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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002889

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002889

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDONSIMONI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 octobre 2020 et le 25 mars 2021, la SAS Valescure Distribution, représentée par Me Donsimoni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la ministre du travail du 10 août 2020 refusant d'autoriser le licenciement de Mme B C ensemble la décision du 9 octobre 2019 par laquelle l'inspecteur du travail de Toulon avait refusé d'autoriser ce licenciement ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'autoriser le licenciement de Mme C dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'autorité administrative, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de prendre une nouvelle décision relative à la demande d'autorisation de licenciement de Mme C dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'autorité signataire de la décision de refus d'autorisation du 10 août 2020 ne disposait pas d'une délégation de signature de la ministre du travail ;

- après la découverte d'anomalies dans le fonctionnement des comptes du comité d'entreprise et les refus de Mme C et de M. A, respectivement secrétaire et trésorier du comité d'entreprise, de remettre les relevés de compte des œuvres sociales et culturelles, elle a obtenu connaissance de ces documents le 22 mai 2019 suite à quoi elle a déposé plainte le

24 mai 2019 auprès du commissariat de police de Fréjus, plainte complétée le 28 mai 2019 et qui a donné lieu à un avis à victime du ministère public près le tribunal de grande instance de Draguignan en date du 9 juillet 2019 ;

- une expertise d'un cabinet d'expertise-comptable a établi des anomalies sur le compte bancaire du comité d'entreprise réservé au budget de fonctionnement ainsi que sur celui réservé au budget des activités sociales et culturelles ;

- il est établi que Mme C a détourné et participé au détournement des sommes d'autrui au cours de la période du 1er mars 2018 au 28 février 2019, correspondant au budget alloué par l'entreprise au comité d'entreprise et a reconnu certains faits lors de son entretien préalable et de son audition ;

- Mme C a ainsi contrevenu à ses obligations contractuelles et professionnelles au nombre desquelles l'obligation de loyauté et ces agissements entraînent un trouble intolérable dans l'entreprise, sur son fonctionnement et au sein du personnel ;

- le motif retenu par l'inspecteur du travail et par la ministre du travail tiré de ce que le caractère " intolérable " du trouble sur le fonctionnement de l'entreprise n'est pas démontré n'est pas conforme aux textes et à la jurisprudence ;

- ces comportements fautifs ont mobilisé les personnels de la société pour la conduite des enquêtes qui ont dû être diligentées et ont entraîné un trouble moral et économique ;

- le lien de confiance entre l'employeur et le salarié est irrémédiablement rompu et le maintien de la relation contractuelle s'avère impossible.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SAS Valescure Distribution ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été recrutée par la SAS Valescure Distribution le 29 avril 2002, sous contrat à durée indéterminée à temps plein, en qualité d'employé libre-service au sein de l'hypermarché E. Leclerc de Saint-Raphaël. Elle a été élue membre du comité d'entreprise (CE) de cette société le 25 juin 2015 et son mandat a expiré le 25 juin 2019. Elle a également exercé les fonctions de déléguée du personnel titulaire, du 25 juin 2015 au 25 juin 2019, de déléguée syndicale jusqu'au 25 juin 2019 et de membre du CHSCT désignée le 16 juillet 2018. Le représentant de la société Valescure Distribution a sollicité auprès de l'inspecteur du travail territorialement compétent, par un courrier du 5 août 2019, l'autorisation de licencier pour faute Mme C, pour des faits relatifs à la tenue des comptes du comité d'entreprise (CE) pendant la période au cours de laquelle elle en était la secrétaire. Au terme de l'enquête contradictoire, l'inspectrice du travail de Toulon a refusé cette autorisation de licenciement par une décision du 9 octobre 2019. Le recours hiérarchique formé le 27 novembre 2019 par la

SAS Valescure Distribution contre la décision de l'inspectrice du travail a été implicitement rejeté par la ministre du travail le 17 juillet 2020 puis, explicitement, le 10 août 2020 au motif de l'absence de trouble manifeste au bon fonctionnement de l'entreprise rendant impossible le maintien de cette salariée au sein de celle-ci, eu égard à ses fonctions d'employée commerciale. Par la présente requête, la SAS Valescure Distribution demande l'annulation des décisions des

9 octobre 2019 et 10 août 2020.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un acte ou un comportement du salarié qui, ne méconnaissant pas les obligations découlant pour lui de son contrat de travail, ne constitue pas une faute, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits en cause sont établis et de nature, compte tenu de leur répercussion sur le fonctionnement de l'entreprise, à rendre impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, eu égard à la nature de ses fonctions et à l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé.

3. Un agissement du salarié intervenu en dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat.

4. En premier lieu, si les faits reprochés à Mme C n'ont pas été commis à l'occasion de l'exécution de son contrat de travail, les agissements en cause, quoiqu'internes au comité d'entreprise, intéressent, toutefois, le fonctionnement de l'entreprise et, par suite, autorisaient son employeur à solliciter de l'inspecteur de travail l'autorisation préalable de le licencier. Il ressort des pièces du dossier que la SAS Valescure Distribution a exposé dans ce cadre plusieurs griefs à l'encontre de Mme C. La matérialité des erreurs et irrégularités comptables a été établie par l'enquête contradictoire conduite par l'inspectrice du travail. Il est ainsi avéré que Mme C a refusé de présenter, alors qu'elle était secrétaire du comité d'entreprise, l'ensemble des documents comptables du comité, qu'elle n'a pas exercé ses fonctions de secrétaire avec rigueur s'agissant de la certification des paiements à effectuer et qu'elle a procédé à des mouvements irréguliers sur les comptes bancaires du CE, notamment s'agissant de remboursements de frais de déplacements. De tels agissements, intervenus en dehors de l'exécution du contrat de travail, ne traduisent pas la méconnaissance par

Mme C d'une obligation découlant de ce contrat. De plus, si la société requérante a déposé plainte pour abus de confiance contre ce salarié et deux autres employés auprès des services de police le 24 mai 2019, elle se borne à produire l'avis à victime convoquant cette affaire à l'audience du tribunal de grande instance de Draguignan du 1er avril 2020 sans soumettre au contradictoire la décision rendue par cette juridiction répressive, à cette date ou lors d'une audience ultérieure. Enfin, si la société requérante fait état d'une pétition réunissant les signatures de certains employés dirigée " contre les salariés suspects du vol des comptes du CE " et déclarant ne plus souhaiter travailler avec ceux-ci, un tel document n'est pas à lui seul de nature à établir l'impossibilité du maintien de cette salariée au sein de l'entreprise. La

SAS Valescure Distribution n'est pas fondée, par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, à soutenir que les décisions de l'inspectrice du travail de Toulon et de la ministre chargée du travail lui refusant l'autorisation de licencier Mme C seraient entachées d'erreur de droit.

5. En second lieu, lorsque le ministre chargé du travail rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement formée par l'employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur. Par suite, les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués, au soutien des conclusions dirigées contre cette décision. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision de la ministre du travail du 10 août 2020, qui rejette le recours hiérarchique formé par la société requérante contre la décision de l'inspecteur du travail, aurait été signée par une autorité incompétente est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de la SAS Valescure Distribution, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la SAS Valescure Distribution sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Valescure Distribution est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Valescure Distribution, à Mme B C et au ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Lamarre, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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