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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100287

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100287

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 février 2021 et 29 septembre 2022, Mme C A B, représentée par Me Mazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le centre national de la fonction publique territoriale a refusé de retirer la décision du 10 août 2020 par laquelle il avait rejeté sa candidature au poste de " coordinatrice régionale apprentissage PACA-Corse " et a rejeté sa demande tendant à l'obtention de la protection fonctionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 26 janvier 2021 par laquelle le centre national de la fonction publique territoriale a explicitement refusé de retirer la décision du 10 août 2020 et refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) d'enjoindre au centre national de la fonction publique territoriale de l'affecter sur un poste conforme à son grade, de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

4°) de condamner le centre national de la fonction publique territoriale à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi résultant d'une situation de harcèlement moral ;

5°) de condamner le centre national de la fonction publique territoriale à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi résultant de la discrimination syndicale ;

6°) de mettre à la charge du centre national de la fonction publique territoriale la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est recevable ;

- la décision implicite est illégale dès lors qu'elle constitue une discrimination en raison de son appartenance syndicale, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle est illégale dès lors que sa situation révélait un harcèlement moral, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ;

- ces illégalités constituent des fautes de nature à engager la responsabilité du centre national de la fonction publique territoriale ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice financier et moral.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 juin et 28 octobre 2022, le centre national de la fonction publique territoriale, représenté par Me Sery, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne respecte pas les exigences posées par l'article R. 414-5 du code de justice administrative ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus de retrait de la décision du 10 août 2020 sont tardives ;

- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.

Par une ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2022 à 12h00.

Par un courrier du 21 août 2023, et en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, Mme A B a été invitée à régulariser sa requête, dans le délai de quinze jours, par la production des pièces jointes dans un fichier distinct conformément aux dispositions de l'article R. 414-5 du code précité, et a été informée qu'en l'absence de régularisation dans le délai imparti, la requête pourra être rejetée en application de l'article R. 612-1 du même code.

Par un mémoire enregistré le 31 août 2023, Mme A B a régularisé sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Mazza, représentant Mme A B,

- et les observations de Me Goasdoué, représentant le centre national de la fonction publique territoriale.

Une note en délibéré présentée par Mme A B a été enregistrée

le 29 septembre 2023.

Une note en délibéré présentée par le centre national de la fonction publique territoriale a été enregistrée le 6 octobre 2023.

Une noté en délibéré présentée par Mme A B a été enregistrée

le 9 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, directrice territoriale, est affectée à la délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur du centre national de la fonction publique territoriale en qualité de chargée de mission d'appui à la modernisation de l'organisation et des processus. Le 18 mars 2020, l'intéressée candidate au poste de coordinatrice régionale apprentissage PACA-Corse. Par un courriel du 12 juillet 2020, l'intéressée exerce un recours gracieux contre le rejet de sa candidature. Par un courrier du 10 août 2020, le centre national de la fonction publique territoriale rejette ce recours gracieux. Par un courrier du 5 octobre 2020, Mme A B demande au centre précité le retrait de la décision du 10 août 2020, le bénéfice de la protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral et de discrimination syndicale et l'indemnisation du préjudice en résultant qu'elle estime avoir subi. Par une décision du 26 janvier 2021, le centre national de la fonction publique territoriale rejette ses demandes. Par sa requête, Mme A B demande l'annulation de ces deux décisions et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le rejet de sa candidature :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code précité : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. La présentation, dans le délai imparti pour introduire un recours contentieux contre une décision administrative, d'un recours administratif, gracieux ou hiérarchique contre cette décision a pour effet d'interrompre ce délai. Il en va notamment ainsi lorsque, faute de respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, le délai dont dispose le destinataire de la décision pour exercer le recours juridictionnel est le délai raisonnable découlant de la règle énoncée ci-dessus.

5. Lorsque le recours administratif fait l'objet d'une décision explicite de rejet, un nouveau délai de recours commence à courir à compter de la date de notification de cette décision. Si la notification de la décision de rejet du recours administratif n'est pas elle-même assortie d'une information sur les voies et délais de recours, l'intéressé dispose de nouveau, à compter de cette notification, du délai raisonnable découlant de la règle énoncée plus haut pour saisir le juge.

6. En cas de silence gardé par l'administration sur le recours administratif, le délai de recours contentieux de droit commun contre la décision administrative contestée recommence à courir dès la naissance d'une décision implicite de rejet du recours administratif lorsque l'autorité administrative a accusé réception de ce dernier recours et que l'accusé de réception comporte les indications prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. A défaut, l'intéressé dispose, pour introduire son recours contentieux contre la décision administrative qu'il conteste, à compter du jour où il a eu connaissance de la décision implicite de rejet de son recours administratif, du délai raisonnable découlant de la règle énoncée plus haut.

