %, le plafond est dépassé de 20 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Saint-Raphaël ne sont pas fondés et doivent être rejetés par adoption du même raisonnement que dans le jugement du 22 janvier 2021 dans l'affaire n° 1801598.
Une ordonnance du 26 septembre 2022 a fixé la date de la clôture d'instruction au
26 octobre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Faucher,
- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,
- et les observations de Me Baudino représentant la commune de Saint-Raphaël et de
M. A représentant le préfet du Var.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 26 décembre 2017, le préfet du Var a prononcé à l'encontre de la commune de Saint-Raphaël la carence définie par l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation au titre de la période triennale 2014-2016 et a fixé à 200% le taux de majoration du prélèvement initial opéré annuellement en application de l'article L. 302-7 du même code applicable à compter du 1er janvier 2018 pour une durée de 3 ans. Par un arrêté du 12 mars 2018, le préfet du Var a fixé à son encontre le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation pour l'année 2018 à la somme de 835 153,46 euros, et l'a affecté à l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte-d'Azur, a fixé la majoration prévue à l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation et résultant de l'application de l'arrêté de carence du 26 décembre 2017, à la somme de 1 889 029,31 euros et l'a affecté au fonds national des aides à la pierre. La commune de Saint-Raphaël a contesté ces deux arrêtés dans le cadre d'un recours contentieux enregistré devant le tribunal administratif de Toulon sous le numéro 1801598, qui a été rejeté par un jugement du 22 janvier 2021, confirmé par la cour administrative d'appel de Marseille le 19 décembre 2022 dans un arrêt n° 21MA01125 devenu définitif.
2. Par un arrêté du 28 février 2020, le préfet du Var a fixé à l'encontre de la commune de Saint-Raphaël le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation pour l'année 2020 à la somme de 961 842,52 euros, et l'a affecté à l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte-d'Azur, a fixé la majoration prévue à l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, et résultant de l'application de l'arrêté de carence du
26 décembre 2017, à la somme de 1 860 077,45 euros et l'a affecté au fonds national des aides à la pierre. La commune de Saint-Raphaël a formé un recours gracieux contre cet arrêté le
5 mai 2020. Ce recours a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la commune de Saint-Raphaël demande l'annulation de l'arrêté du 28 février 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cet arrêté.
Sur la demande de jonction :
3. La demande de jonction avec l'affaire enregistrée sous le numéro 1801598 est devenue sans objet dès lors que le tribunal administratif a statué sur cette affaire dans un jugement rendu le 22 janvier 2021.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2020 :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable issue de la loi du 27 janvier 2017 : "Lorsque, dans les communes soumises aux obligations définies aux I et II de l'article L. 302-5, au terme de la période triennale échue, le nombre de logements locatifs sociaux à réaliser en application du I de l'article L. 302-8 n'a pas été atteint ou lorsque la typologie de financement définie au III du même article L. 302-8 n'a pas été respectée, le représentant de l'Etat dans le département informe le maire de la commune de son intention d'engager la procédure de constat de carence. Il lui précise les faits qui motivent l'engagement de la procédure et l'invite à présenter ses observations dans un délai au plus de deux mois. / En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée aux II et III de l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. () Par le même arrêté et en fonction des mêmes critères, il fixe, pour une durée maximale de trois ans à compter du 1er janvier de l'année suivant sa signature, la majoration du prélèvement défini à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut être supérieur à cinq fois le prélèvement mentionné à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune figurant dans le compte administratif établi au titre du pénultième exercice. Ce plafond est porté à 7,5 % pour les communes dont le potentiel fiscal par habitant est supérieur ou égal à 150 % du potentiel fiscal médian par habitant sur l'ensemble des communes soumises au prélèvement défini à l'article L. 302-7 au 1er janvier de l'année précédente. () ".
5. D'autre part, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
6. En l'espèce, les requêtes en première instance comme en appel de la commune de Saint-Raphaël dirigées contre l'arrêté préfectoral du 26 décembre 2017 ont été rejetées par un jugement du tribunal administratif de Toulon n° 1801598 du 22 janvier 2021, confirmé en appel par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n° 21MA01125 du 19 décembre 2022. Cet arrêt est devenu définitif.
7. Par suite et compte tenu que l'arrêté préfectoral du 26 décembre 2017 et l'arrêté du
28 février 2020 ne forment pas une opération complexe, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 26 décembre 2017 ayant constaté la carence de la commune de Saint-Raphaël, sera écarté en toutes ses branches au regard de l'autorité de la chose jugée, qui est opposée en défense.
8. En deuxième lieu, la commune de Saint-Raphaël conteste le maintien d'un taux de 200% par l'arrêté du 28 février 2020, en soutenant qu'un tel taux aurait dû être modulé à la baisse eu égard à l'évolution récente de la situation du logement sur la commune de Saint Raphaël et en tenant compte de l'impact financier de la crise liée au Covid. S'il ressort des écritures de la commune de Saint-Raphaël qu'elle entend ainsi contester l'illégalité du maintien du taux de majoration de 200%, les moyens qu'elle développe sont en réalité exclusivement dirigés contre l'illégalité de l'application de la majoration de 200% décidée par l'arrêté du 26 décembre 2017. Or, conformément à ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, cet arrêté ne peut plus faire l'objet de contestation dès lors qu'il est devenu définitif. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité du maintien d'un taux de 200% par l'arrêté du 28 février 2020 doit également être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, la commune de Saint-Raphaël soutient que le préfet ne peut pas appliquer une majoration supérieure à 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune et qu'en appliquant le taux de 200 %, le plafond est dépassé de 20 000 euros.
10. Cependant, il résulte de l'instruction qu'une fiche de calcul du prélèvement 2020 était jointe à la décision attaquée, dont il ressort que le montant brut du prélèvement et de la majoration est de 2 898 773,34 euros, que le montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune pris en compte (5%) est de 2 826 335,23 euros, ce qui porte le montant brut du prélèvement et de la majoration après plafond à la somme de 2 826 335,23 euros. Sur la base de ces éléments, le montant net de la majoration est arrêté à la somme de 1 860 077,45 euros et celui du prélèvement à la somme de 961 842,52 euros. Or, la commune de Saint-Raphaël ne démontre pas que le montant de la majoration ne respecte pas ainsi le plafond de 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de décharge :
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la commune de Saint-Raphaël à fin de décharge des sommes dues au titre de la majoration, soit la somme de 1 860 077,45 euros, doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Saint-Raphaël la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Saint-Raphaël est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Raphaël et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
Copie pour information au préfet du Var
La rapporteure,
Signé
S. Faucher
Le président,
Signé
J-F. SautonLa greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Ou par délégation le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026