lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAUDUIT LOPASSO GOIRAND ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 octobre 2020 et 15 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Rota, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2020, par laquelle la commune de Signes a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable du 25 juin 2020, réceptionnée le
1er juillet 2020, tendant à la réparation de son préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence, ainsi que la réparation de ses préjudices matériels ;
2°) de condamner la commune de Signes à lui verser : la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ; la prime de fin d'année d'un montant de 1 373 euros pour les années 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, soit 9 611 euros ; le bon d'achat de Noël d'un montant de 80 euros pour les années 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, soit 560 euros ; la prime associée à la médaille du travail, soit 300 euros ; l'indemnité spéciale mensuelle de fonction, au taux de 18%, à compter du 3 avril 2013 ; les congés-payés à compter du 15 octobre 2015 ; la perte de salaire associée au grade de brigadier-chef principal et la somme de 1 euro au titre de la réévaluation de son imposition sur le revenu pour l'année 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Signes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de la commune de Signes doit être engagée en raison des actes administratifs illégaux pris à son encontre, notamment l'arrêté n°P1510168 du 12 octobre 2015 le plaçant d'office, à compter du 15 octobre 2015, en congé de maladie ordinaire, l'arrêté n°P1609063 en date du 27 septembre 2016 le plaçant à compter du 15 octobre 2016, en disponibilité d'office pour raison de santé, l'arrêté n°P1704087 en date du 5 avril 2017, renouvelant sa disponibilité d'office, à compter du 15 avril 2017 et l'arrêté n°P1710184 du
13 octobre 2017, prolongeant le placement en disponibilité d'office pour raisons médicales à compter du 15 octobre 2017 ;
- la responsabilité pour faute de la commune de Signes doit être engagée en raison du harcèlement moral subi ;
- la responsabilité pour faute de la commune de Signes doit être engagée en raison de la discrimination du fait de son handicap.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 août 2022 et 27 septembre 2022, la commune de Signes, représentée par Me Lopasso, conclut à la prescription pour les éléments antérieurs à 2015, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les faits antérieurs à 2015 n'ayant pas fait l'objet d'un recours sont prescrits ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
7 octobre 2022 en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Faucher,
- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,
- les observations de Me Rota représentant M. B et celles de Me Lopasso représentant la commune de Signes.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, policier municipal au sein de la commune de Signes depuis le
1er janvier 2002, a été victime le 9 juin 2007 d'un accident de la circulation entraînant une perte de mobilité de son bras gauche. Il a été placé en congé de longue maladie du 10 juin 2007 au
9 décembre 2008, date à laquelle il a repris ses fonctions à mi-temps thérapeutique.
M. B a été déclaré apte à reprendre son poste à temps complet avec aménagement de ce dernier, à la suite d'une visite médicale du 2 décembre 2009, les interventions sur personnes et animaux n'étant notamment pas autorisées. Par un arrêté en date du 12 octobre 2015, le maire de la commune de Signes a décidé de le placer d'office en congé de maladie à titre conservatoire à compter du 15 octobre 2015, dans l'attente de son reclassement pour inaptitude physique. A l'issue de ce congé, le requérant a fait l'objet de plusieurs arrêtés en date des 27 septembre 2016, 5 avril 2017, 13 octobre 2017, 11 avril 2018, 22 octobre 2018 et du 10 janvier 2019 par lesquels le maire de la commune de Signes l'a placé et maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 15 octobre 2016. Par un courrier du 25 juin 2020, réceptionné le 1er juillet 2020, il a adressé à la commune une demande indemnitaire préalable au titre du préjudice moral dont il estime avoir été victime, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête,
M. B doit être regardé comme demandant de condamner la commune à lui verser : la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence, la prime de fin d'année pour les années 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, le bon d'achat de Noël de 2015 à 2021, la prime associée à la médaille du travail, l'indemnité spéciale mensuelle de fonction, au taux de 18%, à compter du 3 avril 2013, les congés-payés à compter du 15 octobre 2015, la perte de salaire associée au grade de brigadier-chef principal et la somme de 1 euro au titre de la réévaluation de son imposition sur le revenu pour l'année 2019.
Sur la faute de la commune de Signes :
En ce qui concerne la discrimination du fait de son handicap :
2. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires: " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de son état de santé, () une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable ". Enfin, aux termes de l'article 4 de cette même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination () ".
3. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure ou une pratique a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. En l'espèce, s'il est constant qu'à la suite de son accident du 9 juin 2007,
M. B a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 15 octobre 2016, cette seule circonstance ne suffit pas à faire présumer qu'il aurait été victime d'une discrimination à raison de son handicap.
5. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune de Signes à l'indemniser au titre d'un préjudice moral qui aurait résulté d'une pratique discriminatoire.
En ce qui concerne le harcèlement moral :
6. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".