7. En l'espèce, il n'est pas contesté que, par une décision orale du 6 juillet 2020, qui de ce fait, ne comportait pas la mention des voies et délais de recours, le centre national de la fonction publique territoriale a rejeté la candidature de Mme A B au poste de coordinatrice régionale apprentissage PACA-Corse. Un premier délai de recours raisonnable a commencé à courir à compter du 6 juillet 2020.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a, durant ce délai, présenté un recours gracieux le 12 juillet 2020 qui a eu pour effet d'interrompre ce délai. Ce recours gracieux a fait l'objet d'une décision explicite de rejet par un courrier du 10 août 2020. S'il ressort des pièces du dossier que ce dernier mentionnait les voies et délais de recours, aucune pièce ne permet d'établir la date de sa notification. Toutefois, Mme A B a, par un courrier du 5 octobre 2020, demandé le retrait de la décision du 10 août 2020, demande qui constitue bien un second recours gracieux formé à l'encontre de la décision orale du 6 juillet 2020, et matérialisant ainsi la connaissance de la décision du 10 août 2020. Dans ces conditions, le second recours gracieux exercé le 5 octobre 2020 n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contre la décision du 6 juillet 2020, qui expirait, par le jeu de la mention des voies et délais de recours du rejet de son premier recours gracieux et de la connaissance acquise au 5 octobre 2020, au 6 décembre 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre doit être accueillie.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens soulevés à leur encontre, que les conclusions à fin d'annulation du rejet de sa candidature, lequel rejet se matérialise pour partie dans la décision implicite de refus de retirer la décision du 10 août 2020, née le 7 décembre 2020, et pour partie dans la décision explicite de ce refus du 26 janvier 2021, qui n'en constitue dès lors qu'une décision confirmative, doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le refus du bénéfice de la protection fonctionnelle :

S'agissant du cadre du litige :

10. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B a, par un courrier du 5 octobre 2020, demandé au centre national de la fonction publique territoriale, qui en a accusé réception le 7 octobre 2020, le bénéfice de la protection fonctionnelle pour des faits de discrimination syndicale et d'une situation d'harcèlement moral qu'elle estime avoir subis. Toutefois, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, cette demande a fait l'objet d'une décision expresse de rejet le 26 janvier 2021. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation du refus de bénéfice de la protection fonctionnelle de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite.

S'agissant de la situation de discrimination syndicale :

12. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions (), syndicales (). / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il a subi ou refusé de subir des agissements contraires aux principes énoncés au deuxième alinéa du présent article ; / 2° Le fait qu'il a formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire respecter ces principes ; / 3° Ou bien le fait qu'il a témoigné d'agissements contraires à ces principes ou qu'il les a relatés. ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de ses activités syndicales (), une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. "

13. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure ou une pratique a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Mme A B soutient que le centre national de la fonction publique territoriale a commis une discrimination en écartant sa candidature au poste de coordinatrice régionale apprentissage PACA-Corse en raison de son engagement syndical.

15. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de ses allégations, Mme A B se fonde sur des éléments de fait, tenant tant à la qualité de sa candidature du 18 mars 2020 qu'à son intervention dans la commission administrative paritaire réunie le

8 novembre 2019. Si l'intéressée soutient avoir reçu, consécutivement à cette intervention, des reproches de ses supérieurs hiérarchiques, dont l'existence est contestée en défense, la seule production d'un courrier rédigé par ses soins du 2 décembre ne permet pas de l'établir. Ainsi, ces éléments ne permettent pas de faire présumer l'existence d'une discrimination en raison de ses engagements syndicaux. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une discrimination syndicale doit être écarté.

S'agissant de la situation de harcèlement moral :

16. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. ". Aux termes du IV de l'article 11 de la loi précitée : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / Lorsqu'elle est informée, par quelque moyen que ce soit, de l'existence d'un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique du fonctionnaire, la collectivité publique prend, sans délai et à titre conservatoire, les mesures d'urgence de nature à faire cesser ce risque et à prévenir la réalisation ou l'aggravation des dommages directement causés par ces faits. Ces mesures sont mises en œuvre pendant la durée strictement nécessaire à la cessation du risque. "

17. D'une part, ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

18. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

19. Mme A B estime avoir été victime d'un harcèlement moral par sa hiérarchie au sein du centre national de la fonction publique territoriale, qui se matérialise par le blocage de sa carrière à un poste qui ne correspond pas à son grade.

20. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de ses allégations, Mme A B se fonde sur des éléments de fait tenant, tant à la qualité reconnue de son travail jusqu'en 2007, à l'existence d'un différend politique au moment de la restructuration des services en 2007, à la perte des missions d'encadrement et de direction qui en résulte, au rejet de ses multiples candidatures à différents postes depuis lors, au blocage à son inscription au tableau d'avancement d'attaché hors classe, à l'indifférence à ses demandes d'occuper un poste à la hauteur de son grade, qu'au refus d'examiner sa demande de versement rétroactif d'une prime. Ces éléments de fait sont corroborés par de nombreuses pièces au dossier, tels que notamment des attestations et des évaluations annuelles attestant de la qualité de son travail avant 2007, ainsi que des courriers du 30 novembre 2017 portant refus d'inscription au tableau d'avancement au grade d'attaché hors classe en raison de l'absence d'emplois à un niveau de responsabilité important, et du 24 janvier 2018 portant rejet de sa demande de version du régime indemnitaire précité. Ces éléments, qui sont répétés et de nature à compromettre l'avenir professionnel de l'intéressée, sont de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

