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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003146

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003146

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre, et un mémoire, enregistré le 7 décembre 2020, Mme C B, représentée par Me Laillet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2020 par laquelle le président de l'université de Toulon a refusé de revaloriser son traitement indiciaire ;

2°) d'enjoindre au président de l'université de Toulon, à titre principal, de procéder à la revalorisation indiciaire de sa rémunération à compter du 1er septembre 2019, ou subsidiairement, de procéder à la revalorisation indiciaire de sa rémunération sur la base de la grille indiciaire des praticiens hospitaliers (échelon 7) à compter du 1er septembre 2019 ;

3°) d'enjoindre au président de l'université de Toulon de lui octroyer le bénéfice de l'indemnité d'engagement exclusif de service public des praticiens hospitaliers à compter du 1er septembre 2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas bénéficié de l'entretien professionnel prévu par les dispositions des articles 1-3 et 1-4 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 alors que la réévaluation de la rémunération d'un agent contractuel est réalisée au vu de cet entretien ;

- en s'abstenant de réévaluer sa rémunération en 2019 par application des dispositions du décret précité du 17 janvier 1986 et de ses obligations contractuelles, l'université a commis une erreur de droit ;

- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'évaluation de ses fonctions et de ses responsabilités ;

- la revalorisation de sa rémunération doit être réalisée au regard de la grille indiciaire des praticiens hospitaliers ;

- elle est en droit de percevoir l'indemnité d'engagement de service public exclusif prévue par les dispositions de l'article D. 6152-23-1 du code de la santé publique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juin et 13 octobre 2022, l'université de Toulon, représentée par Me Freichet, conclut au rejet de la requête et demande au Tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Freichet représentant l'université de Toulon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par l'université du Sud Toulon Var le 18 janvier 2010 en qualité de médecin non titulaire puis, nommée directrice au service universitaire de médecine préventive et de promotion pour la santé (SUMPPS) à temps incomplet (90 %) à compter du 1er septembre 2013. L'intéressée a sollicité une réévaluation de son traitement indiciaire par deux courriers en date des 11 juin 2019 et 24 mai 2020. Par une décision en date du 2 juillet 2020, le président de l'université de Toulon a rejeté la demande de Mme B. Par la présente requête, l'intéressée demande au Tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au président de l'université de Toulon, à titre principal, de procéder à la revalorisation indiciaire de sa rémunération à compter du 1er septembre 2019 ou subsidiairement, de procéder à la revalorisation indiciaire de sa rémunération sur la base de la grille indiciaire des praticiens hospitaliers (échelon 7) à compter de la même date. Elle demande également au Tribunal d'enjoindre au président de l'université de Toulon de lui octroyer le bénéfice de l'indemnité d'engagement exclusif de service public des praticiens hospitaliers à compter du 1er septembre 2019.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction subséquentes :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'Administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : " () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

3. La décision du 2 juillet 2020 refusant de revaloriser la rémunération de Mme B, qui ne refuse pas un avantage dont l'attribution constituerait un droit, n'entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision est inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-4 ou de l'évolution des fonctions. La rémunération des agents recrutés sur contrat à durée déterminée auprès du même employeur, en application des articles 4 et 6 de la loi du 11 janvier 1984, fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, sous réserve que cette durée ait été effectuée de manière continue, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-4 ou de l'évolution des fonctions ". En application de l'article 1-4 de ce décret : " Les agents recrutés pour répondre à un besoin permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu () ".

5. Les dispositions susvisées n'impliquent pas que la rémunération des agents non titulaires de l'Etat soit réévaluée exclusivement en fonction des résultats des entretiens professionnels ou de l'évolution de leurs fonctions. Ainsi, le moyen tiré de ce que Mme B n'aurait pas eu un entretien préalable et que le délai d'un an pour procéder à cet entretien aurait été dépassé, doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 susvisées prévoient une réévaluation de la rémunération tous les trois ans, laquelle est conditionnée notamment aux résultats des entretiens professionnels ou à l'évolution des fonctions, celles-ci ne prévoient cependant pas une augmentation automatique du traitement, comme le soutient la requérante. Par suite, le président de l'université de Toulon n'a pas commis d'erreur de droit en ne procédant pas à une augmentation de la rémunération de Mme B lors de la réévaluation de sa situation.

