vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TAUPENAS |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 janvier 2021, le 25 juin 2021,
le 12 octobre 2021, le 26 novembre 2021 et le 3 décembre 2021 sous le numéro 2100018,
M. H G et Mme F G, représentés par Me Gravé, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Carqueiranne a délivré à M. D E un permis de construire en vue de bâtir une villa avec piscine sur un terrain situé avenue du Pinchinier à Carqueiranne, ensemble la décision du 9 novembre 2020 rejetant son recours gracieux en date du 5 septembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne et de M. E une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'auteur de l'acte n'avait pas compétence pour le signer ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme en ce qu'il n'a pas été précédé d'avis du préfet ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce que le terrain d'assiette du projet ne dispose pas d'un poteau d'incendie opérationnel à moins de 400 mètres tel que le prévoit le règlement départemental de défense contre l'incendie ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme en ce que le projet de constructions ne prévoit pas d'évacuation des eaux pluviales et eaux usées et que
le raccordement ne peut pas être réalisé à l'assainissement collectif en réseau privé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme en ce que le projet de constructions ne prévoit pas le maintien ou la création d'espaces verts ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en ce que le projet de constructions prévoit une façade de 30 mètres qui ne s'insèrera pas harmonieusement dans son environnement composé de constructions pavillonnaires du Mont des oiseaux ;
- le maire de Carqueiranne aurait dû surseoir à statuer tel que le prévoit l'article
L. 153-11 alinéa 3 du code de l'urbanisme dès lors qu'un projet de plan local d'urbanisme a été arrêté par délibération du conseil municipal du 11 juillet 2017 et publié le 10 août 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, la commune de Carqueiranne, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2021 et le 30 novembre 2021, M. D E, représenté par Me Taupenas, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire demande au tribunal de prononcer une annulation partielle sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des époux G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2021, le préfet du Var, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II- Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 janvier 2021, le 25 juin 2021 et le 30 décembre 2022, sous le numéro 2100063, M. H G et Mme F G, représentés par Me Gravé, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 19 novembre 2019 par lequel M. D E s'est vu délivrer un permis de construire en vue de bâtir une villa avec piscine sur un terrain situé avenue du Pinchinier à Carqueiranne ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision implicite est illégale en ce que l'avis favorable du préfet est intervenu postérieurement à sa naissance, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce que le terrain d'assiette du projet ne dispose pas d'un poteau d'incendie opérationnel à moins de 400 mètres tel que le prévoit le règlement départemental de défense contre l'incendie ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme en ce que le projet de constructions ne prévoit pas d'évacuation des eaux pluviales et eaux usées et que le raccordement ne peut pas être réalisé à l'assainissement collectif en réseau privé ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme en ce que le projet de constructions ne prévoit pas le maintien ou la création d'espaces verts ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en ce que le projet de constructions prévoit une façade de 30 mètres qui ne s'insèrera pas harmonieusement dans son environnement composé de constructions pavillonnaires du Mont des oiseaux ;
- le maire de Carqueiranne aurait dû surseoir à statuer tel que le prévoit l'article
L. 153-11 alinéa 3 du code de l'urbanisme dès lors qu'un projet de plan local d'urbanisme a été arrêté par délibération du conseil municipal du 11 juillet 2017 et publié le 10 août 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, la commune de Carqueiranne, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la décision litigieuse a été implicitement retirée par l'arrêté
du 30 janvier 2020 délivrant à M. E un permis de construire de sorte qu'il y ait non-lieu à statuer sur la requête.
Par des mémoires en défense enregistrés le 29 décembre 2022 et le 17 janvier 2023,
le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision litigieuse a été implicitement retirée par l'arrêté du 30 janvier 2020 délivrant à M. E un permis de construire de sorte qu'il y ait non-lieu à statuer sur la requête ;
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2023, M. D E, représenté par Me Taupenas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des époux G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la décision litigieuse a été implicitement retirée par l'arrêté du 30 janvier 2020 lui délivrant un permis de construire de sorte qu'il y ait non-lieu à statuer sur la requête ;
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 26 novembre 2021, la clôture d'instruction de l'affaire n°2100018 a été fixée au 15 décembre 2021.
Par ordonnance du 18 Janvier 2023, la clôture d'instruction de l'affaire n°2100063 a été fixée au 18 juillet 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 10 novembre 2023 :
- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- les observations de Me Gravé, représentant M. et Mme G, celles de Me Taupenas, représentant M. E et celles de Mme C, représentant le préfet du Var.
