jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2003658 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BARTHELEMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2020 et le 15 juillet 2021, la SARL Masha, représentée par Me Barthélémy, demande au tribunal d'annuler la décision du préfet du Var du 6 octobre 2020 portant avertissement par application des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique.
Elle soutient que :
- le destinataire de l'avertissement du 6 octobre 2020 était M. D A et non les SARL Masha et Vamasha, qui sont les exploitantes de l'enseigne Mooréa, M. A étant le gérant de la société Masha ;
- l'avertissement du 6 octobre 2020 ne mentionne pas les voies et délais de recours alors que cette décision fait grief dès lors qu'elle pourra justifier une mesure de fermeture administrative dans le futur;
- l'avertissement du 6 octobre 2020 est irrégulier dès lors qu'il n'a pas été précédé de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article 14 de la loi du 12 avril 2000 ;
- l'avertissement du 6 octobre 2020 est irrégulier dès lors qu'en l'absence de procédure contradictoire préalable, il méconnaît les principes du contradictoire et des droits de la défense, constitutionnellement garantis et également consacrés par la jurisprudence européenne au visa de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'avertissement du 6 octobre 2020 est entaché d'erreurs de fait dès lors, d'une part, que l'établissement Mooréa n'est pas exploité par M. A mais par les SARL Masha et Vamasha et, d'autre part, que les déclarations prétendument recueillies sur la voie publique par les gendarmes auprès du conducteur d'un véhicule automobile entouré de personnes ivres et notamment d'une jeune femme en situation de malaise sur le bas-côté ne peuvent être sérieusement imputées à M. A, s'agissant d'une situation extérieure à l'établissement exploité par la SARL Masha ;
- le rapport de police du 4 août 2020 produit en défense ne permet pas de connaître la qualité de l'agent mentionné sur ce rapport et la présomption posée par l'article 537 du code de procédure pénale, lequel dispose que les rapports de police font foi jusqu'à preuve du contraire, ne peut pas lui être utilement opposé ;
- le rapport dressé le 4 août 2020 est un rapport administratif et son auteur n'est pas mandaté par le procureur de la République ou par une autre autorité compétente pour ce faire ;
- les faits permettant de caractériser un avertissement ne sont pas suffisamment établis ;
- le gérant de l'établissement Moorea n'a pas été confronté le même jour afin de s'assurer du lien entre la consommation excessive d'alcool de la jeune femme en situation de coma éthylique et cet établissement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 mai et 26 juillet 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'avertissement n'est pas une décision faisant grief ;
- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Une patrouille de la gendarmerie nationale a constaté, le lundi 3 août 2020, un bouchon sur la route nationale 93 à Ramatuelle, provoqué par le stationnement sur la chaussée d'un véhicule automobile dont l'une des occupantes était allongée sur le bas-côté de la route, dans une situation d'ébriété avancée laquelle a justifié le recours aux services d'urgences. Le rapport administratif dressé le mardi 4 août 2020 par un officier de la brigade de gendarmerie territorialement compétente, à l'intention du préfet du Var, fait état des déclarations du conducteur de véhicule selon lesquelles, lui-même et ses passagères avaient " passé la journée dans l'établissement le Mooréa " et avait " consommé beaucoup d'alcool ". Par une correspondance du 6 octobre 2020, le préfet du Var a adressé à l'exploitant concerné, un avertissement en application des dispositions des 1 et 5 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique pour ne pas avoir respecté l'interdiction faite à un débitant de boissons de donner à boire ou de recevoir une personne manifestement ivre dans son établissement, en méconnaissance des prévisions de l'article R. 3353-2 de ce code. Par la présente requête, la SARL Masha doit être regardée comme demandant l'annulation de l'avertissement du 6 octobre 2020.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le signataire de l'avertissement du 6 octobre 2020, M. B C, sous-préfet, nommé dans les fonctions de directeur de cabinet du Var par un décret du 9 août 2019 publié au Journal officiel de la République française le 11 août 2019, disposait, par l'effet des dispositions de l'article 1er de l'arrêté préfectoral n° 2020/28/MCI du 24 août 2020 portant délégation de signature à M. B C, directeur de cabinet du préfet du Var, d'une délégation pour signer tous actes, arrêtés, décisions et correspondances administratives dans les domaines relevant du bureau de la représentation de l'État et de la direction des sécurités à l'exclusion des réquisitions des moyens militaires. La correspondance en litige avait été préparée par le bureau des polices administratives de sécurité de la direction des sécurités de la préfecture du Var. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision prise au nom du préfet du Var doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, il ressort de la correspondance du 6 octobre 2020 en litige que celle-ci est adressée à M. A et au " Moorea " à l'adresse du débit de boisson exploité sous cette enseigne, située chemin des Moulins à Ramatuelle. Ce courrier doit ainsi être regardé comme adressé à M. A en sa qualité de gérant de la personne morale " SARL Masha " qui exploite l'établissement Moorea. L'imprécision sur sa qualité exacte est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision en litige.
4. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, dans sa rédaction issue de la loi n° 2019-1461 du 27 décembre 2019 applicable à la date de la décision attaquée : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'État dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. () / 5. A l'exception de l'avertissement prévu au 1, les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. () ". Ces dispositions confèrent au représentant de l'État dans le département le pouvoir d'ordonner, au titre de leurs pouvoirs de police, les mesures de fermeture d'un établissement qu'appelle la prévention de la continuation ou du retour de désordres liés à sa fréquentation ou à ses conditions d'exploitation. L'existence d'une atteinte à l'ordre public de nature à justifier la fermeture d'un établissement doit être appréciée objectivement.
