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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003522

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003522

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSINGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2020 et le 20 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Varron-Charrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2020 en tant qu'elle ne reconnaît pas l'imputabilité au service de sa hernie discale L4-L5 et L5-S1 au titre de la maladie désignée au tableau des maladies professionnelles n°98 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sanary-sur-Mer de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de sa maladie et d'en tirer toutes conséquences, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la commune de Sanary-sur-Mer de fixer le taux de sa maladie à 5% et d'y ajouter le cas échéant un taux correspondant aux séquelles psychologiques ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de Sanary-sur-Mer de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, d'ordonner à ce qu'il soit procédé à une expertise médicale qui consistera notamment à déterminer l'imputabilité au service de la maladie litigieuse ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- sa signataire n'avait pas la compétence d'y procéder ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, la commune de Sanary-sur-Mer, représentée par Me Singer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre de la même année.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quaglierini,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- et les observations de Me Singer, représentant la commune de Sanary-sur-Mer.

Considérant ce qui suit.

1. Mme A était adjointe technique principale de 2ème classe à la commune de Sanary-sur-Mer. Atteinte d'une affection périarticulaire à compter du 15 novembre 2019 et d'une hernie discale à compter du 7 novembre 2017, elle a sollicité son administration pour que ces deux pathologies soient reconnues comme maladies professionnelles. Par décision du 28 avril 2020, la commune de Sanary-sur-Mer a, d'une part, reconnu comme imputable au service son affection périarticulaire comme relevant du tableau des maladies professionnelles n°57 C, d'autre part refusé de reconnaître imputable au service sa hernie discale comme maladie professionnelle relevant du tableau des maladies professionnelles n°98. Par sa requête, Mme A entend contester cette dernière décision.

Sur la légalité de la décision portant refus de reconnaissance de maladie professionnelle :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé : 1. Donne son avis, dans les conditions fixées par le titre II du présent arrêté, sur la mise à la retraite pour invalidité des agents affiliés à la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales ; () ". Aux termes de son article 14 : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. La convocation mentionne la liste des dossiers à examiner, les références de la collectivité ou de l'établissement employeur, l'objet de la demande d'avis. () ".

3. En l'espèce, si la commune de Sanary-sur-Mer affirme que Mme A a été informée par le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var dans un courrier du 21 septembre 2020 de la convocation de la commission de réforme et de ses droits de prendre connaissance de son dossier, présenter des observations écrites et être entendue par les membres de cette commission, en se faisant, le cas échéant, assister par le médecin ou le conseiller de son choix, cette circonstance n'est établie par aucune pièce du dossier. Par conséquent, en n'établissant pas que Mme A ait été informée de la convocation de la commission de réforme et de ses droits, notamment en produisant l'accusé de réception du courrier qui lui a été prétendument adressé, la commune de Sanary-sur-Mer a privé l'intéressée des garanties prévues par les dispositions précitées de l'arrêté du 4 août 2004. Dès lors, la décision litigieuse, qui mentionne dans ses visas qu'elle se fonde sur l'avis de la commission de réforme, lequel a été émis au terme d'une procédure irrégulière, est par suite entachée d'illégalité et doit ainsi être annulée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6/ Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Selon l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Il ressort des pièces du dossier et, plus particulièrement, de la décision attaquée que si les considérations de fait qui la fondent sont expressément mentionnées, elle est en revanche dépourvue de toute considération de droit. Il s'ensuit qu'étant entachée d'un défaut de motivation, la décision attaquée doit être annulée.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 21b de la loi de 1983, dans sa rédaction alors en vigueur : " IV.-Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ".

7. Dans sa première branche du moyen tiré de l'erreur d'appréciation, la requérante soutient, tout d'abord, que sa pathologie est désignée par le tableau des maladies professionnelles n°98 prévu par l'article R.461-3 du code de la sécurité sociale, ensuite, qu'elle remplit les conditions qui y sont décrites, à savoir un délai de prise en charge de " 6 mois sous réserve d'une durée d'exposition de 5 ans ", enfin, qu'elle a effectué les travaux susceptibles de provoquer la maladie prévus au tableau, soit " le chargement et le déchargement en cours de fabrication, dans la livraison, y compris pour le compte d'autrui, le stockage et la répartition des produits industriels et alimentaires, agricoles et forestiers ". Mais il ressort des pièces du dossier que Mme A a exercé des fonctions d'agent d'entretien au parking de 2000 à 2009, en restauration scolaire de juillet 2009 à octobre 2009, puis a été affectée à un poste d'accueil en école de 2014 à 2015 ainsi que dans un service relatif à la vie associative. Dès lors, si sa maladie et le délai de prise en charge correspondent au tableau des maladies professionnelles n°98, les tâches dont elle fait état ne correspondent toutefois pas à celles limitativement décrites par ce dernier dès lors qu'elle n'établit pas que les charges qu'elle devait porter concernaient des " produits industriels et alimentaires, agricoles et forestiers ". Il convient, par conséquent d'écarter cette première branche de moyen tirée de l'erreur d'appréciation comme n'étant pas fondé.

8. Dans sa seconde branche du moyen, la requérante affirme avoir été exposée tout au long de sa carrière dans la commune de Sanary-sur-Mer à des conditions de travail nécessitant de porter des charges importantes, excédant les 10 kg, de sorte que la hernie discale qui l'affecte en résulte directement. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, en tant qu'agent d'entretien au parking de 2001 à 2009, l'intéressée était amenée à porter des cartons dont la masse était comprise entre 10kg et 18kg au maximum trois fois par jour, de sorte qu'elle a obtenu un aménagement de ses postes pour tenir compte des prescriptions médicales lui défendant de manipuler des charges supérieures à 10kg. D'autre part, que consécutivement à une expertise administrative réalisée le

6 novembre 2019 à la demande de la commune de Sanary-sur-Mer, l'expert a conclu que : " Il existe une aggravation au service de cet état antérieur avec une IPP imputable au service de 5% à la date de consolidation et eu égard au barème annexé au code des pensions civiles et militaires et retraite ". Dès lors, en refusant de reconnaître comme maladie professionnelle la hernie discale L4-L5 et L5-S1 de Mme A alors que celle-ci est désignée au tableau des maladies professionnelles n°98 et qu'il résulte de ce qui précède que son aggravation est imputable au service, la commune de Sanary-sur-Mer a commis une erreur d'appréciation. Partant, il convient d'annuler la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède, notamment aux points n°3, 5 et 8 que la décision de la commune de Sanary-sur-Mer du 28 octobre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

11. L'annulation de la décision attaquée implique, eu égard aux motifs qui la fondent, qu'il soit enjoint à la commune de Sanary-sur-Mer de reconnaître comme maladie professionnelle la hernie discale L4-L5 et L5-S1 qui affecte Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'enjoindre la commune de Sanary-sur-Mer de fixer un taux de 5% d'incapacité. Il n'y pas non plus lieu de prononcer une astreinte ou d'ordonner une mesure d'expertise.

Sur les conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Sanary-sur-Mer demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commune de Sanary-sur-Mer du 28 octobre 2020 est annulée en tant qu'elle porte refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de la hernie discale L4-L5 et L5-S1 dont Mme A est affectée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Sanary-sur-Mer de reconnaître l'imputabilité au service de la hernie discale L4-L5 et L5-S1, sous un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer la somme de 2 000 euros à verser à Mme A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : les conclusions de la commune de Sanary-sur-Mer au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et la commune de Sanary-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

C, président,

S. Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023

Le rapporteur,

Signé

B. QUAGLIERINI

Le président,

Signé

M. CLa greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Ou par délégation le greffier,

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