21. D'une part, le centre national de la fonction publique territoriale fait valoir que l'intéressée n'a connu que trois changements d'affectation depuis 2007, sur des postes conformes à son grade. Il est constant que l'intéressée a occupé successivement des fonctions de " directrice du pôle animation et services à la population " entre 2006 et 2008, doublée des fonctions de " référente communication ", de " cheffe de projet dans le service d'appui au pilotage stratégique territorial " entre 2008 et 2017, puis de " chargée de mission d'appui à la modernisation de l'organisation et des processus " depuis 2017. Par ailleurs, le centre national de la fonction publique territoriale fait valoir, en ce qui concerne le rejet des candidatures de Mme A B, que sa candidature n'a pas été retenue en raison, soit de l'inadéquation de son profil, de ses expériences et compétences, soit de la présentation de meilleures candidatures. Il l'établit explicitement pour le rejet de sa candidature au poste de " responsable du service ingénierie de formation " en octobre 2015. La même année, elle postule en tant que " directrice adjointe chargée de formation ", poste pour lequel un candidat qui détenait " une expérience significative en ingénierie de formation, ayant conduit de nombreux projets multi partenariaux ", a été retenu à l'unanimité. En 2016, elle a également candidaté sur un poste de conseiller de prévention, mais ce poste initialement ouvert en catégorie A a été requalifié en poste de technicien principal de 1ère classe. En 2018, elle a postulé sur le poste de " Directeur adjoint chargé de la formation ", pour lequel 85 candidatures ont été reçues et pour lequel une autre candidate a été retenue à l'unanimité. Si le centre national de la fonction publique territoriale ne produit pas des justifications pour l'ensemble des candidatures, il fait valoir que ce sont d'autres profils qui ont été retenus, compte tenu, soit de l'inadéquation de son profil, de ses expériences et de ses compétences avec le poste à pourvoir, soit de la présentation de meilleures candidatures que la sienne, motifs qui sont en cohérence avec les motifs justifiés précédemment.

22. D'autre part, l'administration fait valoir, pour expliquer le ralentissement brutal de la carrière de Mme A B à partir de 2007, que cette situation résulte d'une enquête administrative diligentée le 22 novembre 2007 afin d'établir l'existence de faits contraires aux règles de la commande publique à l'occasion de la procédure d'achat de formation, rattachables à l'activité professionnelle de la requérante, qui a été auditionnée le 16 janvier 2008 en présence d'un représentant syndical et a également fait part de ses observations écrites par courrier du

21 février 2008. A l'issue de cette enquête, qui a bien été menée de manière contradictoire, il a été constaté que l'établissement de cahiers des charges mis en œuvre pour les consultations, ainsi que la répartition d'actions et de modules de formation, dont elle avait la charge, ne répondaient pas aux prescriptions du code des marchés publics. Si cette situation n'a fait l'objet par la suite d'aucune sanction disciplinaire à l'encontre de la requérante, ces faits permettent d'éclairer le ralentissement de sa carrière.

23. Enfin, le centre national de la fonction publique territoriale fait valoir que le refus opposé aux demandes de Mme A B des 12 juin 2018 et 17 juillet 2018 pour que lui soit versée rétroactivement la nouvelle bonification indiciaire pour les fonctions qu'elle exerçait respectivement du 1er septembre 1997 au 1er avril 2008, et entre le 1er juin 2006 et le 1er avril 2008, est justifié par la prescription quadriennale de cette créance ainsi que par la non applicabilité des dispositions aux fonctions exercées par l'intéressée. Il fait également valoir que le refus opposé à Mme A B de l'inscrire au tableau d'avancement au grade d'attaché hors classe en 2017 est justifié par le fait qu'elle n'en remplisse pas les conditions, à savoir l'absence de huit années d'exercice dans un cadre d'emplois de catégorie A de fonctions de direction, d'encadrement correspondant à un niveau élevé de responsabilité.

24. Il résulte de ce qui précède que les éléments avancés par l'administration en défense montrent que ses agissements étaient justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement de l'intéressée, qui n'a au demeurant pas postulé sur des postes à responsabilité extérieurs au département du Var, et sont donc de nature à renverser la présomption caractérisée au point 20 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une situation de harcèlement moral doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 janvier 2021 en tant qu'elle refuse explicitement le bénéfice de la protection fonctionnelle doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

26. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander à ce que la responsabilité du centre national de la fonction publique territoriale soit engagée au titre d'une discrimination syndicale et d'un harcèlement moral.

27. Il en résulte que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge du centre national de la fonction publique territoriale, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A B la somme demandée par le centre national de la fonction publique territoriale au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre national de la fonction publique territoriale au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme C A B et au centre national de la fonction publique territoriale.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

J.-F. Sauton, président,

B. Quaglierini, premier conseiller,

K. Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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