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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002773

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002773

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDEBROSSE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) La Chrysalide, représenté par Me Cerveau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur départemental des finances publiques du Var du 25 septembre 2020 lui refusant le bénéfice de l'aide à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre du mois d'août 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui accorder l'aide demandée ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle ne disposait pas d'une dette fiscale ou sociale au 31 décembre 2019 dès lors que l'impôt qui lui était réclamé n'était pas exigible par l'effet d'une instance contentieuse introduite devant ce tribunal sous le n° 1802704 assortie du sursis de paiement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL La Chrysalide ne sont pas fondés.

Un courrier du 10 février 2023 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Une ordonnance du 10 mars 2023 a prononcé la clôture de l'instruction à la date de son émission, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) La Chrysalide exploite un " club de divertissement " à la Seyne-sur-Mer. Elle a demandé à bénéficier du dispositif d'aide exceptionnelle versé par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre du mois d'août 2020. Par une décision du 25 septembre 2020, le directeur départemental des finances publiques du Var a rejeté sa demande au motif que cette entreprise avait une dette fiscale ou sociale au 31 décembre 2019 non couverte par un plan de règlement, contrairement aux déclarations faites. Par la présente requête, la SARL La Chrysalide demande l'annulation de la décision du 25 septembre 2020 du directeur départemental des finances publiques du Var et le versement de l'aide correspondant à sa demande

2. Aux termes, d'une part, de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 susvisée, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2020-705 du 10 juin 2020 : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2020, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus trois mois. " Et aux termes de l'article 3 de cette ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. () ".

3. Aux termes, d'autre part, de l'article 1er du décret n° 2020-371 modifié du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, ci-après désignées par le mot : entreprises () ". Aux termes de l'article 3-8 de ce décret " Les aides financières attribuées aux entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret et prévues à l'article 3-9 prennent la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires, subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juillet 2020 et le 30 septembre 2020, par les entreprises qui remplissent les conditions suivantes : () ". Et aux termes de l'article 3-9 de ce décret : " Les entreprises mentionnées à l'article 3-8 du présent décret ayant subi une perte de chiffre d'affaires supérieure ou égale à 1 500 euros perçoivent une subvention d'un montant forfaitaire de 1 500 euros. () La demande est accompagnée des justificatifs suivants : / - une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles bénéficiant d'un plan de règlement ; () ".

4. L'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 a institué un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation. En application de l'article 3 de cette ordonnance, le décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation a fixé le champ d'application du dispositif et les conditions d'éligibilité aux aides allouées par ce fonds.

5. En application des dispositions des articles 2 et suivant du décret du 30 mars 2020 modifié, les entreprises peuvent être éligibles mensuellement à l'octroi de diverses aides du fonds de solidarité à compter du 1er mars 2020, si elles remplissent, notamment, la condition d'avoir fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ou d'avoir subi une perte de chiffre d'affaires par rapport à une période de référence. L'allocation de cette aide est également conditionnée à l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019 de l'entreprise, à la seule exception des dettes qui bénéficient d'un plan de règlement, absence dont le demandeur doit attester sur l'honneur.

6. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, suite à un contrôle fiscal réalisé au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013, l'administration fiscale a mis à la charge de la société requérante des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des contributions supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour un montant global, en droits et majorations, de 101 992 euros. Il ressort également des pièces du dossier et des écritures de la requérante que celle-ci n'a pas acquitté spontanément les suppléments d'imposition ainsi mis à sa charge avant le 1er janvier 2020 et qu'elle a engagé une instance contentieuse tendant à leur décharge tout en sollicitant le bénéfice du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 précité du livre des procédures fiscales. L'existence d'une dette fiscale non apurée de la requérante au 1er janvier 2020 résulte par suite, et de la mise en recouvrement, non contestée, de ces suppléments d'imposition et de l'absence du règlement effectif de ces créances fiscales auprès du comptable public. La circonstance que la SARL La Chrysalide a demandé et obtenu le sursis de paiement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales est à cet égard sans incidence dès lors que ce sursis ne fait pas disparaître les créances fiscales mises en recouvrement mais suspend seulement leur exigibilité pour une période qui s'étend au plus tard jusqu'à la première décision d'un tribunal compétent sur la réclamation contentieuse. Enfin, il n'est ni soutenu ni établi que ces créances fiscales auraient fait l'objet d'un plan de règlement à la date de la décision attaquée. Il résulte de ce qui précède que l'administration des finances publiques pouvait à bon droit opposer à la société requérante l'existence de cette dette fiscale non apurée et la méconnaissance de ses obligations déclaratives telles qu'elles étaient fixées à l'article 3-9 précité du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié. Cette société n'est, dès lors, pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur départemental des finances publiques du Var du 25 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions en annulation de la requête de SARL La Chrysalide n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur départemental des finances publiques du Var de lui accorder l'aide demandée ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SARL La Chrysalide doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL La Chrysalide est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Chrysalide et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A.CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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