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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003407

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003407

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCARLHIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2020, M. A C, représenté par Me Carlhian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par laquelle la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération n'a pas reconnu imputable au service sa maladie ;

2°) d'annuler par voie de conséquence les décisions des 1er octobre 2020, 13 août 2020 et 29 juin 2020 par lesquelles la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération l'a placé en congé de maladie ordinaire à demi traitement ;

3°) d'ordonner la désignation d'un médecin expert et de lui fixer pour mission de déterminer son taux d'incapacité ;

4°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie et de rétablir sa rémunération à plein traitement à compter du 14 avril 2020, et ce dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération de réexaminer sa demande, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commission de réforme était irrégulièrement composée ; un médecin psychiatre n'a pas été associé aux débats ;

- l'avis de la commission de réforme est irrégulièrement motivé ; l'avis médical rendu n'est pas neutre ;

- l'avis de la commission de réforme viole le secret médical ; il ne s'est pas borné à reprendre la mention brève de la pathologie portée sur les arrêts de travail transmis à l'employeur ;

- sa maladie professionnelle est imputable au service au regard des dispositions de l'article 21 bis de la loi 83-634 du 13 juillet 1983 ; il présente une maladie grave et durable ; il existe un lien essentiel et direct entre sa maladie et le service ; il a été victime de harcèlement moral et de souffrance au travail ;

- l'arrêté du 19 octobre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité de sa maladie au service est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération, représentée par Me Cottignie, conclut au rejet de la requête et que soit mise à la charge de M. C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 décembre 2022 :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- les observations de Me Desousa représentant M. C, et celles de Me Deguerry, représentant la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est agent technique territorial et occupe les fonctions de responsable suivi des prestations de collecte, tri et valorisation au sein de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération. Le 6 janvier 2020 il est placé en arrêt maladie pour un état dépressif. Le 6 mai 2020 il demande la reconnaissance de son état dépressif comme maladie professionnelle. Le 16 septembre 2020, la commission de réforme émet un avis défavorable à sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle imputable au service. Par un arrêté du 19 octobre 2020, la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération refuse de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler le refus opposé par arrêté du 19 octobre 2020 à sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 3 du décret du 4 août 2004 : " Cette commission comprend / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ". Il résulte de ces dispositions que la commission de réforme n'est pas tenue de s'adjoindre systématiquement un médecin spécialiste, mais peut décider de s'attacher un tel concours si elle l'estime utile, en fonction des éléments portés par ailleurs à sa connaissance et de la complexité du dossier, pour émettre son avis en toute connaissance de cause.

3. En l'espèce, il résulte des pièces du dossier que la commission de réforme qui a émis le 16 septembre 2020 un avis sur l'imputabilité au service de la pathologie dont souffre M. C disposait, en plus d'une expertise du Docteur D, psychiatre, de l'enquête administrative établie le 31 juillet 2020 par la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des informations dont elle disposait sur l'état de santé de M. C, la commission départementale de réforme doit être regardée comme ayant été suffisamment informée, et a pu régulièrement émettre son avis sans s'adjoindre un médecin spécialiste.

4. En deuxième lieu, pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'état dépressif de M. C, que ce dernier impute à une situation de harcèlement moral au travail ou de souffrance au travail, la commission de réforme devait se prononcer sur ses conditions de travail. Ainsi, en se fondant sur ses relations avec la collectivité et sur la posture de l'agent, la commission de réforme n'a entaché son avis d'aucune irrégularité.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004 : " () Les avis sont émis à la majorité des membres présents. Ils doivent être motivés, dans le respect du secret médical () ".

6. En l'espèce, il ressort des termes de l'avis de la commission de réforme du 16 septembre 2020 que M. C souffre d'un " syndrome dépressif grave réactionnel sans signe psychotique (humeur dépressive, tristesse, insomnie, perte de poids, ralentissement psychomoteur, dévalorisation excessive, trouble de la concentration, pensées de mort récurrentes) ". En mentionnant dans son avis la nature précise et détaillée de la pathologie de M. C, la commission de réforme a méconnu le secret médical.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

8. Pour l'application de ces dispositions, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

9. En l'espèce, M. C soutient être atteint d'un syndrome dépressif qui trouve son origine dans les conditions d'exécution de son travail, caractérisées par des faits de harcèlement moral et de souffrance au travail qu'il subit. Au soutien de ses prétentions, le requérant joint plusieurs arrêts de travail et des certificats médicaux établis par son médecin et faisant état d'un syndrome dépressif grave sans signes psychotiques. Cependant, le 16 septembre 2020, la commission de réforme a rendu un avis défavorable à sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie professionnelle. Un médecin psychiatre a également considéré, par une expertise du 5 juin 2020, que son état ne relève pas d'une maladie professionnelle. Cet expert psychiatrique a également relevé dans son rapport que " le récit de M. C est celui d'un conflit, douloureux certes, et ayant provoqué des troubles psychopathologiques. En revanche, nous ne pouvons affirmer sur son témoignage la réalité de la maladie professionnelle ". En outre, il ressort des pièces du dossier que l'administration a fait intervenir dans un premier temps un médiateur dans le cadre d'une démarche d'évaluation des risques psycho-sociaux. Dans un second temps, toujours dans le but d'apaiser les conflits, l'administration a proposé à M. C une convention d'immersion au sein d'un autre service, qu'il a refusée. Ce comportement fautif, d'opposition systématique du requérant à trouver des solutions, est la cause déterminante de la dégradation de ses conditions d'exercice professionnel. L'avis de la commission de réforme en date du 16 septembre 2020 souligne à ce titre que " la posture adoptée par l'agent, son interprétation des faits et les refus successifs qu'il a opposé malgré les propositions faites par la collectivité ne font pas apparaître dans le dossier d'éléments permettant de justifier cette demande. Il s'agit d'un état de santé propre à l'agent qui évolue pour son propre compte ". Le comportement du requérant constitue dès lors un fait personnel de nature à détacher la survenance de la maladie du service. En outre, par un jugement du tribunal administratif de Toulon n° 2002455 en date du 18 novembre 2022, il a été jugé que s'il existe entre le requérant et son supérieur hiérarchique une relation de travail conflictuelle, il n'est cependant pas établi que M. C aurait été victime d'une situation de harcèlement moral. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C.

10. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () ".

11. Son état de santé n'étant pas imputable au service, M. C pouvait prétendre à des congés maladies d'une durée d'un an, en conservant l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois, ce traitement étant réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. M. C ayant été placé en arrêt maladie à compter du 6 janvier 2020 pour un état dépressif, il a bénéficié pendant trois mois de son plein traitement, soit jusqu'au 6 avril 2020. C'est donc légalement que par arrêtés des 1er octobre 2020, 13 août 2020 et 29 juin 2020, la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération l'a placé en maladie ordinaire a demi traitement.

12. Il résulte de tout ce qui précède, compte tenu de la méconnaissance du secret médical, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2020 par laquelle la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération n'a pas reconnu imputable au service sa maladie. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation des décisions des 1er octobre 2020, 13 août 2020 et 29 juin 2020 sont également accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu tiré de la violation du secret médical, que la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération réexamine la demande de M. C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées à fin d'astreinte par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 octobre 2020 par lequel la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération n'a pas reconnu imputable au service sa maladie est annulé, ensemble les décisions des 1er octobre 2020, 13 août 2020 et 29 juin 2020.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération de réexaminer la demande de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération versera à M. C une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761- du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

S. B

Le président,

signé

J-F. SautonLe greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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