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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003164

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003164

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGAZIELLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 novembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a transmis en application des dispositions des articles R. 351-3 et R. 312-14 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.

Par cette requête, enregistrée sous le n°2007225 au greffe du tribunal administratif de Marseille le 21 septembre 2020, M. C B, représenté par Me Gaziello, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 14 août 2020 du silence conservé par le directeur de la société des autoroutes Estérel Côte-d'Azur Alpes (ESCOTA) sur sa réclamation préalable du 3 mars 2020 ;

2°) de condamner la société ESCOTA à lui verser la somme de 650,42 euros correspondant aux frais de réparation de son véhicule ;

3°) de condamner la société ESCOTA à lui verser la somme de 2 200 euros en réparation de son préjudice résultant de la résistance de cette société depuis le dépôt du rapport de l'expert ;

4°) de condamner la société ESCOTA à lui verser la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a percuté le 24 juin 2018 un objet se trouvant sur la chaussée de l'autoroute A57 sur laquelle il circulait en direction de Nice qui a été identifié par un patrouilleur comme appartenant à la société ;

- le rapport rédigé suite à cette réunion conclut que le véhicule a percuté un stabilisateur de panneau de signalisation Escota et que le choc a rendu nécessaire le remplacement du triangle de la roue avant droite et des deux pneus avants, soit un préjudice matériel de 650,42 euros ;

- la société Allianz a mis en demeure la société Escota de procéder à l'indemnisation de ce préjudice par un courrier du 16 mai 2019 ;

- une demande indemnitaire préalable a été adressée le 3 mars 2020, restée sans réponse ;

- la présente requête est recevable dès lors que la décision implicite n'est intervenue que le 14 août 2020 par l'effet de la prorogation des délais résultant de l'ordonnance n° 2020-306 du 15 mars 2020 et le délai de recours n'expirait, dès lors, que le 14 octobre 2020 ;

- il était usager du domaine public lors de l'accident et la société Escota avait en charge la gestion d'une autoroute, soit un ouvrage public ;

- la compétence de la juridiction administrative découle également de la qualification de dommages de travaux publics pour ceux qui résultent d'un défaut d'une voie routière ;

- la responsabilité de la société Escota est engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal ;

- la présence de débris sur la voie et l'absence de signalisation constitue un mauvais entretien de l'ouvrage public ;

- l'origine du dommage subi résulte d'une partie d'un panneau de signalisation qui s'est détachée et qui, selon le patrouilleur en charge de nettoyer la zone, ne devait pas se trouver sur la chaussée ;

- aucune cause exonératoire de responsabilité n'est susceptible d'être évoquée par Escota dans ce dossier ;

- le fait du tiers n'est pas exonératoire en matière de dommages de travaux publics, de manière dérogatoire au droit commun de la responsabilité administrative ;

- l'accident de la route évoqué par la société Escota s'est déroulé le 24 juin 2018 à

23 heures soit une heure après son accident ;

- la société Escota ne peut pas invoquer ici de faute de la victime en raison de l'absence de tout signalement mis en place pour prévenir ce danger et alors qu'aucun élément ne suggère une prise de risque du conducteur ;

- le dommage subi n'avait rien d'irrésistible ni d'imprévisible puisque le patrouilleur chargé de nettoyer la zone aurait dû retirer le débris ou du moins avertir les automobilistes du danger par une signalisation adéquate ;

- le préjudice matériel a été chiffré dans le cadre de l'expertise à la somme de 650,42 euros ;

- le refus injustifié de la société ESCOTA de reconnaître ses torts dès réception du rapport d'expertise lui a également causé un préjudice et ce depuis la date de cette réception en novembre 2018.

La requête a été communiquée à la société ESCOTA qui n'a pas produit d'observations en défense.

En application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, une mise en demeure a été adressée à la société ESCOTA par lettre du 6 mai 2021, faisant référence aux dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 8 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B circulait, le 24 juin 2018, avec son véhicule automobile de type Renault Espace IV sur l'autoroute A57, en direction de Nice, à proximité de l'aire de repos " le Suvé du Vent " lorsqu'il a percuté un objet se trouvant sur la chaussée et qu'il a été contraint de faire appel aux services de l'autoroute et à un dépanneur. À la suite d'une expertise à laquelle la société Escota, exploitante de l'autoroute A57, ne s'est pas faite représenter, M. B a sollicité de celle-ci l'indemnisation de son préjudice matériel à hauteur de 650,42 euros par une demande préalable datée du 3 mars 2020 et reçue le 4 mars 2020 par cette société. Par la présente requête, M. B demande l'indemnisation de son préjudice matériel résultant des frais de remise en état de son véhicule et de son préjudice résultant de l'attitude de la société Escota.