Des notes en délibéré présentées par Me Gravé pour les époux G ont été enregistrées le 11 novembre 2023 et le 13 novembre 2023.
Des notes en délibéré présentées par Me Parisi pour la commune de Carqueiranne ont été enregistrées le 13 novembre 2023 et le 14 novembre 2023
Des notes en délibéré présentées par Me Taupenas pour M. E ont été enregistrées le 13 novembre 2023 et le 14 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 9 août 2019 et complétée le 19 septembre 2019,
M. E a sollicité un permis de construire en vue de la création d'une villa individuelle avec piscine, d'une surface de plancher de 193m2, sur un terrain cadastré section AR n° 159 et 160, situé avenue du Pinchinier à Carqueiranne. En l'absence de réponse de l'administration territoriale, un permis de construire tacite est né le 19 novembre 2019. Le 27 novembre 2019, la commune de Carqueiranne a initié une procédure contradictoire en vue du retrait de cette dernière décision. Dans un courrier du 16 décembre 2019, M. E adressait ses observations, ainsi que des documents annexes, à la commune de Carqueiranne, laquelle délivra finalement un permis de construire assorti de prescriptions spéciales à l'intéressé par arrêté du 30 janvier 2020. Par courrier du 5 septembre 2020, reçu le 9 septembre 2020, les époux G ont formé un recours gracieux auprès du maire de la commune de Carqueiranne demandant le retrait de cette dernière décision et en l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née le 9 novembre 2020. Par les requêtes susvisées, les époux G demandent l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°2100018 et n°2100063 introduites par M. et Mme G, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du non-lieu à statuer sur la requête n° 2100063.
3. Les parties défenderesses font valoir qu'il n'y a pas lieu à statuer sur la légalité du permis de construire tacite né le 19 novembre 2019 en ce qu'une telle décision a été implicitement retirée par l'arrêté du 30 janvier 2020 ayant délivré un permis de construire à
M. E et l'autorisant à réaliser le projet de constructions sollicité. Mais il ressort des pièces du dossier que l'autorisation d'urbanisme expressément délivrée est assortie de prescriptions. Etant plus restrictive que l'autorisation tacite précédemment accordée, elle ne saurait être considérée comme s'y étant substituée en l'ayant implicitement retirée. Par suite,
il convient d'écarter la fin de non-recevoir tirée du non-lieu à statuer opposée par les défenderesses.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des requêtes.
4. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Selon l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public. Lorsque le terrain d'assiette n'est pas desservi par une telle voie et que l'affichage sur le terrain ne pourrait, dès lors, satisfaire à cette exigence, seul un affichage sur un panneau placé en bordure de la voie publique ou de la voie privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain fait courir le délai de recours contentieux à l'égard des tiers autres que les voisins qui empruntent la voie desservant le terrain pour leurs besoins propres.
6. Les parties défenderesses opposent une tardiveté des requêtes susvisées en relevant que le permis de construire a été affiché sur le chemin de la fourmi du 8 juin 2020 au
12 août 2020. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par l'avenue du Pinchinier, chemin privé dont l'accès est rendu non accessible au public par une barrière qui en restreint l'accès. Néanmoins, un affichage sur le chemin de la fourmi, chemin également privé dont un panneau à l'entrée indique un accès réservé aux riverains et qui, en toute hypothèse, ne dessert pas le terrain d'assiette du projet, ne saurait être considéré comme permettant l'information des tiers et, partant, faire courir le délai de recours contentieux
à l'égard de ces derniers. Il convient ainsi d'écarter la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des requêtes susvisées.
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de la décision du 30 janvier 2020.
7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'affirment les requérants, l'arrêté du 30 janvier 2020 mentionne clairement les nom et prénom, ainsi que la signature de M. B A, adjoint au maire et délégué à l'urbanisme, lequel avait régulièrement reçu délégation de fonctions de ce dernier par un arrêté du 21 avril 2015 dans le domaine de l'urbanisme et du tourisme. Cet arrêté de délégation définit avec une précision suffisante le domaine de compétence que le maire a entendu déléguer. En outre, la formalité de publicité et la transmission régulière de cet arrêté de délégation à la préfecture peuvent être présumés au regard de ses mentions et du fait que le maire certifie le caractère exécutoire de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et sera écarté.
