jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2020 et le 8 septembre 2021, la SARL Austin et M. A D, représentés par la SELARL LLC et Associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la mise en demeure du 21 août 2020 adressée par le directeur de la direction départementale des territoires et de la mer du Var à M. D en qualité de gérant de la SARL Austin ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-la SARL Austin exerce depuis avril 2013 une activité de restauration, et de location de matelas et parasols sous l'enseigne " La Kima " sur un terrain situé boulevard Mistral-Portissol à Sanary-sur-Mer, au lieu-dit de la plage de la Kima dans le cadre d'un contrat de location d'un terrain conclu avec M. B ;
- des autorisations d'occupation temporaire avaient été consenties précédemment sur une dalle contiguë au terrain qu'elle loue et qui est intégrée au domaine public maritime ;
- le bâtiment loué par M. B à la SARL Austin a été édifié au début des années 1970 alors que l'escalier, une partie de la dalle, les terrasses et la jetée ont été construits en 1946 ;
- le restaurant en cause est exploité commercialement depuis plus de trente ans et les exploitants acquittent les impôts se rattachant à cette propriété et au local à usage commercial qu'elle supporte ;
- depuis son origine et jusqu'au 16 février 2016, la construction en cause et le tènement de terrain qui la supporte étaient considérés comme n'étant pas inclus dans le domaine public maritime ;
- les services de l'État ont modifié leur position par une correspondance du 16 février 2016 informant le propriétaire du terrain et du restaurant " La Kima " que le bâtiment se situerait sur le domaine public maritime ;
- cette position apparaissait contestable dès lors qu'aucune procédure de délimitation du domaine public maritime au droit du terrain supportant le restaurant " La Kima " n'avait été mise en œuvre alors même qu'elle est de droit pour les riverains du domaine public maritime ;
- une procédure contentieuse a été engagée devant le tribunal administratif de Toulon afin d'enjoindre au préfet du Var de mettre en œuvre la procédure de délimitation prévue par le code général de la propriété des personnes publiques et le jugement n° 1602795 du 27 décembre 2018 a engagé l'État à engager cette procédure au droit de la parcelle cadastrée section AW
n° 269 ;
- ce jugement n'a toujours pas été exécuté par les autorités de l'État alors même qu'il est définitif ;
- parallèlement la société Austin a bénéficié de plusieurs autorisations d'occupation temporaire afin d'exploiter la dalle bétonnée du domaine public maritime jouxtant le restaurant " La Kima " et en dernier lieu le 17 juin 2016 pour la période du 1er avril au 31 octobre 2016 ;
- à la suite du changement de position des services de l'État, la SARL Austin a également dû déposer une demande d'autorisation d'occupation temporaire portant non seulement sur la dalle bétonnée mais également sur l'établissement " La Kima " sans pour autant que cette demande puisse présumer une reconnaissance de l'appartenance de ce bâti au domaine public maritime ;
- cette demande relative à la saison balnéaire 2017 a été rejetée et si le restaurant a bien été exploité, la dalle du domaine public maritime n'a fait l'objet d'aucune exploitation au cours de cette période ;
- le préfet du Var a alors mis en demeure la SARL Austin et son gérant, par une décision du 21 novembre 2017, de cesser toute exploitation de ce restaurant situé sur le domaine public maritime dans un délai de trois semaines et de procéder à son démontage dans un délai de trois mois ;
- cette mise en demeure a été contestée devant le tribunal administratif de Toulon qui a rejeté la requête par un jugement du 7 novembre 2019, lequel fait l'objet d'un appel devant la cour administrative d'appel de Marseille ;
- par un courrier du 21 août 2020, le directeur de la direction des territoires et de la mer du Var a adressé une nouvelle mise en demeure au gérant de la société Austin de cesser toute exploitation de ce restaurant situé sur le domaine public maritime dans un délai de quatre semaines et de procéder à son démontage dans un délai de trois mois, faute de quoi la procédure de contravention de grande voirie serait engagée ;
- la présente requête est recevable dès lors que la mise en demeure en litige ne constitue pas un acte préparatoire et qu'une mise en demeure de démolir un bâtiment dans la mesure où il produit par lui-même des effets juridiques porte atteinte aux droits d'un administré ;
- une précédente mise en demeure du 29 décembre 2014 relative à un précédent exploitant avait donné lieu à un premier contentieux qui s'est conclu par un non-lieu à statuer devant la cour administrative d'appel de Marseille du fait de la délivrance ultérieure d'une autorisation d'occupation temporaire ;
- dans le cadre d'une autre instance opposant le propriétaire du restaurant, M. B aux services de l'État, le tribunal administratif de Toulon a estimé, par un jugement définitif du 27 décembre 2018, que le préfet du Var ne pouvait refuser de procéder à la délimitation du domaine public maritime et lui a enjoint d'y procéder dans un délai de trois mois ;
- en l'absence d'exécution spontanée de ce jugement, M. B, propriétaire du terrain concerné, a été amené à saisir de nouveau le juge d'une demande d'exécution, engagée par une correspondance du 8 juin 2021 ;
- l'absence de procédure de délimitation ne fait pas obstacle à ce que le juge administratif apprécie la consistance du domaine public mais au cas particulier le tribunal administratif avait estimé que les éléments invoqués par le préfet pour justifier de la délimitation dudit domaine n'étaient pas suffisants ;
- le jugement rendu le 7 novembre 2019 n'est pas définitif en raison d'un appel pendant devant la cour administrative d'appel de Marseille ;
- la mise en demeure du 21 août 2020 a été signée par une autorité incompétente pour ce faire dès lors que la délégation de signature consentie au directeur départemental des territoires et de la mer du Var par le préfet exclut les actes défavorables faisant grief ;
