mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | JAIDANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 janvier 2021 et le 29 mars 2021, M. B C, représenté par Me Jaidane, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 mai 2020 par laquelle la commission de médiation du Var a rejeté son recours amiable présenté en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, tendant à être reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement social ;
2°) d'enjoindre à titre principal à la commission de médiation du Var de reconnaître prioritaire sa demande et de le reloger en urgence ;
3°) d'enjoindre à titre subsidiaire à la commission de médiation du Var de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de condamner l'Etat à verser à Me Jaidane la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à l'aide juridictionnelle accordée.
Il est soutenu que :
- il ressort de l'article 31 de la charte sociale européenne et de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation que l'Etat est tenu de garantir, à toute personne, l'accès à un logement décent qui répond à toutes les exigences de la dignité humaine ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée car elle ne prend pas en considération sa situation sociale, familiale et économique ;
- le refus opposé est entaché d'erreur d'appréciation ; M. C séjourne de manière régulière en France avec tous les membres de sa famille, il est de bonne foi et il a accompli les démarches préalables pour essayer de se reloger ; une demande de logement locatif social a été reçue le 16 octobre 2013, comme cela ressort de l'attestation d'enregistrement du numéro unique départemental ; il est hébergé à titre gratuit depuis quatre ans avec son épouse et ses deux enfants chez sa fille aînée, avec le mari de celle-ci et dernièrement un nouveau-né, soit six personnes majeures et un nourrisson dans un logement de deux pièces seulement, sur-occupé et inadapté aux besoins de sa famille, selon les critères posés par l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale ; M. C et sa famille ne peuvent plus être hébergés dans ces conditions ;
- les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation fixent une obligation de résultat à l'Etat ; dès lors que M. C est dépourvu de logement, même hébergé par un membre de sa famille, la commission de médiation devait, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande ;
- la crise sanitaire a aggravé la situation financière de la famille de M. C car le snack qu'elle exploite à Cogolin a dû être fermé et, par ailleurs, l'épouse du requérant a perdu son emploi ;
- le défaut de prise en compte de la situation sociale et économique de la famille méconnaît le droit au logement et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le logement de 64 m² dans lequel M. C, sa femme et deux de leurs enfants majeurs sont hébergés, n'est pas sur-occupé dès lors que l'article D. 542-14 de la sécurité sociale exige une superficie minimale de 52 m² pour six personnes ;
- l'attestation d'enregistrement au numéro unique départemental est daté du mois de septembre 2018 ;
- M. et Mme C ont été expulsés de leur précédent logement en avril 2016 pour une dette locative de près de 20 000 euros et sont hébergés depuis chez leur fille aînée sans qu'ils aient manifesté le souhait d'en partir jusqu'au dépôt de leur recours auprès de la commission de médiation ;
- la commission a estimé que la demande n'était ni prioritaire ni urgente puisque la situation perdurait depuis 4 ans et que le logement ne présentait pas les caractéristiques de la sur-occupation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 15 février 2021 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Toulon a accordé à M. C l'aide juridictionnelle partielle dans la présente instance.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022, le rapport de M. Riffard, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a saisi le 10 février 2020 la commission de médiation du droit au logement du Var d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en mentionnant être dépourvu de logement et hébergé par sa fille aînée depuis le mois d'avril 2016 avec son épouse et deux enfants majeurs dans un appartement de 64 m² situé à Cogolin. Par une décision du 7 mai 2020, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. Dans la présente instance, M. C demande principalement au Tribunal d'annuler la décision du 7 mai 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ".
3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " I. -Dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l'Etat dans le département. Chaque commission est présidée par une personnalité qualifiée désignée par le représentant de l'Etat dans le département. / () II. -La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement () ". Selon l'article R. 441-14-1 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La commission, saisie sur le fondement du II () de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement (), en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ". Enfin, aux termes de l'article R. 822-25 du même code, en vigueur depuis le 1er septembre 2019 : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus ".
4. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 et de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
5. Pour rejeter le recours amiable la commission de médiation s'est fondée sur le motif que les conditions actuelles d'hébergement et les éléments fournis par le demandeur ne permettaient pas de caractériser la situation d'urgence invoquée, M. C étant logé avec son épouse et deux enfants majeurs chez sa fille dans un appartement de 64 m² comportant deux chambres et accueillant six personnes au total. Cette circonstance n'est toutefois pas de nature à priver l'intéressé du droit à être relogé en urgence au sens des dispositions citées au point 3, compte tenu du caractère transitoire de ce logement, comme cela ressort de l'attestation établie par la fille de M. C le 28 janvier 2020, annexée au recours amiable, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait logé à titre gratuit par un de ses parents au titre de l'obligation alimentaire définie par les articles 205 et suivants du code civil. Dès lors que le requérant est hébergé chez un tiers, il n'y a pas lieu de tenir compte des caractéristiques du logement malgré la circonstance que la surface du logement qu'il occupe n'est pas inférieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. En outre, la fille de M. C s'est mariée en 2019 et souhaite fonder une famille. Enfin, pour l'instruction des demandes dont la commission est saisie, le préfet peut à la demande de la commission ou de sa propre initiative faire appel aux services compétents de l'Etat ou des collectivités territoriales ou à toute personne ou organisme compétent pour faire les constatations sur place ou l'analyse de la situation sociale du demandeur qui seraient nécessaires à l'instruction, conformément aux dispositions de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, dans ces conditions, en refusant de faire droit à la demande de M. C, la commission de médiation du Var a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation du Var en date du 7 mai 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
8. Lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions à fin d'annulation, des conclusions à fin d'injonction tendant à ce que le juge enjoigne à l'autorité administrative de prendre une décision dans un sens déterminé, il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'examiner prioritairement les moyens qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de l'injonction demandée. Il en va également ainsi lorsque des conclusions à fin d'injonction sont présentées à titre principal sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de la justice administrative et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 911-2. Depuis l'intervention de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, ces injonctions peuvent être prononcées soit à la demande d'une partie, soit le cas échéant d'office.
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement que la demande de logement social de M. C soit reconnue comme prioritaire et urgente. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de saisir la commission départementale de médiation du Var pour que celle-ci prenne une telle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25%. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jaidane, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jaidane de la somme de 1 500 euros.
DECIDE
Article 1er : La décision de la commission de médiation du Var du 7 mai 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de saisir la commission de médiation pour que celle-ci reconnaisse M. C comme prioritaire et devant être logé en urgence, par une décision prise dans un délai au plus de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jaidane, avocat du requérant, la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jaidane renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Jaidane, au préfet du Var et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe du Tribunal le 31 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
D. A
La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
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