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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002843

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002843

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUMAZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 octobre 2020 et 22 avril 2021, la SCI JPJ, représentée par Me Boumaza, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2020 par laquelle le maire de la commune de La Seyne-sur-Mer a délivré à Mme B C une décision de non-opposition à déclaration préalable pour des travaux de modification de la clôture, et la modification de deux ouvertures d'une construction située sur un terrain situé au 152 chemin Revest Baptistin et cadastré section 126 AR n° 1212 sur le territoire de la commune de La Seyne-sur-Mer ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Seyne-sur-Mer la somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les délais de recours ne sont pas opposables par application des dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ; le panneau d'affichage ne comportait pas l'ensemble des pièces exigées par les dispositions de l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme ; le panneau ne comportait pas la date d'affichage en mairie de l'arrêté de non-opposition, la superficie du terrain et du bien objet des travaux envisagés ainsi que la hauteur des constructions envisagées ; son recours ne peut donc pas être considéré comme tardif ;

- elle dispose d'un intérêt à agir à l'encontre de la décision attaquée ; elle est propriétaire de 4 lots au sein de la copropriété ; elle possède en outre un appartement dans l'immeuble occupé par Mme C et situé juste au-dessus de l'appartement où auront lieu les travaux litigieux ;

- la décision attaquée est illégale en raison de l'incompétence de l'auteur de l'acte car l'arrêté de délégation de signature et de fonction du 24 janvier 2019 visé dans l'arrêté attaqué n'indique pas les personnes à qui ces compétences ont été déléguées ; il appartiendra en outre à la commune de démontrer, à supposer que cet acte de délégation soit relatif à M. D, que ledit acte était bien valide et opposable à la date de l'arrêté litigieux ; la délégation doit définir de manière précise les fonctions déléguées ;

- le dossier de demande de déclaration préalable est lacunaire, eu égard aux exigences posées par l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ; le projet ne comprend pas de plan de masse matérialisant l'implantation de la clôture ni le plan de coupe du terrain indiquant la zone clôturée ; les modifications opérées sont susceptibles d'impacter l'aspect extérieur des façades du bâtiment dans son ensemble ; en outre, les travaux litigieux n'ont pas fait l'objet d'une approbation par le syndic, alors que le règlement de copropriété l'impose ;

- en outre, l'arrêté de non-opposition indique la création d'une surface de plancher supplémentaire de 7,30 mètres carrés, portant la surface de plancher totale à 38,95 mètres carrés.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2020, la commune de La Seyne-sur-Mer, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; la société requérante a eu connaissance acquise de la décision car le dossier complet lui a été remis en date du 20 août 2020 ; cette connaissance acquise a eu pour effet de déclencher le délai de deux mois de recours contentieux ; il appartiendra à la SCI JPJ, afin de démontrer que son recours n'est pas tardif, de justifier de la date effective à laquelle elle a eu connaissance de l'existence de la déclaration préalable ;

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir de la société requérante ; le projet ne consiste qu'à la fermeture via la pose de vitrages et volets roulants d'une véranda déjà existante ; en outre, la perte de valeur vénale du bien de la SCI JPJ n'est pas avérée ;

- les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2021, Mme B C, représentée par Me Potenza, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI JPJ une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; la société requérante ainsi que Mme A ont eu connaissance des travaux dès 2019 ;

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir de la société requérante ; la société requérante ne justifie ni de l'existence ni de la réalité de son intérêt à agir ;

- les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 1er août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2022 à 12 heures.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Cros rapporteur public ;

- et les observations de Me Garnerone, représentant la SCI JPJ.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

1. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 2131-1 du même code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. Cette transmission peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. Pour les communes de plus de 50 000 habitants, cette transmission est réalisée selon ces modalités dans un délai de cinq ans à compter de la promulgation de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République. Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ".

2. En l'espèce, la commune de La Seyne-sur-Mer produit l'arrêté municipal n°19/0079 du 24 janvier 2019 portant délégation de fonction et de signature à M. Robert Teisseire, conseiller municipal. Cet arrêté indique à son article 2 : " Monsieur Robert Teisseire reçoit délégation pour signer toutes correspondances et tous actes en matière d'urbanisme réglementaire soit : toute décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régies par le code de l'urbanisme, les actes administratifs en matière d'urbanisme et fiscalité de l'urbanisme ".

