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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003603

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003603

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAUDUIT LOPASSO GOIRAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

1. Par une requête, enregistrée sous le n° 2003603 le 23 décembre 2020, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire de la commune de Pignans du 15 octobre 2020 portant changement d'affectation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pignans la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration préalable de vacance de poste ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour omission de consultation

de la commission administrative paritaire en application de l'article 52 de la loi n° 84-53

du 26 janvier 1984 ;

- il n'a pas eu la communication de son dossier d'agent en méconnaissance

des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; son changement d'affectation est une sanction non prévue par l'échelle des peines applicables ; c'est une sanction déguisée ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, la commune de Pignans, représentée par Me Lopasso, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge du requérant la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée

au 6 décembre 2022 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire, enregistré le 11 décembre 2022 pour M. A, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

2. Par une requête, enregistrée sous le n° 2101735 le 28 juin 2021, M. C A, représenté par Me Travart, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire adressée

le 25 février 2021 ;

2°) de condamner la commune de Pignans à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pignans la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Il a subi un harcèlement moral au regard de la dégradation de ses conditions de travail ;

- il a subi un préjudice financier par la suppression de sa nouvelle bonification indiciaire de 70 euros par mois ; il a dû arrêter son activité de sapeurs pompier volontaire en raison de son placement en congé maladie ; il a des problèmes de vue qui sont apparus à cette période ; il a subi un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, la commune de Pignans, représentée par Me Lopasso, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée

au 23 décembre 2022 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire, enregistré le 22 décembre 2022 pour M. A, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2022 :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- les observations de M. A et les observations de Me Lopasso représentant

la commune de Pignans.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est agent de maîtrise au sein de la commune de Pignans.

Au regard de sa fiche de poste du 14 septembre 2018, il occupait les fonctions de responsable adjoint du service technique. Par une décision du 15 octobre 2020, il est affecté au poste de conducteur d'engins de voirie et agent d'appui technique voirie, bâtiments publics et espaces communaux. Il demande l'annulation de cette décision dans la requête enregistrée sous le numéro 2003603. Par une réclamation préalable en date du 25 février 2021, il a demandé à la commune de lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices subis. Par la requête enregistrée sous le numéro 2101735, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née suite à cette demande préalable et le versement de la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant, M. A, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 octobre 2020 portant changement d'affectation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. / Les vacances d'emploi précisent le motif de la vacance et comportent une description du poste à pourvoir. / (). ".

4. Ces dispositions ne s'appliquent pas à l'administration dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service, comme c'est le cas en l'espèce. Au demeurant, à supposer même obligatoire cette publication, M. A n'a été privé d'aucune garantie.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ".

6. Si M. A soutient que sa mutation nécessitait une saisine préalable pour avis de la commission administrative paritaire, une telle exigence n'était pas requise par les dispositions de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 précitée, dans sa rédaction applicable telle qu'issue de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission administrative paritaire aurait dû être saisie préalablement à sa mutation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardés dans leur avancement à l'ancienneté ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier préalablement à cette mesure. Ces dispositions n'imposent pas, toutefois, que l'agent ait effectivement été informé de ce droit ni invité expressément à solliciter la communication de son dossier.

8. Il ressort des pièces du dossier que le changement de poste de M. A a été envisagé à l'occasion de plusieurs entretiens, notamment dans le courant du mois de juillet 2020 et le 8 octobre 2020, ce qui ressort des termes des courriers des 31 juillet et 15 octobre 2020.

Sa présence à ces entretiens n'est pas contestée, ce qui permet de le regarder comme ayant été mis à même de demander la communication de son dossier.

9. En quatrième lieu, d'une part, la mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

Un changement d'affectation revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné, et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

10. D'autre part, aux termes de l'article 52 précité de la loi du 26 janvier 1984 : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement " et de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 : " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent ". L'administration peut affecter ses agents sur de nouvelles missions correspondant à leur grade, ces derniers ne disposant pas d'un droit acquis au maintien dans leurs fonctions.

11. En l'espèce, il n'est pas contesté que la mutation attaquée entraîne une perte de responsabilités, ainsi qu'une perte de revenu avec la suppression de sa NBI et la diminution de son IFSE. Toutefois, à la suite des élections municipales, le nouveau maire élu a souhaité réorganiser l'ensemble des services de la commune. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des courriers des 31 juillet et 15 octobre 2020, que les entretiens réalisés avec l'ensemble des agents de la commune ont fait ressortir des tensions au sein du service technique de la commune en lien avec le management de M. A qui occupait les fonctions de responsable adjoint. Enfin, il est constant que le nouveau poste du requérant correspond à son grade d'agent de maîtrise. Par suite et en l'état du dossier, il ressort des pièces versées au débat que la décision en litige a été prise dans l'intérêt du service et qu'elle est exempte de toute intention de sanctionner M. A. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision en litige constitue une sanction déguisée doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du détournement de pouvoir sera également écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de son changement d'affectation.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".

15. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

16. M. A soutient à l'appui de sa demande indemnitaire avoir été victime de harcèlement moral et invoque plusieurs éléments, notamment une suspension de fonctions injustifiée, l'absence de fourniture de chaussures de sécurité adaptées à son nouveau poste,

la suppression de sa boîte à lettres électronique et de son ordinateur, le déménagement de son bureau dans des locaux insalubres, une mutation justifiée par son absence de neutralité pendant la campagne électorale et l'absence de respect des précautions sanitaires pendant la crise sanitaire.

17. En l'espèce, s'il ressort en effet des pièces du dossier que les locaux dans lesquels la commune de Pignans a envisagé son déménagement étaient insalubres et dangereux,

la commune fait valoir en défense que ce projet a été abandonné. En outre, si la mutation

de M. A a entrainé une diminution de ses fonctions comme de sa rémunération,

pour regrettable que soit l'impact fort de ces circonstances sur le moral du requérant,

cette mutation est, ainsi qu'il a été dit au point 11 du présent jugement, liée à une réorganisation de la commune et donc à l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée. Quant au respect des mesures sanitaires, il ressort des pièces du dossier que

la commune a mis à la disposition de ses agents des masques, a mis en place un plan de continuité et un protocole sanitaire, a élaboré un calendrier de télétravail et de reprise suite au déconfinement. De surcroit, les équipements de protection sollicités lui ont été fournis dans

le délai d'un mois suivant sa demande et un ordinateur commun était à la disposition des agents du service technique. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mutation de M. A était motivée par des propos qu'il aurait tenus durant la compagne électorale.

18. S'il résulte de ce qui précède que certains des éléments invoqués par M. A, sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement moral, la commune de Pignans démontre que ces divers actes et agissements sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement, de telle manière qu'il y a lieu d'écarter l'engagement de la responsabilité de la collectivité sur ce terrain.

19. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune à l'indemniser à ce titre, ni l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire adressée le 25 février 2021.

Sur les frais liés au litige :

20. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Pignans présentées sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Pignans.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

Signé

S. B

Le président,

Signé

J-F. SautonLe greffier,

Signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Ou par délégation le greffier,

2 et 2101735

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