7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. En l'espèce, pour faire présumer du harcèlement moral dont il soutient avoir été victime, M. B fait état des éléments suivants : une proposition de reclassement aux archives ou au standard, un changement de local, un refus de promotion en 2009, un refus d'inscription à une formation continue obligatoire en 2012, le non-renouvellement de ses uniformes, une absence d'aménagement de son poste de travail à son handicap, la privation de téléphone portable professionnel, l'interdiction de sortie sur la voie publique, la baisse de sa notation au titre de l'année 2010, une demande de retrait de l'agrément de policier municipal auprès du préfet du Var, un courrier de 2013 menaçant, une diminution puis la suppression de l'indemnité spéciale mensuelle de fonction, la menace d'engager une procédure disciplinaire par courrier du 19 avril 2012, la suppression de la délégation état civil par arrêté du 2 juillet 2015, sa demande de médaille du travail non traitée par la commune, un refus de récupération le 8 octobre 2015, sans motif, une exclusion en cours de réunion, une absence d'entretien de notation, une absence d'invitation au repas du personnel du 2 décembre 2015 et donc la privation du bon d'achat de 80 euros, de même que pour les années 2016, 2017, 2018 et 2019, alors que les agents en congé de longue maladie l'ont été et enfin l'absence de prime de fin d'année, ainsi que sept arrêtés illégaux portant placement d'office en congé de maladie ordinaire à titre conservatoire, puis mise en disponibilité d'office pour raisons de santé. Ces éléments de fait suffisamment circonstanciés, pris dans leur ensemble, sont susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.
9. Il incombe, dès lors, à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.
10. En l'espèce, il est constant qu'à compter du 15 octobre 2015, M. B a été placé d'office en congé de maladie, puis à compter du 15 octobre 2016, en disponibilité d'office pour raison de santé. En défense, en ce qui concerne les arrêtés portant mise en congés pour maladie et les placements en disponibilité d'office, la commune fait valoir qu'elle n'a pas contesté les jugements du tribunal administratif de Toulon et qu'elle a retiré les arrêtés des
11 avril 2018 et 22 octobre 2018 par un arrêté du 27 septembre 2019. Cependant, si la commune fait également valoir que ces décisions sont le résultat d'une appréciation erronée des aptitudes de M. B et que ces arrêtés ont été pris sur le fondement des avis de la médecine de prévention et du comité médical départemental, il ressort cependant du jugement n° 1601107 du 21 février 2019 que " M. B ne pouvait pas être placé d'office en congé maladie dès lors que son état de santé dûment constaté ne faisait pas obstacle à l'exercice des fonctions administratives qui lui avaient été confiées ". En outre, le jugement du 21 février 2019 rendu sous les numéros 1603564, 1701889, 1704577 souligne que " la commune de Signes n'invoque aucune impossibilité de reclassement sur les fonctions qu'elle avait déjà définies pour lui en juin 2013 et que le reclassement dans l'immédiat de M. B n'était pas impossible ".
11. En ce qui concerne son refus de promotion, la commune fait valoir en défense que l'avancement de grade n'est pas un droit mais qu'il résulte d'une appréciation par l'autorité investie du pouvoir de nomination et qu'en 2014, il avait obtenu la note de 12,5/20, dont il n'est pas démontré qu'elle était suffisante pour bénéficier d'un avancement de grade. Sur l'attribution de la prime associée à la médaille du travail, la commune fait valoir que le requérant ne justifie d'aucun élément attestant qu'il remplissait les conditions pour sa remise. Quant à ses missions, la commune fait valoir qu'à la suite de l'avis du médecin de prévention en date du 7 mai 2013, elle lui a proposé un reclassement comprenant le secrétariat des services techniques et de la police municipale, la gestion du cimetière communal au travers d'une application numérisée, la gestion opérationnelle des gîtes communaux et de la location de la salle des fêtes, ainsi que celle des opérations de débroussaillement numérisées en relation avec les services du département et de l'Office national des forêts, ce qui est corroboré par l'organigramme joint. C'est dans ce contexte que la commune a proposé à M. B un changement de bureau, pour qu'il puisse exercer ses missions dans le cadre de l'adaptation du poste de M. B suite au dépôt d'un dossier d'aide auprès du fonds d'insertion des personnes handicapées de la fonction publique. L'administration produit ainsi, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.
12. Quant à l'absence d'invitation au repas de fin d'année, si la commune fait valoir que cela n'avait pas pour objet de dégrader ses conditions de travail, le requérant étant en congé maladie puis en disponibilité d'office, cela a néanmoins eu pour effet de l'exclure alors qu'il soutient sans être contesté que d'autres agents en congé de longue maladie ont été invités. En outre, la commune n'apporte pas d'éléments sur les autres faits de harcèlement moral invoqués par le requérant relatifs à son refus d'inscription à une formation continue obligatoire en 2012, au non-renouvellement des uniformes, à la privation de téléphone portable professionnel, à l'interdiction de sortie sur la voie publique, à la baisse de sa notation au titre de l'année 2010, à la demande de retrait de l'agrément de policier municipal auprès du préfet du Var, au courrier menaçant de 2013, à la menace d'engager une procédure disciplinaire par courrier du 19 avril 2012, à la suppression de la délégation d'état civil par arrêté du 2 juillet 2015, au refus de récupération du 8 octobre 2015, à l'exclusion en cours de réunion et à l'absence d'entretien de notation.
