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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100017

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100017

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2021 M. C et Mme B A, représentés par Me Alexandre, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Barjols s'est opposé à leur déclaration préalable n° DP 083 012 20 A0024 en date du 16 septembre 2020 en vue du changement de destination du bâtiment agricole sis sur la parcelle cadastrée section 12 I n° 1271 au 889 chemin de Saint-Martin à Barjols (83670) en bâtiment à usage d'habitation ;

2°) de condamner la commune de Barjols à leur verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices moral et financier qu'ils ont subis du fait de l'inégalité devant les charges publiques ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Barjols la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

* S'agissant des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 novembre 2020 :

- le bâtiment agricole a une existence légale et régulière ;

- l'arrêté méconnaît le principe d'égalité devant les charges publiques.

* S'agissant des conclusions à fin d'indemnisation :

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe d'égalité devant les charges publiques et leur cause un préjudice moral et financier résultant de la perte de valeur vénale de leur bien par rapport aux biens voisins construits et non situés en zone agricole.

La requête a été communiquée le 13 janvier 2021 à la commune de Barjols qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièces à l'instance malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 mai 2023.

Par ordonnance du 22 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Barjols ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- et les conclusions de M. Riffard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 novembre 2020, le maire de la commune de Barjols s'est opposé à la déclaration préalable déposée par M. et Mme A le 16 septembre 2020 préalable en vue du changement de destination de leur bâtiment agricole en bâtiment à usage d'habitation. M. et Mme A demande l'annulation de cet arrêté ainsi que la réparation des préjudices moral et financier qu'ils subissent à raison de la rupture de l'égalité devant les charges publiques.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse, le maire de la commune de Barjols s'est fondé, d'une part, sur l'absence d'identification du bâtiment agricole par le règlement graphique du PLU de la commune en tant que bâtiment pouvant faire l'objet d'un changement de destination sur le fondement des articles L. 151-11 et R. 151-35 du code de l'urbanisme et, d'autre part, sur l'absence d'existence légale du bâtiment conformément aux dispositions de l'article 3 des prescriptions du règlement graphique du PLU de la commune de Barjols.

3. Aux termes de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme : " I.- Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : () 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. () ". L'article R. 151-35 du même code dispose que : " Dans les zones A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole, ou la qualité paysagère du site. ". L'article 3 des prescriptions graphiques règlementaires du PLU de la commune de Barjols pris en application des articles précités dispose que : " Les bâtiments faisant l'objet de cette désignation sont situés en zone agricole " A " ou naturelle " N " et sont répertoriés ci-après et identifiés aux documents graphiques. / Le changement de destination ne sera autorisé que si : - la construction est régulière, - l'accès est existant, - alimentation électrique existante, - le système d'assainissement est correctement dimensionné pour la future destination, - la défense incendie est assurée (). ".

4. En l'espèce, le premier motif tiré de l'absence d'identification du bien par le règlement graphique de la commune de Barjols en tant que bâtiment situé en zone agricole ou naturelle dont il est possible de changer la destination n'est pas contesté par les requérants. Au surplus, il ressort du règlement graphique du PLU de la commune de Barjols, librement accessible au juge comme aux parties sur le site du gouvernement Géoportail de l'urbanisme, que le bâtiment agricole litigieux n'est pas au nombre de ceux pouvant faire l'objet d'un changement de destination. Dès lors, ce motif suffit à lui-seul à fonder l'arrêté attaqué. Au demeurant, d'agissant du second motif de refus, si les requérants soutiennent qu'ils disposent d'un acte de propriété, que la construction est identifiée au cadastre, qu'elle est raccordée aux réseaux d'eau et d'électricité et raccordable au système d'assainissement et est située à proximité d'une borne incendie, ces éléments, bien que requis par l'article 3 des prescriptions graphiques règlementaires du PLU de la commune de Barjols, ne permettent cependant pas d'établir la régularité de construction agricole conformément à ces mêmes dispositions. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de la commune de Barjols a fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que l'existence légale du bâtiment agricole litigieux n'est pas établie.

5. En second lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée.

6. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le terrain ni la construction de M. et Mme A sont dans une situation strictement comparable aux constructions et terrains voisins. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les citoyens devant les charges publiques.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Barjols en date du 6 novembre 2020 portant opposition à déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. Aux termes de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme : " N'ouvrent droit à aucune indemnité les servitudes instituées par application du présent code en matière de voirie, d'hygiène et d'esthétique ou pour d'autres objets et concernant, notamment, l'utilisation du sol, (), l'interdiction de construire dans certaines zones et en bordure de certaines voies, la répartition des immeubles entre diverses zones. / Toutefois, une indemnité est due s'il résulte de ces servitudes une atteinte à des droits acquis ou une modification à l'état antérieur des lieux déterminant un dommage direct, matériel et certain. Cette indemnité, à défaut d'accord amiable, est fixée par le tribunal administratif, qui tient compte de la plus-value donnée aux immeubles par la réalisation du plan local d'urbanisme approuvé ou du document en tenant lieu ".

9. Ces dispositions instituent un régime spécial d'indemnisation exclusif de l'application du régime de droit commun de la responsabilité sans faute de l'administration pour rupture de l'égalité devant les charges publiques. Elles ne font, toutefois, pas obstacle à ce que le propriétaire dont le bien est frappé d'une servitude prétende à une indemnisation dans le cas exceptionnel où il résulte de l'ensemble des conditions et circonstances dans lesquelles la servitude a été instituée et mise en œuvre, ainsi que de son contenu, que ce propriétaire supporte une charge spéciale et exorbitante, hors de proportion avec l'objectif d'intérêt général poursuivi.

10. A supposer que M. et Mme A ont entendu solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune de Barjols sur le fondement du régime de responsabilité sans faute rappelé au point précédent, en l'espèce, il n'est pas contesté que l'opposition au changement de destination de leur bâtiment agricole n'a ni porté atteinte à des droits acquis ni modifié l'état antérieur des lieux. De plus, il n'est ni établi ni même allégué que la servitude d'urbanisme litigieuse constitue une charge spéciale et exorbitante. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces conclusions, les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation de leurs préjudices allégués sur le fondement du régime de responsabilité sans faute.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Barjols, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclament les requérants au titre des frais qu'ils ont exposé et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme B A et à la commune de Barjols.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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