- en l'absence d'atteinte portée au domaine public maritime, cette décision est assimilable à une sanction, porte atteinte à la liberté d'entreprendre et de commerce en interdisant toute exploitation du restaurant " La Kima " ainsi qu'au droit de la requérante à jouir d'un bien au sens de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ce dont il résulte que cette mise en demeure impliquait une procédure contradictoire préalable qui n'a pas été mise en œuvre et la requérante n'a pas été mise en mesure de faire valoir ses observations en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la mise en demeure en litige enjoignait la fin de toute activité et le démontage d'un établissement appartenant à un tiers, M. B, mesures qui présentaient un caractère irréversible et ne pouvaient être adoptées sans procédure contradictoire préalable ;
- la mise en demeure en litige est insuffisamment motivée et se fonde sur des allégations inexactes en fait sur la circonstance que l'établissement " La Kima " se trouverait sur le domaine public maritime ;
- les allégations relatives à une exploitation de la dalle bétonnée appartenant au domaine public maritime au cours des saisons balnéaires 2017 à 2020 ne sont pas plus établies ;
- il subsiste un doute sérieux sur la situation du bâtiment " La Kima " qui avait justifié l'engagement de la procédure de délimitation prévue au code général de la propriété des personnes publiques et l'autorité préfectorale n'apporte aucun élément déterminant en ce sens ;
- les constats réalisés de 2016 à 2019 ont été réalisés par les services de l'État lors de perturbations météorologiques exceptionnelles, notamment les tempêtes des 11 janvier 2016,
20 et 21 novembre 2016, et ne sont accompagnés que de simples photographies prises à distance, sans aucun relevé de géomètre ni mesures précises ;
- le bâtiment du restaurant et les terrasses adjacentes n'ont jamais été submergés par les plus hautes eaux, même lors de ces évènements ;
- les différents plans versés aux débats par le préfet ne proposent pas la même limite au domaine public maritime et confirme le caractère incertain des limites opposées aux requérants ;
- le délai dont était assorti la mise en demeure n'était pas compatible avec l'obtention d'un permis de démolir, applicable sur le territoire de la commune de Sanary-sur-Mer.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 août 2021 et le 23 septembre 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la mise en demeure en litige ne fait pas grief aux requérants ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par lettre du 22 septembre 2022, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la portée de la décision du Conseil d'État du 14 juin 2022 n° 455050 s'agissant du caractère de décision faisant grief de la mise en demeure du 21 août 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique,
- et les observations de Me Reghin, représentant la SARL Austin et M. D, et de M. C, représentant le préfet du Var.
Considérant ce qui suit :
1. Le directeur départemental des territoires et de la Mer du Var a adressé le 21 août 2020 une correspondance à M. A D, en qualité de gérant de la SARL Austin exploitant le restaurant " La Kima " au lieu-dit Port Issol à Sanary-sur-Mer par laquelle il mettait une seconde fois en demeure cette société de cesser toute exploitation sur le domaine public maritime dans un délai de quatre semaines et de procéder au démontage du bâtiment l'abritant dans un délai de trois mois sous peine que soit engagée à son encontre une procédure de contravention de grande voirie prévue par les dispositions des articles L. 2132-2 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. Par la présente requête, la SARL Austin et M. D demandent l'annulation de cette mise en demeure.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende ". En application de ces dispositions, les autorités chargées de la conservation du domaine public maritime naturel engagent des poursuites conformément à la procédure de contravention de grande voirie prévue par les articles L. 774-1 à L. 774-13 du code de justice administrative. Dans le cadre de cette procédure, le contrevenant peut être condamné par le juge, au titre de l'action publique, à une amende ainsi que, au titre de l'action domaniale, à remettre lui-même les lieux en état en procédant à la destruction des ouvrages construits ou maintenus illégalement sur la dépendance domaniale ou à l'enlèvement des installations. Si le contrevenant n'exécute pas les travaux dans le délai prévu par le jugement ou l'arrêt, l'administration peut y faire procéder d'office si le juge l'a autorisée à le faire. Ces dispositions font ainsi dépendre l'exécution des mesures de remise en l'état du domaine de l'accomplissement régulier d'une procédure juridictionnelle préalable et d'une condamnation à cette fin par le juge.
3. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'occupant du domaine public maritime naturel ne peut être contraint à le remettre en état qu'à la suite d'une condamnation prononcée par le juge administratif au titre de l'action domaniale à l'issue de la procédure de contravention de grande voirie. Une mise en demeure de procéder à cette remise en état adressée par l'administration à l'occupant du domaine public maritime naturel avant l'engagement d'une procédure de contravention de grande voirie, par l'établissement d'un procès-verbal de contravention conformément à l'article L. 774-2 du code de justice administrative, constitue un acte dépourvu d'effets juridiques propres qui ne présente pas le caractère d'une décision susceptible de recours.
4. Il ressort de la lettre du courrier du 21 août 2020 que cette mise en demeure qui annonçait un éventuel recours à la procédure de la contravention de grande voirie ne présente pas le caractère d'une décision susceptible de recours. La circonstance que le directeur départemental des Territoires et de la Mer du Var a annoncé l'engagement d'une procédure de mise en recouvrement des redevances dues pour occupation sans droit ni titre au cours des années 2017 à 2020 à l'occasion de la mise en demeure du 21 août 2020 est sans incidence sur cette qualification dès lors qu'une telle indication est également dépourvue de tout effet juridique propre. La demande présentée par la société Austin et M. D tendant à l'annulation de cette mise en demeure est, par suite, irrecevable et il y a lieu, par suite, de faire droit à la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Var.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Austin et de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Austin, à M. A D et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Silvy, premier conseiller,
M. Lamarre, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
J.-A. SILVY
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026