13. Il résulte de ce qui précède que ces faits non justifiés doivent être regardés comme caractérisant des agissements constitutifs de harcèlement moral, au même titre que l'absence d'invitation aux repas de fin d'année de 2015 à 2019 de même que sa mise en congés pour maladie ainsi que les placements successifs en disponibilité d'office.
14. Dans ces conditions, le requérant est fondé à demander la condamnation de la commune à l'indemniser à ce titre.
En ce qui concerne l'illégalité des arrêtés pris à son encontre :
15. La commune ne conteste pas sa responsabilité au regard de l'illégalité des arrêtés successifs plaçant M. B en disponibilité d'office.
16. Dans ces conditions, le requérant est également fondé à demander la condamnation de la commune à l'indemniser à ce titre.
Sur la réparation des préjudices :
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune :
17. Aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites au profit de l'État, des départements et des communes, sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". L'article 2 de la même loi précise que : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; (). Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. () ". Enfin, aux termes de son article 3 : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
18. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi.
19. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B a introduit, le 25 juin 2020, une réclamation préalable tendant à la condamnation de la commune à lui verser la somme de 20 000 euros au titre du préjudice moral et matériel subi du fait des agissements constitutifs de harcèlement moral. Dans ces conditions, l'introduction de la réclamation préalable indemnitaire a interrompu la prescription des créances dont le délai de prescription n'était pas expiré. Par suite, les créances correspondant aux préjudices que M. B allègue avoir subi avant la période du 1er janvier 2016 sont prescrites et ne peuvent, en tout état de cause, plus être réclamées à la commune.
En ce qui concerne les préjudices :
20. En premier lieu, M. B invoque la réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence en se prévalant de la dégradation de ses conditions de travail, d'une perte de confiance en lui, d'un " syndrome dépressif réactionnel ", des procédures contentieuses successives et ajoute que la précarité financière résultant de sa situation administrative a eu des répercussions sur sa vie quotidienne l'empêchant d'aller voir des matchs de rugby et de partir en vacances en " mobile-home " avec ses amis. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard au harcèlement moral dont il a été victime et au délai anormalement long de son maintien illégal en position de congé puis de disponibilité d'office, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par
M. B en lui attribuant la somme de 10 000 euros.
21. En second lieu, au titre de la réparation de son préjudice matériel, M. B sollicite le versement de la prime de fin d'année pour les années 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, des bons d'achat de Noël de 2015 à 2021, de l'indemnité spéciale mensuelle de fonction, au taux de 18%, à compter du 3 avril 2013, de la prime associée à la médaille du travail, des congés-payés à compter du 15 octobre 2015, de la perte de salaire associée au grade de brigadier-chef principal et de la somme de 1 euro au titre de la réévaluation de son imposition sur le revenu pour l'année 2019.
22. S'agissant de la prime associée à la médaille du travail, il n'est pas démontré que M. B remplissait les conditions pour en bénéficier.
23. Il n'est pas non plus établi qu'il pouvait accéder au grade de brigadier-chef principal. En effet, contrairement à ce qu'il soutient, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait perdu une chance sérieuse d'obtenir une promotion ni que ses trois collèges promus à ce grade étaient moins méritants que lui.
24. Quant à la réévaluation de son imposition sur le revenu pour l'année 2019, la direction générale des finances publiques lui a répondu dans un courrier du 22 janvier 2020 que le rappel de traitement intervenu en 2019 a été considéré comme un revenu différé et a fait l'objet d'un système de quotient permettant d'éviter que la progressivité du barème de l'impôt n'aboutisse à soumettre à une imposition excessive ces revenus.
25. Si M. B demande également une indemnité correspondant aux congés payés à compter du 15 octobre 2015, aucun texte législatif ou règlementaire ne prévoit l'attribution automatique d'une rémunération spécifique pour les congés payés non pris des fonctionnaires titulaires.
26. Quant à la prime de fin d'année, les bons d'achat de Noël et l'indemnité spéciale mensuelle de fonction, au taux de 18%, M. B ne démontre pas que sa situation lui ouvrait droit à ces primes et indemnités.
27. Le préjudice matériel invoqué ne peut ainsi, en l'état de l'instruction, faire l'objet d'une indemnisation.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande la commune de Signes au titre de ses frais d'instance.
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Signes la somme de 2 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Signes est condamnée à verser à M. B la somme de
10 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.
Article 2 : La commune de Signes versera à M. B une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Signes.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
S. Faucher
Le président,
Signé
J-F. Sauton
La greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Ou par délégation le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026