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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100184

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100184

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPRATTICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Prattico, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var du 24 novembre 2020 ordonnant le dessaisissement d'armes, de munitions et de leurs éléments au titre de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité signataire n'était pas compétente pour prendre cette mesure au nom du préfet ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée en méconnaissance des prévisions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne se fonde que sur une condamnation correctionnelle prononcée le 6 octobre 2009 pour des faits de dégradation de véhicule privé ;

- il ne constitue donc pas un trouble à l'ordre public à la date de l'arrêté en litige ;

- il a bénéficié d'un permis de chasse après cette condamnation, et dans la pratique de cette activité ou en dehors, il n'a jamais adopté un comportement incompatible avec la détention d'une arme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la défense ;

- le code de l'environnement ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a souscrit le 10 janvier 2020 une déclaration d'acquisition d'armes adressée au préfet du Var. Cette autorité a, par la suite, engagé une procédure contradictoire par un courrier du 3 novembre 2020. M. A a fait parvenir des observations par l'intermédiaire de son conseil au préfet du Var, reçues le 12 novembre 2020. Par un arrêté du 24 novembre 2020, le préfet du Var a toutefois prononcé le dessaisissement de toutes les armes dont était en possession M. A, une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie inscrite au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FNIADA) et a retiré la validation du permis de chasser de celui-ci.

Sur la légalité des décisions d'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et de dessaisissement des armes en possession de M. A :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2019-610 du 19 juin 2010 : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. ". Aux termes de l'article L. 312-11 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'État dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'État dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. ". Et aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ; / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; / 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; / 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. / 4° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'arme en application de l'article L. 312-3-2. () ". Et aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement, dans sa rédaction issue de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () / 3° Ceux qui, par suite d'une condamnation, sont privés du droit de port d'armes ; () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Et aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. A n'avait fait l'objet d'aucune nouvelle condamnation depuis la peine d'emprisonnement d'un mois prononcée le 6 octobre 2009 pour des dégradations d'un véhicule privé en mars 2009 et qui avait été dispensée d'inscription au bulletin n°2 de son casier judiciaire, jugement qui constitue à ce jour sa seule condamnation pénale. Le préfet du Var ne produit pas le bulletin n°2 dont il a eu connaissance avant de prendre les décisions attaquées mais il ne conteste pas utilement que celui-ci était vierge en l'absence de toute condamnation depuis 2009. La seule circonstance que M. A a été mis en cause pour des faits d'usage de stupéfiants et de dégradations de véhicules en 2012, sans qu'aucune condamnation n'ait été prononcée à son encontre, ne permet pas de considérer que celui-ci présentait, en novembre 2020, soit huit années après ces mises en cause restées sans suite, une dangerosité particulière pour les biens et les personnes. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Var a inexactement appliqué les dispositions citées au point 2 en estimant que le comportement de M. A était incompatible avec l'acquisition et la détention d'une arme et en lui faisant obligation de restituer les fusils qu'il avait acquis en début d'année 2020. M. A est fondé, par suite, à demander l'annulation de cette interdiction d'acquisition et de détention d'armes et de l'obligation de dessaisissement dont elle est assortie.

5. Il résulte, par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'acquisition et de détention d'armes prononcée au point 4, que la décision d'inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention des d'armes prononcée à l'article 5 de l'arrêté en litige ne pouvait être légalement prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. De même, dès lors que cette mesure d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes n'était pas légalement fondée, il résulte de ce qui précède que M. A n'entrait ni dans le champ du 3° ni dans celui du 9° de l'article L. 423-15 précité du code de l'environnement et il est fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision retirant la validation de son permis de chasser fondée sur son inscription au FNIADA.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2020 en toutes ces dispositions.

Sur les frais de justice :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var du 24 novembre 2020 portant notamment dessaisissement d'armes, de munitions et de leurs éléments est annulé.

Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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