Sur le principe de la responsabilité sans faute de la société Escota :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. Les actions en réparation du fait de dommages de travaux publics relèvent de la compétence de la juridiction administrative, notamment dans le cas où l'entretien d'un ouvrage public incombe à une société concessionnaire d'une autoroute. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur la voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public que constitue cette voie et le dommage dont il se plaint. La personne en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. À l'appui de sa requête, M. B fait valoir ses échanges avec le patrouilleur de la société Escota qui serait intervenu sur le lieu de son accident et aurait identifié la cause du choc comme étant un poids destiné à assurer la stabilisation d'un panneau de signalisation dont la présence sur la chaussée présenterait un caractère anormal.

5. La requête de M. B a été communiquée à la société Escota le 1er octobre 2020 par le greffe du tribunal administratif de Marseille et cette société a été mise en demeure le 6 mai 2021 de présenter ses observations dans un délai de trente jours, ce qu'elle n'a pas fait. Dans ces conditions, elle doit être réputée avoir admis l'exactitude des faits allégués par le requérant relatifs à sa qualité d'usager de l'autoroute lors de l'accident ayant endommagé le véhicule de M. B le 24 juin 2018, aux circonstances de cet accident, à la retranscription de l'échange avec le patrouilleur et à l'évaluation des préjudices

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une cause exonératoire pourrait être retenue pour limiter le droit à indemnisation de M. B, dès lors, notamment, qu'aucune précision de temps et de lieu ne permet d'établir de lien entre l'accident impliquant deux autres véhicules qui est survenu le même jour à 23h00 sur la même autoroute au point kilométrique (PK) 29.30 et l'accident dont a été victime M. B, dont il n'est d'ailleurs aucunement établi qu'il résulterait d'un impact avec une partie du musoir endommagé ou avec un débris résultant du choc entre ces deux voitures. Il résulte également de ce qui a été dit au point 3 que le fait du tiers n'est pas une cause exonératoire lorsqu'est en cause le mauvais entretien d'un ouvrage public et qu'il incombait, en tout état de cause, à la société exploitant cette voirie autoroutière de procéder à un déblaiement ou à tout le moins à une signalisation appropriée des débris restant sur la voie après l'autre accident survenu le même jour.

7. Il résulte, par suite, de l'instruction que la responsabilité de la société Escota est engagée et que M. B est fondé à demander la réparation intégrale de ses préjudices.

Sur le montant du préjudice indemnisable :

8. Ainsi qu'il l'a été dit au point 5, la société Escota n'a pas contesté les éléments relatifs aux réparations qui ont dû être réalisées sur le véhicule de M. B et notamment sur le rapport d'expertise réalisé après la visite du 12 novembre 2018 et la facture de réparation du

26 juin 2018. Il sera fait, par suite, une exacte appréciation du préjudice matériel qu'il a subi en condamnant la société Escota à lui verser la somme de 650,42 euros.

9. M. B fait valoir le trouble qui a résulté pour lui de la résistance de la société défenderesse en refusant de participer aux opérations d'expertise puis en rejetant sa demande préalable alors même qu'elle ne contestait pas utilement sa responsabilité. Un tel comportement a pu faire peser sur M. B, qui a agi de bonne foi et de manière amiable, une anxiété injustifiée et il sera fait, par suite, une juste appréciation du préjudice moral qui en a résulté pour lui en condamnant la société Escota à lui verser la somme de 1 000 euros.

Sur les frais de justice :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Escota la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La société ESCOTA est condamnée à verser à M. B la somme de 650,42 euros au titre de son préjudice matériel.

Article 2 : La société ESCOTA est condamnée à verser à M. B la somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral.

Article 3 : La société ESCOTA est condamnée à verser à M. B la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la société ESCOTA.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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