5. Il ressort des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, éclairées par leurs travaux préparatoires, que l'avertissement prévu par le 2ème alinéa de cet article a pour objet, d'une part, d'informer l'exploitant d'un débit de boissons ou d'un restaurant qu'il a commis des infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements et, d'autre part, d'obliger cet exploitant à régulariser sa situation sous peine d'encourir une mesure de fermeture. Il constitue ainsi un préalable au prononcé d'une sanction de fermeture de l'établissement. Lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier, il se substitue alors à la mesure de fermeture et a ainsi, par lui-même, le caractère d'une sanction. Compte tenu des effets qu'il comporte sur la situation de l'exploitant d'un débit de boissons ou d'un restaurant, cet avertissement présente par suite le caractère d'une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours devant le juge administratif.
6. En troisième lieu, la société Masha fait valoir que l'avertissement du 6 octobre 2020 est irrégulier dès lors qu'il n'a pas été précédé de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article 14 de la loi du 12 avril 2000. Il ressort toutefois de la lettre du 5 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique que le législateur a entendu exclure les avertissements prévus au 2e alinéa de cet article du bénéfice des prévisions de cet article et du principe général des droits de la défense. La procédure préalable contradictoire précédemment prévue par l'article 14 de la loi du 12 avril 2000 et désormais reprise à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'était, par suite, pas applicable à cet avertissement. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, dès lors que l'avertissement prévu au 2ème alinéa de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ne présente ni le caractère d'une sanction, ni d'une accusation en matière pénale, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'absence de procédure préalable contradictoire méconnaîtrait les principes constitutionnels applicables en matière répressive et les prévisions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
9. En cinquième lieu, la société requérante fait valoir que l'avertissement en litige ne comportait pas de mention des voies et délais de recours. Cette circonstance n'est pas contestée en défense mais il en résulte seulement que la notification de cet avertissement n'était pas de nature à faire courir le délai de recours contentieux et cette omission est restée sans incidence sur la légalité de l'avertissement contesté.
10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que les motifs de fait repris par l'autorité préfectorale pour fonder l'avertissement en litige résultent du rapport administratif du
4 août 2020 rédigé par un lieutenant en fonction au sein de la compagnie de gendarmerie départementale de Gassin-Saint-Tropez, lequel avait la qualité d'officier de police judiciaire et que les circonstances de faits évoquées dans ce rapport ne sont pas utilement contestées. Il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe supérieur que les déclarations du conducteur du véhicule, dont trois passagers étaient manifestement dans un état d'ébriété avancé, recueillies sur site, auraient dû faire l'objet d'une confrontation ou d'une vérification avec des responsables de l'établissement Moorea avant que soit mise en œuvre la fermeture prévue à l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, notamment lorsque le dit conducteur a exposé que l'alcoolisation excessive de ses amies avait été atteinte au sein de cet établissement. De même, la désignation de cet établissement dans l'avertissement du 6 octobre 2020 est dépourvue d'ambiguïté dès lors que celui-ci désigne le gérant de la Sarl Masha et précise la désignation commerciale sous laquelle est connue ce débit de boissons. Les moyens tirés de l'existence d'erreurs de fait doivent, par suite, être écartés.
11. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de sécurité intérieure : " La gendarmerie nationale est une force armée instituée pour veiller à l'exécution des lois. / La police judiciaire constitue l'une de ses missions essentielles. / La gendarmerie nationale est destinée à assurer la sécurité publique et l'ordre public, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines, ainsi que sur les voies de communication. / Elle contribue à la mission de renseignement et d'information des autorités publiques, à la lutte contre le terrorisme, ainsi qu'à la protection des populations. / L'ensemble de ses missions civiles s'exécute sur toute l'étendue du territoire national, ainsi qu'en haute mer à bord des navires battant pavillon français. Hors de ces cas, elles s'exécutent en application des engagements internationaux de la France. ".
12. En septième lieu, la société requérante fait valoir que le rapport dressé le 4 août 2020 est un rapport administratif et que son auteur n'était pas mandaté par le procureur de la République ou par une autre autorité compétente. Il résulte toutefois des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de sécurité intérieure que les militaires de la gendarmerie nationale concourent aux diverses missions de police administrative tendant à assurer la protection des populations, indépendamment de toute réquisition de l'autorité judiciaire. Le moyen doit, par suite, être écarté.
13. Aux termes de l'article R. 3353-2 du code de la santé publique : " Le fait pour les débitants de boissons de donner à boire à des gens manifestement ivres ou de les recevoir dans leurs établissements est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la 4e classe. ".
14. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que les personnels de la gendarmerie nationale sont intervenus le 3 août 2020 sur la voie publique, sur le territoire de la commune de Ramatuelle, pour découvrir trois jeunes femmes en situation d'intoxication alcoolique dont l'une d'entre elles dans un état d'inconscience pouvant laisser craindre une situation de coma éthylique. Les déclarations spontanées du conducteur du véhicule imputant cet état d'ébriété à la fréquentation de l'établissement Moorea, situé à faible distance du lieu de l'intervention, ne sont remises en cause par aucun des éléments du dossier. La gravité de ces faits qui indiquent que ces personnes ont pu continuer à consommer des boissons alcoolisées alors même qu'elles étaient déjà ivres correspond à l'infraction visée à l'article R. 3353-2 du code de la santé publique. De tels faits étaient, par suite, de nature à justifier que le préfet du Var prononce un avertissement à l'encontre de cet établissement sans que l'engagement de poursuites judiciaires constitue un préalable nécessaire ou une condition à cet avertissement.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'avertissement du 6 octobre 2020 présentée par la SARL Masha doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Masha est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Masha et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au commandant de la compagnie départementale de gendarmerie de Gassin Saint-Tropez.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Silvy, premier conseiller,
M. Lamarre, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
J.-A. SILVY
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026