7. En quatrième lieu, Mme B soutient qu'en ne procédant pas à la revalorisation de sa rémunération, l'université de Toulon ne respecte pas les termes de son contrat et la promesse verbale qui lui avait été faite lors de son recrutement. Toutefois, il ne ressort pas des termes de son contrat initial signé en 2010 et des avenants successifs qu'une telle clause aurait été prévue. La requérante ne démontre pas davantage l'existence de la promesse verbale dont elle se prévaut. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect des obligations contractuelles de l'université de Toulon à l'égard de Mme B doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il ressort de pièces du dossier, notamment des comptes rendus des entretiens professionnels, que les missions de Mme B consistent en la direction du centre de santé et du service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé et à assurer des consultations médicales. Ces fonctions portent également sur la prévention santé, le management de l'équipe, la préparation des conseils du centre de santé et du service universitaire de médecine préventive et de promotion pour la santé, la participation aux réunions des directeurs administratifs, de la cellule de crise et du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail, ainsi que sur la veille alerte sanitaire de la population étudiante.

10. Pour justifier sa demande de réévaluation de son traitement indiciaire, Mme B se prévaut du développement du centre de santé et de la mise en place d'un bureau d'aide psychologique universitaire (BAPU) lequel aurait pour conséquence un accroissement de ses responsabilités managériales avec une équipe et des missions élargies. L'intéressée présente à cet effet un certain nombre de données portant sur le nombre de passages dans son service depuis 2016, ainsi que sur le nombre d'étudiants et de personnels reçus. Elle expose ainsi que la création de ce centre de santé ouvert le 9 avril 2019 a déjà eu un impact certain, 1 279 consultations médicales ayant été´ effectuées s'agissant de la médecine générale. Elle précise que son équipe a été étoffée, deux infirmières passant en temps plein à partir du 1er janvier 2020 et qu'une gestionnaire adjointe a été recrutée sur un demi-poste à partir du 1er février 2020. Elle soutient, par ailleurs, que le psychologue a vu sa quotité de travail augmenter à 0,4 équivalent temps plein (ETP) à partir du 1er janvier 2020. Elle expose en outre que depuis la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France, les établissements d'enseignement supérieur sont responsables du suivi sanitaire préventif des étudiants étrangers.

11. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B exerce les missions qui lui sont confiées avec compétence, qu'elle s'est investie notamment dans le projet de bureau d'aide psychologique et que ses fonctions ont sensiblement évolué compte-tenu de la modification du périmètre d'intervention du SUMPPS, l'évolution des données présentées n'apparaît pas suffisamment déterminante. Par ailleurs, l'intéressée ne décrit pas précisément l'impact de ces évolutions sur ses propres fonctions. Enfin, l'année 2019 est une année charnière en terme d'intervention de ces modifications et de démarrage de nouveaux projets, et si la requérante se prévaut également de la crise sanitaire du Covid 19, elle ne présente aucune donnée précise sur ce point. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le président de l'université de Toulon aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans la réévaluation de sa situation.

12. En sixième lieu, la décision attaquée qui se borne à refuser toute revalorisation indiciaire n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à la requérante la prise en compte de la grille indiciaire des praticiens hospitaliers qu'elle souhaite se voir appliquer. Par ailleurs et en tout état de cause, le guide pratique pour le recrutement et la gestion des personnels contractuels des SUMPPS, dont se prévaut la requérante, qui ne comporte que des recommandations et préconisations, n'a aucun caractère impératif. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'application de la grille indiciaire des praticiens hospitaliers pour le calcul de la rémunération de Mme B doit être écarté comme inopérant.

13. En dernier lieu, la décision attaquée du 2 juillet 2020 n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à la requérante, qui n'en a pas fait la demande, le droit de bénéficier de l'indemnité d'engagement de service public exclusif prévue par les dispositions de l'article D. 6152-23-1 du code de la santé publique qu'elle souhaite percevoir. En tout état de cause, Mme B qui n'appartient pas au corps des praticiens hospitaliers et qui ne démontre pas au demeurant que ses missions seraient équivalentes à celles exercées par un praticien hospitalier au sein d'un centre hospitalier, ne peut se prévaloir de ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être écarté également.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'université de Toulon, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit à Mme B au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante le versement à l'université de Toulon de la somme qu'elle réclame sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'université de Toulon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'université de Toulon.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, où siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Hamon, premier conseiller,

- M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. A

La présidente,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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