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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003081

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003081

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2020, M. A D, représenté par Me d'Orso Biancheri, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume a pris, au nom de l'Etat, un arrêté portant interruption immédiate des travaux sur l'unité foncière cadastrée section CC n° 420, située au 1915 chemin des Terriers sur le territoire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté interruptif de travaux litigieux est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme car les travaux sont achevés ; il ressort en effet du procès-verbal de constat d'infraction versé au débat que les travaux relatifs au permis de construire ont été mis en œuvre et sont presque terminés ; seuls les travaux de finition, enduit pour l'essentiel, restent à réaliser ;

- les travaux en litige sont régularisables car la construction existait à la date d'approbation du présent plan local d'urbanisme, le 19 janvier 2016 ; l'emprise au sol des travaux d'extensions et d'annexes n'est donc pas limitée à 5 % mais à 30 % de l'emprise initiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2021, la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, représentée par Me Besson, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les travaux entrepris par M. D sur son terrain n'étaient pas terminés à la date de l'arrêté litigieux ; une annexe indépendante à la construction ainsi que la piscine de 32 mètres carrés étaient en cours de construction, ainsi que l'indique le procès-verbal d'infraction ;

- le fait que les travaux soient régularisables n'a pas d'incidence sur la légalité de l'arrêté interruptif des travaux ; en outre, M. D n'a déposé aucun dossier de régularisation des travaux illégalement réalisés ; enfin, compte tenu de l'ampleur des modifications par rapport au permis de construire délivré le 28 octobre 2019, aucun permis de construire modificatif ne peut être délivré.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le litige a perdu son objet, le requérant ayant obtenu un permis de construire modificatif le 11 mai 2021 pour la modification des façades (ouvertures), la transformation du garage en atelier et la modification de la couleur des façades ainsi qu'un permis de construire le 31 août 2021 pour l'extension de l'habitation existante, la création d'un garage deux roues et la création d'une piscine et de son abri ;

- le maire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume est en situation de compétence liée car certains travaux réalisés sur le terrain n'étaient pas en relation avec l'autorisation d'urbanisme obtenue le 28 octobre 2019 et nécessitaient l'obtention d'une nouvelle autorisation d'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 janvier 2023 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mai 2023 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- et les observations de Me Grange, représentant la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu :

1. Le préfet fait valoir, sans être contesté sur ce point, que M. D a obtenu d'une part, le 11 mai 2021, un permis de construire modificatif pour la modification des façades, la transformation du garage en atelier, ainsi que la modification de la couleur des façades et d'autre part un permis de construire le 31 août 2021 pour l'extension de l'habitation existante par la création d'un garage deux roues, la création d'une piscine et de son abri. Ces décisions délivrées après l'arrêté interruptif de travaux pris par le maire de la commune au nom de l'Etat le 7 septembre 2020, ont eu pour effet implicitement et nécessairement d'abroger cet arrêté interruptif de travaux. Toutefois, il n'est pas contesté que cet arrêté a eu un commencement d'exécution de la date à laquelle il a été pris jusqu'à la date à laquelle les décisions nouvelles ont été délivrées, soit du 7 septembre 2020 au 11 mai 2021. Ainsi, cette abrogation de la décision litigieuse n'est pas équivalente à un retrait, qui consiste à retirer de l'ordonnancement juridictionnel la décision litigieuse. Par suite, le préfet du Var ne peut utilement faire valoir que le présent litige aurait perdu de son objet, voire de sa substance. Ainsi, l'exception de non-lieu soulevée en défense par le préfet du Var doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-2 code de l'urbanisme : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. Pour les infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine, le représentant de l'Etat dans la région ou le ministre chargé de la culture peut, dans les mêmes conditions, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux ou des fouilles () ". Il résulte de ces dispositions que le maire ne peut ordonner, sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, l'interruption de travaux achevés, quelle que soit leur nature.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal d'infraction dressé le 4 août 2020, que l'agent assermenté, Mme C B, a indiqué dans ce rapport : " Les travaux relatifs à ce permis de construire ont été mis en œuvre et sont presque terminés ". Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, les travaux " presque terminés " ne sont pas achevés, même s'ils sont sur le point de l'être. Le préfet du Var fait valoir en outre que, conformément aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " les procès-verbaux dressés par ses agents (les agents des collectivités publiques) font foi jusqu'à preuve du contraire ".

4. En outre, ainsi que le fait valoir la commune sur ce point, il ressort des photographies annexées au procès-verbal d'infraction précité, que les menuiseries restent à poser et que la piscine ne contient que l'enveloppe béton, et qu'elle ne peut ainsi être mise en eau. Ce procès-verbal d'infraction indique également que : " une annexe indépendante est en cours de construction en parallèle de la maison " et " une piscine de 32 m² est en cours de construction ". Ainsi, ce procès-verbal d'infraction montre que les travaux étaient en cours à la date à laquelle il a été édicté, soit le 4 août 2020. Ensuite, il appartenait au requérant d'apporter des éléments, ce qu'il n'a pas fait au demeurant, pour démontrer que des travaux auraient été achevés entre la date d'édiction du procès-verbal d'infraction, le 4 août 2020, et la date à laquelle l'arrêté interruptif de travaux a été pris, le 7 septembre 2020.

5. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les travaux étaient achevés lorsque le maire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume a pris son arrêté interruptif de travaux. Par suite, le moyen soulevé par le requérant et tiré de l'erreur de droit en ce que les travaux sur le terrain étaient achevés doit être écarté comme manquant en fait.

6. En second lieu, si un permis de construire modificatif peut remédier aux irrégularités constatées dans un procès-verbal d'infraction et ainsi conduire à l'abrogation d'un arrêté interruptif de travaux, tant que ce permis n'a pas été délivré, l'arrêté interruptif de travaux litigieux n'est pas entaché d'une erreur de fait.

7. En l'espèce, ainsi que le font valoir la commune et le préfet du Var, le fait que les travaux réalisés sur le terrain par M. D soient régularisables, n'a pas d'incidence sur la légalité de l'arrêté interruptif des travaux, dont la légalité, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir, s'apprécie à la date à laquelle cet arrêté a été édicté. La commune fait valoir sur ce point que la légalité d'un arrêté interruptif des travaux n'est pas conditionnée par le caractère régularisable ou non des constructions litigieuses. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit d'un courrier adressé au requérant par la commune le 29 mai 2020, lui demandant de prendre attache avec le service urbanisme de la commune, du procès-verbal d'infraction dressé le 4 août 2020, et enfin du courrier adressé le 13 août 2020 par la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume au requérant, qui l'invitait à présenter des observations dans le cadre de la procédure contradictoire préalable, M. D n'avait pas, à la date de l'arrêté attaqué, obtenu ni même demandé de permis de construire modificatif ou de permis de construire afin de régulariser les travaux litigieux. Ainsi, le maire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume était fondé à prendre un arrêté interruptif de travaux le 7 septembre 2020, peu importe que les travaux litigieux soient régularisables ou non.

8. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les travaux réalisés sur le terrain seraient régularisables. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en raison du caractère régularisable des travaux litigieux doit être écarté comme étant inopérant.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les deux moyens soulevés par le requérant ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme d'argent au titre de ces dispositions. En outre, la décision prise par le maire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume ayant été prise au nom de l'Etat, la commune n'a pas le statut de partie à l'instance. Par suite, ses conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A D et au préfet du Var.

Copie en sera adressée à la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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