En ce qui concerne le défaut d'avis du préfet du Var.
8. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé () Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
9. Les requérants soutiennent que les permis de construire attaqués sont entachés d'un vice de procédure en ce que, d'une part, l'avis favorable du préfet est intervenu
le 22 novembre 2019, soit postérieurement au permis de construire tacite né le 19 novembre 2019, d'autre part, l'avis précité n'a pas pris en compte les éléments produits par le pétitionnaire dans le cadre des observations qu'il a produites à la commune.
10. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Carqueiranne a sollicité l'avis du préfet du Var le 4 novembre 2019, lequel a émis un avis conforme favorable le 22 novembre 2019. Les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'autorisation d'urbanisme tacite est entachée d'irrégularité dès lors que l'avis du préfet a bien été sollicité par la commune de Carqueiranne, la circonstance qu'il ait été rendu postérieurement à la décision attaquée étant sans incidence. Au surplus, la décision tacite est conforme à l'avis du préfet. Le permis de construire exprès a, quant à lui, été rendu postérieurement à l'avis et lui est également conforme. De plus, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision du 30 janvier 2020 serait entachée d'un vice de procédure dès lors que les éléments transmis postérieurement à l'avis précité concernaient le raccordement à l'assainissement des eaux usées, aspect du dossier n'ayant fait l'objet ni de réserve ni d'avis défavorable par le préfet dans son avis du 22 novembre 2019.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
11. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
" le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
12. Les requérants soutiennent que le projet de constructions présente un risque d'incendie dès lors que le point d'eau incendie (PEI) référencé PI CQE 2510 est privé, situé dans le lotissement Bois Saint-Joseph et destiné à desservir exclusivement les seules constructions du lotissement situées à moins de 200 mètres, tel que le prévoit expressément
le règlement départemental de défense contre l'incendie approuvé par arrêté préfectoral
du 8 février 2017.
13. Toutefois, tel que le prévoit le règlement précité, la qualification de publique ou privée d'un PEI " modifie la charge des dépenses et les responsabilités afférentes et non l'usage ". Or, il est constant que ce PEI est répertorié sur la base REMOcRA comme étant situé à moins de 400 mètres du terrain d'assiette du projet et ayant des caractéristiques suffisantes pour le défendre contre l'incendie. La circonstance qu'il se situe au sein d'un lotissement et desserve 13 logements situés à moins de 200 mètres est sans incidence dès lors que ledit règlement n'interdit pas qu'un PEI puisse être affecté à la fois à la défense de constructions au sein d'un lotissement et de maisons individuelles situées à l'extérieur de ce dernier. Ainsi,
c'est sans commettre une erreur manifeste d'appréciation que le maire de Carqueiranne, suivant l'avis favorable du préfet, a délivré tacitement, le 19 novembre 2019, puis expressément,
le 30 janvier 2020, les permis de construire litigieux à M. E.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.
14. Aux termes de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme : " L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ainsi que l'évacuation, l'épuration et le rejet des eaux résiduaires industrielles doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur ".
15. Les requérants soutiennent, d'une part, que le projet de constructions n'est pas desservi par le réseau public d'assainissement collectif et qu'il ne peut pas l'être tel que l'a relevé la métropole Toulon Provence Méditerranée dans son avis du 29 novembre 2019. D'autre part, que le projet de construction ne prévoit aucun dispositif de collecte et d'écoulement d'eaux pluviales et de ruissellement.
16. En premier lieu, si les parties défenderesses font valoir que le projet de construction sera raccordé à un réseau d'assainissement des eaux usées qui passe au droit du terrain d'assiette du projet, au Sud-Est, en tréfonds du chemin de la fourmi, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'un tel réseau se situe en réalité bien plus éloigné à l'Ouest de la parcelle litigieuse, de sorte qu'il n'est pas établi qu'un tel raccordement soit possible tel qu'il est déclaré. Partant, les requérants sont fondés à soutenir que le projet de constructions méconnaît
les dispositions précitées.
17. En second lieu, les requérants ne sont pas fondés en revanche à soutenir que l'absence de dispositif de collecte et d'écoulement d'eaux pluviales et de ruissellement méconnaît les dispositions précitées dès lors que, d'une part, le permis de construire
du 30 janvier 2020 prescrit de manière précise des obligations à ce sujet, d'autre part et en toute hypothèse, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir que le dispositif serait insuffisant.
