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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002847

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002847

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantDEBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2020, Mme A B, représentée par Me Debard, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation de son préjudice, du fait de l'absence de relogement depuis la décision de la commission de médiation du Var datée du 25 avril 2019 ;

2°) de majorer cette somme des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable indemnitaire et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser directement à Me Debard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle dépose des demandes de logement social depuis janvier 2011 sans succès ; elle a été déclarée prioritaire et devant être relogée d'urgence par une décision du 7 avril 2015 de la commission de médiation DALO du Var pour le motif suivant : logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé ;

- un premier jugement indemnitaire a été rendu le 18 septembre 2018 et lui a alloué la somme de 2 800 euros à titre d'indemnité ; elle a fait une nouvelle demande indemnitaire préalable, qui a été reçue par le préfet du Var le 10 août 2020 ;

- l'Etat, qui est soumis à une obligation de résultat en matière de droit au logement opposable ainsi qu'à l'obligation d'exécuter les décisions de justice, a commis une double faute de nature à engager sa responsabilité, d'une part, en ne procédant pas à son relogement depuis la décision de la commission de médiation du 7 avril 2015 et, d'autre part, en n'exécutant pas le jugement du Tribunal administratif de Toulon du 21 décembre 2015 enjoignant au préfet du Var d'assurer son relogement avant le 1er février 2016 ;

- elle ne s'est vue proposer aucun relogement dans le parc social, ni une offre adaptée à ses besoins et à ses capacités ;

- elle subit un préjudice moral et matériel du fait de ses conditions de vie quotidienne, relatées dans sa demande préalable indemnitaire ; son préjudice est actuel, certain et quantifiable et doit être réparé.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le préjudice de la requérante a fait l'objet d'une réparation à hauteur de 2 800 euros pour la période du 6 juillet 2015 au 6 novembre 2018 ; le Tribunal administratif a saisi la requérante d'une demande de maintien de sa requête et en l'absence de réponse de sa part, le juge a ordonné la liquidation définitive de l'astreinte par ordonnance du 25 janvier 2019 ;

- l'intéressée a été relogée dans le parc privé en date du 15 janvier 2017 dans un logement de superficie satisfaisante de 75 mètres carrés, permettant de la reloger avec son mari et ses trois enfants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Toulon a, par une décision du 16 mars 2020, accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.

La présidente du Tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 et à l'article R. 778-3 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé, sur sa proposition, le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

1. Il est constant que Mme B, de nationalité française, a saisi le 6 février 2015 la commission de médiation DALO du Var d'un recours en vue d'une offre de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'elle a été déclarée, par une décision du 7 avril 2015 de ladite commission, prioritaire et devant être relogée en urgence au motif qu'elle occupait un logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé. En l'absence de proposition de logement dans les six mois qui ont suivi cette décision, Mme B a saisi le Tribunal administratif de Toulon le 30 novembre 2015, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, afin d'obtenir que soit ordonné son relogement. Par un jugement du 21 décembre 2015, le Tribunal administratif de Toulon a enjoint au préfet du Var de pourvoir au relogement de Mme B avant le 1er février 2016, sous astreinte, à compter de cette date, de 400 (quatre cents) euros par mois de retard, astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement institué en application de l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Un premier jugement indemnitaire rendu le 18 septembre 2018 a alloué à la requérante une somme de 2 800 euros à titre d'indemnité. La requérante a alors effectué un recours indemnitaire préalable, reçu par le préfet du Var en date du 10 août 2020, afin de solliciter de l'Etat que soit versée une indemnité de 25 000 euros, avec les intérêts au taux légal ainsi que la capitalisation des intérêts.

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

3. Ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement décent et indépendant dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable et contentieux prévus par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe à l'Etat, au titre de cette obligation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit ait, pour les personnes concernées, un caractère effectif. La carence de l'Etat est susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. Il n'est pas contesté, ainsi que le fait valoir le préfet du Var dans ses écritures, qu'un logement répondant aux besoins et capacités de la requérante lui a été allouée en date du 15 janvier 2017. Ainsi, la période de responsabilité de l'Etat s'étend donc du 7 octobre 2015, date d'expiration du délai de six mois imparti au préfet du Var pour assurer le relogement de Mme B à la suite de la décision de la commission de médiation DALO du Var, jusqu'au 15 janvier 2017, date du relogement de la requérante et de sa famille dans le secteur privé.

En ce qui concerne le préjudice :

6. Si Mme B demande l'indemnisation de son préjudice correspondant aux troubles dans ses conditions d'existence ayant résulté de la carence fautive de l'Etat, pour la période qui s'est écoulée depuis le 7 avril 2015, date de la décision de la commission de médiation DALO du Var jusqu'à ce jour, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, que le préjudice de Mme B a déjà fait l'objet d'une réparation par le jugement indemnitaire n° 1602725 du 18 septembre 2018 pour la période du 7 octobre 2015, six mois après la décision de la commission de médiation DALO du Var jusqu'au 18 septembre 2018, date de ce jugement indemnitaire. En outre, il résulte également de l'instruction, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, que la requérante a été relogée à compter du 15 janvier 2017 dans un logement répondant à ses besoins et capacités sur la commune de Sainte-Maxime, dans le secteur privé. Ainsi, aucun préjudice n'a pu naître après le 15 janvier 2017, date du relogement de Mme B. Il résulte donc de ce qui précède que le préjudice subi par Mme B a été complétement réparé. Ainsi, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de réparation de son préjudice par Mme B et par conséquent à la demande concernant les intérêts et la capitalisation de ces intérêts.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions susvisées font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer quelque somme que ce soit à l'avocat de la requérante au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2022.

Le Magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière,

Signé :

G. RICCILa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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