3. Il ressort en outre des pièces du dossier que cet arrêté du 24 janvier 2019 a été transmis en préfecture le 31 janvier 2019, affiché en mairie à cette même date, la commune produisant à ce titre une attestation d'affichage. En outre, elle produit également la preuve que cet arrêté a été publié au recueil des actes administratifs de la commune de La Seyne-sur-Mer de janvier-février 2019. Par suite, l'arrêté de délégation de fonction et de signature était d'une part suffisamment précis et opposable, à la date de la décision attaquée et il a pu conférer à M. Robert Teisseire la compétence pour signer l'autorisation d'urbanisme litigieuse. Il ressort donc des pièces du dossier que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le signataire de l'acte attaqué n'avait pas la compétence pour signer la décision litigieuse. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () ". Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". En outre, selon les dispositions de l'article A 424-8 du même code : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ". En outre, selon les dispositions de l'article A. 424-8 du même code : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

5. La circonstance qu'un dossier de déclaration préalable de travaux ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la déclaration préalable de travaux à laquelle l'autorité administrative ne s'est pas opposée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Premièrement, la société requérante soutient que le dossier ne contient pas de plan de masse matérialisant la clôture ni de plan de coupe matérialisant la zone clôturée. Le projet ne précise pas les dimensions en largeur et hauteur, les matériaux utilisés ainsi que l'intégration de ces modifications à la façade du bâti existant, ainsi que sa cohérence par rapport à l'esthétique générale des lieux. Toutefois, d'une part cette première branche du moyen est inopérante car la société requérante ne précise pas les dispositions d'urbanisme applicables au projet avec lesquelles le service instructeur n'aurait pas été en mesure d'apprécier la conformité du projet, se bornant à soutenir que la commune ne disposait pas des éléments permettant de statuer sur le dossier de demande de déclaration préalable soumis. En tout état de cause, le projet n'a pour objet que le remplacement de la clôture en mauvais état, les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme n'exigeant un plan de masse côté dans les trois dimensions uniquement lorsque le projet a pour objet de créer ou de modifier une construction existante. Enfin, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de déclaration préalable contient effectivement un plan de masse avec le tracé de la clôture, ainsi qu'un schéma expliquant comment était l'ancienne clôture et comment va être la nouvelle clôture. Par ailleurs, si les dimensions des ouvertures ne sont effectivement pas précisées dans le dossier de demande de déclaration préalable, d'une part il est possible de les calculer sur le plan à l'échelle 1/100 qui est contenu dans le dossier de demande de déclaration préalable et d'autre part la société requérante n'indique à nouveau pas quelles dispositions auraient été méconnues. En outre, les matériaux utilisés pour les ouvertures sont précisés, les ventaux seront en alu et la fenêtre en PVC. Le document CERFA indique que les ventaux de la véranda seront identiques à ceux des autres copropriétés de la résidence. Enfin, le même document CERFA indique que le nouveau grillage sera fait de panneaux rigides verts d'une hauteur de 1,80 mètre.

7. Deuxièmement, la société requérante soutient que les travaux n'ont pas fait l'objet d'une approbation par le syndic de copropriété. Toutefois, la déclaration préalable étant délivrée sous réserve du droit des tiers, cet élément, à le supposer avéré, ne saurait avoir une quelconque incidence sur la légalité de la décision litigieuse.

8. Troisièmement, si la société requérante reproche à la pétitionnaire de ne pas avoir justifié de l'impossibilité de produire une photographie représentant la façade du bâtiment dans son environnement lointain, elle ne précise pas quelles dispositions du code de l'urbanisme relatives à la composition du dossier de déclaration préalable exigeaient de fournir une telle photographie, les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme invoquées par la société requérante ne le prévoyant pas. Cette branche du moyen tirée de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable est donc dépourvue de précisions suffisantes en droit pour permettre d'en apprécier le bien-fondé, et sera ainsi écartée.

9. Quatrièmement et dernièrement, la société requérante soutient que la création d'une surface de plancher de 7,30 mètres carrés qui apparaît dans l'arrêté ne ressort pas du dossier de demande. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la surface de plancher de 7,30 mètres carrés est relative à la surface de la véranda, qui sera fermée par les trois ventaux qui vont être posés. En tout état de cause, la société requérante n'indique pas à nouveau quelles dispositions du code de l'urbanisme auraient été méconnues.

10. Il ressort donc des pièces du dossier que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait illégale en ce que le dossier de demande de déclaration préalable serait incomplet, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme et de l'incomplétude du dossier de demande de déclaration préalable.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête, et ce sans même qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de La Seyne-sur-Mer et la pétitionnaire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ces frais.

DECIDE

Article 1er : La requête de la SCI JPJ est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SCI JPJ, à la commune de La Seyne-sur-Mer et à Mme B C.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Faucher, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 4 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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