18. Il résulte de ce qui précède que les permis de construire litigieux encourent l'annulation seulement en tant que le projet de constructions ne prévoit pas un assainissement des eaux domestiques usées conforme aux dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme.
19. Aux termes de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer le maintien ou la création d'espaces verts correspondant à l'importance du projet. Lorsque le projet prévoit des bâtiments à usage d'habitation, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3 peut exiger la réalisation, par le constructeur, d'aires de jeux et de loisirs situées à proximité de ces logements et correspondant à leur importance ".
20. Les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet de constructions méconnaît les dispositions précitées, dès lors qu'il résulte de la notice architecturale jointe au dossier que " les espaces libres seront laissés le plus naturel possible ", " les arbres de haute tige seront conservés " et qu'en outre, elle précise que " dans le cas d'une impossibilité 4 arbres d'essence équivalente seront plantés sur le terrain pour chaque arbre abattu ". Par suite, c'est à bon droit que le maire de la commune de Carqueiranne a pu délivrer les permis de construire litigieux à M. E.
En ce qui concerne l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
21. Il résulte de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.
22. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
23. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe dans une zone pavillonnaire très arborée, comportant de nombreuses habitations individuelles à proximité immédiate du projet de constructions. Si le projet de constructions adopte une architecture plus moderne que d'autres bâtiments voisins, il reste néanmoins relativement discret en s'insérant harmonieusement dans son environnement compte tenu de ses larges baies vitrées minimisant son impact sur la qualité du site. Il s'ensuit que c'est sans méconnaître les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que le maire de Carqueiranne a pu délivrer le permis de construire litigieux.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 153-11 al. 3 du code de l'urbanisme.
24. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
25. Contrairement à ce qu'affirment les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables soit utilement intervenu, de sorte qu'ils ne sauraient établir une méconnaissance de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme précité.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les époux G sont fondés à demander l'annulation du permis de construire délivré tacitement le 19 novembre 2019, ainsi que l'arrêté du 30 janvier 2020 portant délivrance d'un permis de construire à M. E, en tant que les décisions ne prévoient pas un assainissement des eaux domestiques usées conformément aux dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
27. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". De même, aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
28. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
29. En l'espèce, le vice relevé au point n°18 du présent jugement est relatif à un point identifiable du projet et est susceptible d'être régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif sans que cela implique d'apporter audit projet en cause un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, les autres moyens soulevés par les requérantes étant écartés, il y a seulement lieu, en application de l'article
L. 600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler la décision de permis de construire tacite née le 19 novembre 2019, ainsi que l'arrêté en date du 30 janvier 2020 portant permis de construire délivré par le maire de la commune de Carqueiranne à M. E, ensemble la décision du 9 novembre 2020 rejetant le recours gracieux des époux G du 5 septembre 2020 et de fixer à quatre mois, à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel
M. E pourra demander au maire de la commune de Carqueiranne la régularisation du vice constaté.
30. Pour cette régularisation, il appartiendra à M. E, s'il s'y croit fondé, de déposer, dans le délai de quatre mois ainsi prescrit, un nouveau dossier de demande de permis de construire, destiné à compléter et modifier les dossiers précédemment déposés, et sur lequel le maire se prononcera suivant la procédure et dans les délais prévus par le code de l'urbanisme.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme G, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Carqueiranne et M. E demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
32. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne et M. E une somme de 1 000 euros chacun, versée au titre des frais exposés par M. et Mme G.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 janvier 2020 du maire de Carqueiranne portant délivrance
d'un permis de construire à M. E, ensemble sa décision tacite portant autorisation d'urbanisme du 19 novembre 2019, ainsi que sa décision du 9 novembre 2020 rejetant
le recours gracieux des époux G du 5 septembre 2020, sont annulées en tant qu'ils ne sont pas conformes aux dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.
Article 2 : Le délai dans lequel M. E pourra demander la régularisation de cet arrêté est fixé à quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : M. E et la commune de Carqueiranne verseront chacun la somme de 1 000 euros à M. et Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H G et Mme F G, à la commune de Carqueiranne, à M. D E et au préfet du Var.
Copie en sera adressée sans délai au procureur de la République près le tribunal judiciaire
de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
B. Quaglierini
Le président,
signé
JF. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ la greffière en chef,
Le greffier,
N°2100018, 2100063
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026